Retrospective 2014/Politique : Une année très mouvementée vient de s’écouler

Un mouvement de réformes secoue certains partis politiques au moment où d’autres parachèvent leur reconstruction. Les syndicats sont finalement allés jusqu’au bout avec cette grève mémorable du 29 octobre.

Une année fort mouvementée vient de s’écouler. On aura vu de tout. Les divergences entre les acteurs politiques ont parfois débouché sur des situations déplorables. Cependant, que ce soit pour l’action gouvernementale, pour le Parlement, les partis politiques ou les syndicats et même sur la scène des droits de l’homme, les réalisations sont innombrables.

C’est certain, le Maroc avance d’un pas sûr sur le chemin de la consolidation du choix démocratique. Ainsi, en 2014, le discours royal prononcé à l’ouverture de la session d’automne du Parlement aura certainement été un grand moment politique riche en enseignements.

Le Souverain avait alors souligné que «le discours politique commande la sincérité à l’égard du citoyen, l’objectivité dans l’analyse ainsi que le respect entre tous les acteurs concernés, de sorte qu’ils soient tous au service de la patrie et non des protagonistes politiques, divisés par leurs intérêts étriqués».

Quelques heures après ce discours, le Parlement sera le théâtre d’un comportement indigne de députés. Deux élus de la nation, dont un chef de parti politique, en sont arrivés aux mains après s’être traités de tous les noms. Heureusement, les locaux de la Chambre auront vu des moments plus dignes de cette institution.

L’adoption du projet de Loi de finances a suscité un débat d’une grande facture. C’est le cas d’ailleurs des débats ayant accompagné l’examen, puis l’adoption du projet de loi organique des finances qui n’a finalement pas été retenu par le Conseil constitutionnel.

Le débat continue donc. Et pas seulement pour ce texte, mais aussi, et c’est encore un signe de la volonté politique de donner corps à la démocratie participative, les textes portant sur les collectivités territoriales dans leur nouvelle configuration.

La démarche est louable, si l’on ne tient pas compte des calculs politiciens d’une partie de notre élite partisane. Une première mouture est remise aux partis qui y apportent leurs observations sur la base desquelles un avant-projet a été élaboré et soumis de nouveau à l’appréciation des formations politiques.

L’objectif étant d’arriver à un consensus très avancé avant d’en arriver à la phase des débats parlementaires. C’est que l’on ne veut pas courir le risque de se retrouver dans la situation où, comme à chaque fois durant toute l’année, le débat est très vif au point de déboucher parfois sur des polémiques et des dérapages qui ne servent pas l’image des politiques déjà en mal de crédibilité.

Ce qui ne cadre pas du tout avec la politique de «mise à niveau» de la première Chambre engagée par le président nouvellement élu, Rachid Talbi Alami.

Tout comme la volonté affichée par les formations de l’opposition comme de la majorité de relever le niveau de l’action parlementaire qui multiplie les actions de coordination et de concertation. En dehors du Parlement, les partis politiques sont en pleine mutation.

Plusieurs ont connu, pendant l’année écoulée, des tentatives de réforme, des luttes intestines et pour les plus chanceux une profonde restructuration. En même temps, les syndicats commencent à se faire entendre.

Ils ont manifesté leur mécontentement à l’occasion d’une grève générale, une première vue sous toutes les coutures, soutenue par les partis politiques et les différentes composantes de la société civile.

Le gouvernement, plutôt satisfait de ses réalisations de l’année 2014, ne semble pas avoir été intimidé, il ne renonce pas pour autant à ses réformes, aussi cruciales soient-elles. Celle de la caisse de compensation a déjà presque abouti, les autres ne devraient pas tarder, la justice et les retraites entre autres. Bref, l’année politique 2014 a été, en grande partie, marquée par un temps de réflexion sur les moyens de matérialiser les dispositions de la nouvelle Constitution et la discussion des projets de lois organiques ainsi que leur mode de préparation.

Elle aura été également une année de deuil avec la disparition de deux ténors de la vie politique, en l’occurrence le député socialiste Ahmed Zaidi et le ministre d’Etat (PJD), Abdellah Baha. Sur un tout autre registre, l’année 2014 sera marquée par de remarquables avancées en matière des droits de l’homme.

La mise en œuvre d’une nouvelle politique migratoire, la réforme de la justice militaire et la ratification par le Maroc de deux conventions internationales, l’une contre la torture et l’autre portant sur la liberté de pensée et de conscience en sont les faits marquants.

Tout comme l’est la tenue, fin novembre à Marrakech, de la 2e édition du Forum mondial des droits de l’homme (FMDH).

Un évènement qui est en soi une reconnaissance par la communauté internationale, du leadership du Maroc en matière de protection et de promotion des droits et libertés. C’est une épreuve certes que le Maroc a réussie haut la main.

Cela dit, l’année 2014 restera une année charnière. En revanche, l’année que nous entamons sera décisive pour savoir à quel point le gouvernement, les partis politiques et les autres acteurs et partenaires sociaux parviendront-ils à transcender leurs divergences sur des questions lancinantes, entre autres les élections, les réformes du régime de retraite et de la caisse de compensation, de la justice et le parachèvement de la mise en œuvre de la Constitution