Résultats mitigés pour le Forum de l’avenir

La déclaration finale contient peu de recommandations concrètes. Le souci de ménager les susceptibilités a été le plus fort.

L’intervention du chef de la diplomatie américaine Colin Powell, lors de l’ouverture des travaux du Forum de l’Avenir, le 11 décembre, a été tout en diplomatie. Une façon de calmer une opinion publique arabe inquiète. «Ce n’est pas le moment de se disputer au sujet du rythme des réformes démocratiques ou sur le point de savoir si la réforme économique doit précéder la réforme politique. Nous sommes tous d’accord pour dire que le changement doit venir de l’intérieur des pays de la région».
Ce n’est donc pas un hasard si les ministres des Affaires étrangères et des Finances des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et leurs collègues du G8, ont insisté dans leur déclaration finale sur les réformes économiques plutôt que politiques à mener dans la région. Cette dernière s’est contentée de laisser à chaque pays la liberté de mener ses réformes «à son rythme» et en «toute souveraineté».

Un secrétariat permanent sera créé
Parmi les recommandations les plus concrètes à retenir à l’issue de ce forum, il y a celle relative à la création d’un fonds régional qui, dans trois ans, sera doté de 100 millions de dollars, dont 15 seront versés par les Etats-Unis ! Ce fonds sera destiné à la formation et à l’assistance technique aux petites entreprises.
Ces résultats sont jugés maigres par nombre d’observateurs au regard de l’ambition initiale du forum. Cela dit, jamais une rencontre internationale organisée au Maroc n’avait suscité autant de polémiques que ne l’a fait le Forum pour l’Avenir. Parmi les participants, d’abord, des réserves ont été formulées quant à l’ordre des priorités dans la région. Ce qui dérange le plus, a déclaré le prince Saoud Al-Fayçal, chef de la diplomatie saoudienne, lors de la séance d’ouverture du forum, est le «parti pris» de Washington à l’égard d’Israël. Nombre de dirigeants arabes voient mal comment on peut parler d’une démocratisation dans la région alors que le conflit israélo-palestinien perdure. Pour les Européens aussi, malgré leur participation au forum, il n’est pas question, comme l’a affirmé le chef de la diplomatie française, Michel Barnier, de «l’institutionnaliser». Il n’a pas été suivi. Le communiqué final a adopté l’idée de la création d’un secrétariat permanent.
Mais c’est du côté de la société civile marocaine (et arabe) que la polémique a été la plus vive. Trois camps se sont profilés : les partisans du forum, et qui y ont effectivement participé. Leur analyse est simple : toute initiative visant la promotion de la démocratie dans le monde arabe doit être accueillie à bras ouverts.
Les adversaires (extrême gauche et islamistes) du forum qui, eux, se sont regroupés au sein de la Cellule marocaine de lutte contre le Forum de l’Avenir. Mais la réaction la plus virulente est venue des islamistes du PJD.
Le troisième camp, quant à lui, a choisi la modération. Il est incarné par le Collectif démocratie et modernité. Tout en dénonçant, dans un communiqué publié le 9 décembre, l’initiative de l’administration Bush «pour imposer sa vision de l’avenir de la région», il a appelé à un «Forum alternatif permanent».
Pour ou contre, réserves ou pas, le Forum de l’avenir a pris rendez-vous à Bahreïn en 2005