RNI : après la scission avortée, la guerre de succession

Les attaques contre Ahmed Osmane reprennent de plus belle mais ce dernier reste
serein.
Les candidats à la succession affûtent leurs armes et la base
a perdu ses repères.
La date du congrès reste sujette à caution.

Le RNI est-il sur le point de re-sombrer dans la crise ? Après des semaines de négociations, les cadres du Rassemblement national des indépendants, opposés ou favorables au président du parti, Ahmed Osmane, semblaient avoir trouvé un terrain d’entente à la fin du mois de janvier dernier. Aujourd’hui, cependant, la révolte menace de reprendre.
C’est ainsi qu’à Marrakech, dimanche 26 février, et alors qu’une quarantaine de personnes, dont plusieurs cadres régionaux du parti, se réunissaient en présence du président, un sit-in de protestation se tenait face aux locaux du RNI dans la ville ocre. Le motif, selon Abdelhadi Alami, ancien membre du bureau politique, est qu’Ahmed Osmane aurait organisé la rencontre sans informer les instances locales du parti. Selon les organisateurs, 380 personnes répondront présent à leur appel. Interrogé à ce sujet, M. Osmane affirme sans ciller ne pas être au courant.
Quelques jours plus tôt, dans une interview publiée par le quotidien Aujourd’hui le Maroc (22 février), Mohamed Abbou, président du groupe parlementaire RNI à la Chambre des représentants, s’insurgeait contre le chef du parti. Il l’accusait entre autres de malversations financières au niveau des comptes du parti et «des montants prélevés sur les deniers publics et versés au parti après les dernières élections législatives et communales», allant jusqu’à se faire menaçant en ajoutant: «La justice tranchera le moment venu».

Les adeptes de la rupture, les réformistes modérés et les anti-changement
Ahmed Osman semble, lui, serein, trop même. Interrogé par La Vie éco à propos des récentes attaques dont il a fait l’objet via la presse, le président du RNI explique que la situation est tout à fait normale au sein du parti. Il n’est pas le seul à dire cela. «C’est du réchauffé. Maintenant, il y a la stabilité, on n’entend plus parler de ça. Il y a des commissions qui se retrouvent le mardi, d’autres qui se retrouvent le jeudi, les gens travaillent pour le congrès et se préparent pour les prochaines élections», explique Ahmed Laâmarti, parlementaire RNI. «Nous nous réunissons presque trois fois par semaine pour présenter des rapports au comité central qui aura lieu le 31 mars», insiste Mohamed Najib Loubaris, membre du conseil national.

Il faut reconnaître tout de même qu’il plane un air de déjà-vu sur cette crise : les accusations lancées à l’encontre d’Ahmed Osmane n’étant pas bien différentes de celles qu’on aura entendues en 2004, puis il y a quelques semaines seulement, lorsqu’il s’en était fallu de peu pour que les adversaires du président, menés par Mohamed Aujar, ex-ministre des Droits de l’homme, créent un nouveau parti. Seul changement notable depuis : la scission annoncée n’est désormais plus d’actualité. «Plusieurs militants ont fait pression sur nous en disant que, puisque le pays va vers le regroupement politique, ce n’est pas la peine d’aggraver la situation. Au lieu d’un nouveau parti, créons plutôt un nouveau RNI», explique M. Aujar. Les rebelles auront donc fait marche arrière sans perdre de leur mordant, mais le problème au sein du RNI n’a pas été résolu pour autant.

En tout cas, tous les militants ne voient pas d’un bon œil les protestations du camp anti-Osmane, même si ces derniers ont annoncé qu’ils sont en train de rédiger un Livre blanc pour expliquer la situation. «A force de perturber la marche sereine vers la tenue du congrès national, ils risquent de générer de la défiance non seulement parmi les militants ordinaires mais même au sein de leurs sympathisants les plus sincères et les plus fervents», proteste Najib Loubaris.
Peut-on en déduire pour autant que les militants du RNI sont en train de se dresser contre les critiques portées à l’encontre du président? la situation est plus compliquée que cela. «Il y a trois clans dans le parti, explique Maâti Ben Kaddour, président du groupe RNI à la Chambre des conseillers, ceux qui veulent la réforme, et j’en fais partie. Nous travaillons dans la perspective d’un congrès en juin. Le parti va renouveler ses cadres à ce moment-là, et libre à ceux qui le veulent de se présenter. Il y a un autre groupe qui considère qu’il faut tout arrêter et organiser un congrès exceptionnel ?». Enfin, le troisième groupe, lui, est défavorable au changement. Ainsi, chaque camp manœuvrerait à sa manière pour accomplir ses objectifs, réformer plus ou moins radicalement le parti, ou le laisser tel quel.

On cherche des appuis mais on ne se déclare pas
«Cette crise est un peu surfaite, n’est-ce pas ?», nous prend à témoin Ahmed Osmane. Beaucoup pensent que les toutes dernières attaques contre le président constituent plutôt des prises de position destinées à mettre en avant les candidats à sa succession. Des manœuvres que plusieurs militants considèrent comme légitimes, d’autant plus que le parti n’a pas connu de changement à sa tête depuis sa création, en 1978. «Que va-t-il se passer au congrès ? M. Osmane va-t-il céder ? Va-t-il laisser la porte ouverte à d’autres ou va-t-il rester président en demandant l’appui des électeurs ? Dans tous les cas de figure, les meneurs sont en train de préparer leur campagne. C’est tout à fait démocratique, tout à fait normal, chacun cherche à accaparer la présidence», analyse Ahmed Laâmarti.
Parmi les successeurs potentiels, on nomme bien sûr les principaux adversaires de M. Osman: Mohamed Aujar, Mohamed Bentaleb, Mohamed Abbou, Abdelhadi Alami, My Abdelaziz Alaoui Hafidi, voire le président de la Chambre des conseillers, Mustapha Oukacha.

Pourtant, malgré l’agitation, personne ne s’est hasardé à expliciter sa candidature, et c’est sans doute cela qui frustre le plus les militants. «On ne connaît pas les intentions de ces gens. Ils tournent autour du pot, parce que la campagne n’est pas encore tout à fait officiellement ouverte. Mais ils passent des contacts, font des appels pour demander un soutien», explique Ahmed Laâmarti, qui déplore qu’aucun des candidats potentiels n’ait pris sur lui de présenter un programme pour dynamiser le parti. Ainsi, les petites secousses qui agitent le RNI semblent augurer d’un changement pour le meilleur, même s’il apparaît déjà que la sortie de crise pourrait ne pas être simple, à commencer par des rumeurs sur un report du congrès national ordinaire annoncé pour les 9-10 et 11 juin 2006 et durant lequel le parti doit renouveler ses cadres. La date devrait être définitivement déterminée lors de la réunion du comité central, prévue pour la fin du mois de mars.

Parmi les candidats potentiels à la succession d’Ahmed Osmane, de haut en bas, Mohamed Aujjar, Mohamed Abbou, Abdelhadi Alami, Mustapha Oukacha et My Abdelaziz Alaoui Hafidi (à g.) .

«J’ai tout donné à ce parti»

La Vie éco : Selon vos adversaires, il est question de report du congrès national du RNI à la fin de l’année…
Ahmed Osman : C’est le comité central qui décide [de la date du congrès]. De toutes façons, même au sein du conseil exécutif, il y avait des membres qui proposaient le mois de novembre, et ça, ce n’est pas un drame.

Comment interprétez-vous les attaques dont vous avez été l’objet ?
Je ne sais pas. J’ai consacré une bonne partie de ma vie à travailler pour ce parti, que j’ai créé il y a une trentaine d’années. En fait, j’ai tout donné à ce parti. Je ne dis pas qu’il ne m’a rien donné en retour : l’expérience a été très intéressante. D’ailleurs, nous avons toujours eu pratiquement les meilleurs résultats aux élections.

Comptez-vous postuler pour un nouveau mandat à la tête du RNI ?
Je déciderai après. Je ne peux pas le dire maintenant, ça dépend.

Certains considèrent que les personnes qui vous ont attaqué cherchaient à se positionner pour les élections qui auront lieu au sein du RNI…
Rien ne les empêche de se présenter. Nous vivons dans la transparence, dans la démocratie, et s’ils veulent le faire, de toutes façons, c’est la base qui décide.

Quelles sont les perspectives d’avenir du RNI aujourd’hui ?
J’espère que ces problèmes ne tarderont pas à disparaître et que le parti reprendra ses activités, accomplira ses missions, et qu’il jouera le rôle que l’on attend de lui. Il y aura également le problème des coalitions, qui est très important, et notre parti est bien placé par rapport aux autres sur la scène politique.

Préparez-vous des alliances avec d’autres partis ?
Non, mais il y a des contacts. La décision finale appartiendra au comité central et surtout au congrès. On ne peut pas faire de coalitions à ce niveau sans l’accord préalable et du président et des instances du parti

Ahmed Osmane Président du Rassemblement national des indépendants