Résolution 1813 du Conseil de sécurité : un tournant ?

De plus en plus favorable à  un plan d’autonomie au lieu d’une indépendance, l’Onu appelle le Polisario à  sortir de sa position figée.
Le Maroc met la pression sur l’Algérie en appelant à  une normalisation des relations bilatérales.
A quand la reprise des négociations ? Les Etats-Unis décidés à  s’impliquer plus lourdement dans le dossier.

Les derniers jours ont été pour le moins riches quant au dossier du Sahara. Lundi 5 mai, dans un communiqué au ton particulièrement acerbe, le bureau du Front Polisario, réuni sous la houlette de Mohamed Abdelaziz, secrétaire général du Front, sortait pour la première fois de son silence depuis le vote de la résolution 1813 du Conseil de sécurité de l’ONU le 30 avril.

S’en prenant violemment au représentant personnel du Secrétaire général de l’ONU, Peter Van Walsum, le Front a qualifié l’approche du diplomate hollandais de «traumatisante», «illégale, injuste et complètement alignée sur les thèses de l’occupant colonial marocain». Il a également condamné «avec vigueur» l’approche du représentant personnel de Ban Ki Moon, allant jusqu’à  appeler à  son départ. Très durs à  l’encontre du diplomate auquel la résolution 1813 venait d’exprimer le «ferme appui» du Conseil de sécurité, ces propos n’ont pourtant pas empêché le Polisario de se dire satisfait de la même résolution, du fait que, par cette dernière, le Conseil «ait décidé de consacrer la légalité internationale et réaffirmé la pertinence des résolutions 1754 et 1783, appelant les deux parties au conflit à  engager des négociations».

Une satisfaction qui n’empêchera pas le Polisario de s’offrir une nouvelle contradiction en déclarant : «Le bureau du secrétariat national réaffirme solennellement que le Front Polisario n’acceptera, ni aujourd’hui ni demain, d’entrer dans un processus visant la négation des droits inaliénables et imprescriptibles du peuple sahraoui à  l’autodétermination et à  l’indépendance». Autrement dit, le Polisario est favorable au principe des négociations avec le Maroc, mais il le rejette s’il implique la moindre concession… De quelles négociations alors parle-t-il ?

Intervenue alors que les voisins du Maroc et de l’Algérie, le Sénégal, et dans une moindre mesure la Mauritanie, commençaient à  prendre acte de la dernière résolution du Conseil de sécurité, cette sortie pour le moins désordonnée traduit une fébrilité que la position de Peter Van Valsum, à  elle seule, n’explique pas. Les prises des positions française et américaine ont manifestement eu leur effet.

Tard dans la nuit du 30 avril, peu après le vote du Conseil, les Etats-Unis, par la voix de leur ambassadeur, Alejandro Wolff, avaient ouvertement soutenu la proposition marocaine. «La meilleure manière d’aller de l’avant, selon nous, la manière la plus réaliste d’aller de l’avant est de parvenir à  une solution négociée qui débouche, qui mènerait à  une véritable autonomie sous la souveraineté marocaine», avait déclaré l’ambassadeur, invitant le Front Polisario à  «en négocier les détails avec le Maroc ou à  présenter sa propre proposition d’autonomie complète». Des propos confirmés dès le lendemain, jeudi 1er mai à  Washington, par le porte-parole de la Maison Blanche, Tom Casey.

Alejandro Wolff avait également annoncé l’intention de son pays de s’engager davantage dans «les prochaines semaines et les prochains mois» pour encourager les parties à  «se mettre en quête d’une solution de manière soutenue, intense et créative». Si onze mois après le démarrage des négociations de Manhasset et malgré les efforts pour la résolution du conflit du Sahara, la situation semble être toujours au point mort, le temps perdu n’aura pas été vain. Le Maroc marque des points dans une affaire o๠le bon sens commence à  avoir droit de cité auprès des grandes puissances. La résolution 1813 en est l’illustration.

6 heures de négociations pour une résolution votée telle quelle

Votée après quatre rounds de négociations marqués par l’absence d’avancées majeures, la résolution 1813 a été marquée par le coup de gueule, une semaine auparavant, du diplomate hollandais face au Conseil de sécurité de l’ONU, o๠ce dernier avait souligné les compromis impliqués par toute négociation et prévenu que la neutralité du Conseil de sécurité avait ses limites à  l’heure o๠les négociations étaient bloquées par des revendications diamétralement opposées.
Un franc-parler qui aura eu son effet dans la nuit du 30 avril au 1er mai, lors des débats qui avaient opposé la France et les Etats-Unis, favorables au plan marocain d’autonomie, à  l’Afrique du Sud, au Costa Rica et au Panama. Parmi les points objet de divergence les plus importants ce soir-là  : les droits de l’homme et le réalisme. En effet, les alliés du Front Polisario avaient cherché à  ajouter dans le texte de la résolution une référence aux premiers tout en en supprimant le second, une option qui aurait permis au Polisario de poursuivre son offensive médiatique contre le Maroc sans être soumis à  une obligation de résultat au niveau des négociations. Ce n’est que vers 23 heures, heure de New York, 3 heures du matin heure de Rabat, que la résolution sera votée, sans amendement.

Le coup de Gueule de Van Valsum aura-t-il pesé sur le texte final ? En tout cas, la résolution 1813 est considérée comme largement favorable au Maroc. En effet, elle a repris divers éléments mentionnés dans les résolutions précédentes (1754 et 1783), tels que la référence à  la crédibilité et au sérieux de la proposition marocaine ou l’idée de conformité aux buts et aux principes de la charte de l’ONU, un point sur lequel le Maroc a su démontrer la validité de l’option négociée, la majorité des conflits territoriaux ayant été résolus jusqu’à  présent par la négociation et non par des référendums.

Autres points jugés favorables au Maroc, nouveaux cette fois: le fait que la résolution a «fait sienne la recommandation formulée dans le rapport selon laquelle il est indispensable que les parties fassent preuve de réalisme et d’un esprit de compromis afin de maintenir l’élan imprimé au processus de négociation», un appel désormais interprété comme le soutien du Conseil de sécurité à  l’élimination définitive de l’option d’une séparation entre le Maroc et son Sahara. Soulignant que la «consolidation du statu quo n’est pas une issue acceptable pour le processus de négociations en cours», la nouvelle résolution a également contredit les attaques à  l’encontre de M.

Van Walsum en «réaffirmant son ferme appui aux efforts faits par le Secrétaire général et son envoyé personnel pour l’application des résolutions 1754 (2007) et 1783 (2007)». Autre nouveauté, la résolution prévoit aussi d’exercer une plus grande pression pour que les négociations aillent cette fois au fond des choses. Ainsi, si le mandat de la Minurso a été aménagé pour faciliter les discussions, avec une prolongation jusqu’au 30 avril 2009, le Conseil de sécurité a insisté dans deux articles différents pour être régulièrement mis au courant de l’état des négociations, et ce «bien avant la fin du mandat de la mission».

Le drapeau et le timbre désormais saufs ?

Ainsi, le nouveau texte augure bien d’une nouvelle dynamique, qui devrait fortement influencer le 5e round des négociations de Manhasset, dont la date est encore à  déterminer. Ayant vu sa principale revendication taxée d’illégitimité par un haut responsable onusien, concurrencé par le Corcas sur le plan de la représentation des Sahraouis, devenu, depuis l’intervention de M. Van Walsum, vulnérable sur le plan de la situation des droits de l’homme dans les camps, l’appel du Polisario au départ du diplomate ne serait-il qu’un prétexte pour gagner du temps ? L’idée n’est pas exclue.

Toutefois, s’il est difficile, dans le contexte actuel, d’imaginer qu’il puisse avoir gain de cause, l’expérience montre que, pour l’instant, le Maroc n’a remporté qu’une bataille, même si cette dernière est très symbolique dans la mesure o๠elle lui permet d’obtenir une dynamique favorable à  la sortie du statu quo tout en préservant «le drapeau et le timbre». Les négociations à  proprement parler, elles, n’ont pas encore commencé. Ces dernières pourront-elles se faire sans la collaboration de l’Algérie ? Si, par ses récents appels à  l’ouverture des frontières et à  la reprise des coopérations bilatérales, la diplomatie marocaine a réussi à  mettre, avec succès, la pression sur le voisin de l’est, en montrant que le blocage ne se situait pas à  son niveau, l’immobilisme d’Alger reste un problème.

La coopération de l’Algérie est nécessaire pour la suite des événements, et le sera encore plus en cas de résolution du conflit. Après des années de sacrifices des deux côtés du mur de séparation, l’Algérie acceptera-t-elle de reconnaà®tre les erreurs du passé et collaborer à  la résolution d’un conflit qui aura retardé son développement presque autant que le Maroc ? Jusqu’à  présent, l’Algérie s’est tout au plus contentée de réitérer «son soutien entier au processus des négociations directes entre le Maroc et le Polisario sous les hospices de l’Onu» alors que, selon une indiscrétion, non confirmée, du site www.innercitypress.org, il n’est pas exclu que l’ancien ambassadeur algérien auprès de l’ONU ait eu accès au contenu du projet de résolution alors que ce dernier était encore en cours de rédaction… Les retombées de la résolution 1813 ne sont décidément pas près d’être épuisées.