Régionalisation : les provinces du Sud ouvrent la voie

Le Conseil économique, social et environnemental a posé le premier jalon à  travers sa note de cadrage remise il y a quelques jours au Souverain. Un modèle de développement régional devra être prêt et présenté d’ici octobre 2013.

Avec la note de cadrage que vient de rendre publique le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Maroc pose le premier jalon de la mise en pratique de la régionalisation. Certes, dans un premier temps, il a été décidé, à juste titre d’ailleurs, de se focaliser sur le cas spécifique des provinces du Sud. Mais ce sera là une excellente manière d’éprouver la démarche et la méthodologie de construction du modèle. Pour autant, l’intérêt de commencer par ces provinces réside dans toute la symbolique qu’ils revêtent pour le Maroc. Ce n’est pas un hasard si le Souverain a lui-même veillé à ce que les provinces du Sud soient les premières à montrer la voie vers la régionalisation.

La réflexion durera jusqu’en octobre 2013, date à laquelle le CESE devra rendre son rapport final qui, lui, apportera des réponses concrètes et les grands axes du programme de développement pour les provinces du Sud. Dans ce rapport, notamment, seront déclinés la vision et le modèle avec la définition et l’identification de «projets productifs majeurs pouvant être des moteurs de la croissance ainsi que ceux qui mettent pleinement à profit l’économie sociale et solidaire», peut-on lire dans la lettre de cadrage du CESE. Mais ce dernier n’a visiblement pas l’intention de s’en tenir là, puisqu’il se propose d’ores et déjà d’accompagner l’implémentation du modèle sur le terrain en réfléchissant et en proposant un modèle d’organisation et des mécanismes de gouvernance à même de permettre une mise en route réussie du modèle.

Le travail du CESE devra prendre en compte les spécificités des provinces du Sud

Avant d’en arriver là, le CESE devra d’ici octobre 2013 dérouler tout un processus qui sera laborieux et surtout inédit. Car, nonobstant le travail déjà réalisé par la commission consultative, le CESE, lui, devra véritablement apporter, pour la première fois, des réponses concrètes à des problématiques de terrain. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir la note de cadrage qui expose clairement les questions tout aussi profondes que pratiques auxquelles le rapport devra apporter des solutions. Et pour commencer, le nerf de la guerre : l’économique. Comment faire en sorte qu’un secteur privé fort et à même de créer des richesses et des emplois puisse voir le jour ? Quel cadre fiscal et quels dispositifs d’incitations faut-il mettre en place ? Quid des ressources naturelles locales ? Comment seront-elles gérées tout en respectant l’impératif de la solidarité et de l’équilibre entre le régional et le national ? Et surtout, comment faire en sorte que le territoire soit en mesure de dégager ses propres ressources financières pour, progressivement, s’autonomiser par rapport au budget de l’Etat ?

Dans le même ordre d’idées, le CESE se propose également d’apporter des réponses aux questions relatives au mode de gouvernance. Il faudra entre autres réfléchir au moyen d’assurer une continuité entre l’action de l’administration centrale, celle des instances territoriales et, enfin, le secteur privé. La question de la gouvernance va au-delà car elle touche même la pérennité du modèle de développement. C’est que la réussite de l’implémentation du modèle dépendra inévitablement et en grande partie de l’architecture institutionnelle qui sera mise en place pour le pilotage du programme. Il va sans dire que les futures instances régionales devront à la fois bénéficier de la confiance des acteurs régionaux pour leur légitimité et être outillées techniquement et humainement pour réussir leur future mission.

Bien entendu, le travail du CESE devra forcément faire un focus sur les spécificités des provinces du Sud tant sur le plan humain, sociétal, culturel, patrimonial, ethnique et autres. Il devra enfin tenir compte de l’héritage d’un mode de gouvernance qui a prévalu et qui était dictée par des contingences conjoncturelles et historiques.
Ce qui est sûr c’est que toute la réflexion qui sera menée sera certainement d’un grand apport quand il s’agira de développer le schéma de régionalisation avancée pour l’ensemble des autres territoires. Le travail du CESE, étant le premier du genre, fournira une précieuse première ébauche de mode d’emploi, à charge pour les institutions qui auront la tâche de mettre en application ce projet d’y apporter leur contribution, pourquoi pas de le parfaire et de l’adapter.