RNI : la scission laisse place à  la guérilla

Après avoir annoncé la création d’un nouveau parti, le camp Aujjar retourne à la table des négociations

La majorité du bureau politique les rejoint

L’issue des négociations dépendra de la date du prochain congrès.

La montagne a-t-elle accouché d’une souris? Quelques jours seulement après avoir fait sécession, les mécontents du Rassemblement national des indépendants (RNI), regroupés autour de l’ex-ministre des Droits de l’homme, Mohamed Aujjar, sont retournés à la table des négociations. En fait, si l’on se fie au camp de Ahmed Osman, le président du parti, tout va pour le mieux dans le meilleur des RNI. A l’heure où nous mettions sous presse, les militants du bureau politique prévoyaient même de conclure une semaine de pourparlers intensifs à partir du jeudi 26 janvier au siège du parti avec la désignation d’une commission de préparation du congrès prévu cette année. Cette rencontre devait être présidée par l’actuel président de la Chambre des conseillers Mustapha Oukacha, le président du parti, Ahmed Osman, étant en voyage à l’étranger.

Une absence plutôt fortuite pour le leader du parti qui, le jeudi précédent, avait vu l’ensemble des membres présents à la réunion du bureau politique claquer la porte. «Le bureau politique s’est réuni, et les présents ont quitté la salle au bout de cinq minutes en constatant l’échec des réformes», explique une source proche de Mohamed Aujjar. Le bureau politique était-il unanime dans cette action ? On ne le saura pas puisqu’il y aura des absents, notamment les ministres, qui se sont faits extrêmement discrets depuis le début de la crise. Seul Mustapha Oukacha, absent lors de la réunion avec Osman, rejoindra les rebelles chez Aujjar où ils resteront réunis pendant près de trois heures.

Une chose est sûre pourtant, le bureau politique aura justifié son geste en invoquant la non-application de réformes promises du parti, renouant ainsi avec le débat qui secoue le parti depuis 2004.

La guerre des dates
Tout avait commencé en 2001, lorsque Ahmed Osman, président du RNI depuis sa création en 1978, s’était vu imposer par le congrès du parti un bureau politique tout aussi légitimement élu que lui et auquel il allait désormais devoir céder une partie de ses prérogatives. Le partage des pouvoirs, toujours pas achevé à nos jours, traînera en longueur malgré la signature d’une charte entre le président et le bureau politique en 2004. La même année, le nouveau gouvernement Jettou, qui avait vu le départ de quatre ministres RNI, dont Mohamed Aujjar et l’arrivée de ce que les militants ont considéré comme des technocrates déguisés en militants, transformera la demande de réformes en contestation du leader lui-même.

Mais pourquoi le camp d’Aujjar a-t-il décidé de quitter la salle des négociations en invoquant les réformes alors qu’il se disait sur le point de créer un nouveau parti quelques jours seulement? «On nous a dit : pourquoi quitter un grand parti pour en créer un autre ? Autant réformer celui-là […] Nous allons créer notre parti, mais si nous sentons qu’il y a réellement une volonté de changement, en y mettant de la transparence, la démocratie interne, nous allons réunir nos troupes et leur dire que nous allons abandonner l’optique sécessionniste pour rejoindre une logique de réforme du parti», nous explique-t-on dans le camp Aujjar. Autre argument de taille, inavoué celui-là, il faut aussi reconnaître que la nouvelle loi sur les partis politiques limitant les chances de survie du nouveau parti, l’offre était loin d’être négligeable.

Ainsi, désormais, la guerre de sécession semble avoir laissé place… à une guérilla. Les militants du parti étant pour la plupart favorables à un départ de Osman par la grande porte – le congrès -, c’est autour de ce dernier que les escarmouches les plus saillantes promettent d’avoir lieu. Le congrès devra-t-il être ordinaire, comme prévu, ou extraordinaire, pour marquer le côté exceptionnel de la situation ? Devra-t-il avoir lieu en avril ou plutôt en juin ? Ces choix sont tout sauf innocents. «Si nous tenons un congrès avant le mois d’avril, avant la rentrée parlementaire, c’est correct. Si on laisse jusqu’à l’été c’est perdu…», explique-t-on dans le camp anti-Osman. En effet, ces choix permettront soit à Aujjar et son camp de bénéficier d’un effet d’annonce dans le parti, particulièrement vis à vis des instances régionales, soit à Osman de laisser mourir le mouvement de protestation, avant de faire son come-back via un congrès trop proche des législatives de 2007 pour permettre un débat de fond. Cette deuxième situation, si elle se produisait, retarderait beaucoup trop le lancement d’un parti sous la direction de M. Aujjar ; voici pourquoi son camp annonce que, malgré les négociations avec le RNI, «deux think-thanks continuent à travailler, dans l’optique de créer un nouveau parti» – histoire de maintenir la pression. La guerre des tranchées n’est visiblement pas près de se terminer…

Si Ahmed Osman arrive à retarder le congrès du RNI jusqu’à l’été, Mohamed Aujjar n’aura plus le temps de créer son propre parti. Les législatives seront trop proches.