Réforme du champ religieux : identité, modération et tolérance

Dix ans après le lancement de la réforme, le Maroc est cité en exemple en matière de lutte contre l’extrémisme. Le champ religieux a été complètement restructuré. Le Maroc exporte désormais son savoir-faire vers d’autres pays.

L’aboutissement d’une réforme. Lundi 13 juillet, le Cabinet royal annonçait la création de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, destinée à promouvoir l’islam tolérant. La cérémonie d’annonce de création de cette nouvelle entité qui consacre le Maroc comme maillon fort de la lutte contre l’extrémisme religieux a été présidée par SM le Roi et s’est déroulée en présence de dizaines de oulémas de plusieurs pays africains. Ce faisant, le Maroc ne fait que répondre aux attentes exprimées, à titre officiel, de la part des pays africains concernant le besoin de formation d’imams et de prédicatrices. Il s’agit avant tout d’une instance destinée à unifier et coordonner les efforts des oulémas musulmans au Maroc et dans les autres États africains et de faire connaître les valeurs de l’islam tolérant. Peu avant le lancement de la fondation, le Souverain a promulgué un dahir paru au Bulletin officiel du 25 juin portant réorganisation de l’Université d’Al Qaraouiyine, et par delà toute la filière formation en matière des «sciences de la religion». L’Université Al Qarawiyine est désormais placée sous le Haut patronage de SM le Roi et la tutelle du ministère des habous et des affaires islamiques. L’université millénaire aura pour tâche, selon les dispositions du nouveau dahir, de former des oulémas et des chercheurs spécialisés en matière d’études coraniques, des sciences religieuses et des études islamiques approfondies. L’université se chargera également de la formation des imams, des morchidines et des morchidates et de leur mise à niveau de manière approfondie. Al Qarawiyine sera chargée de faire la promotion du patrimoine doctrinal islamique, notamment le fiqh malékite et assurer sa diffusion. Quelques mois auparavant, le Maroc avait inauguré, en mars, l’Institut Mohammed VI de formation des imams, d’une capacité d’accueil d’un millier de places. A son lancement, cet établissement hébergeait déjà 250 Marocains et quelque 450 étrangers (Guinéens, Ivoiriens, Tunisiens, Français et Maliens). Ce programme de formation d’imams et des prédicatrices ne date pas d’aujourd’hui. Il a été lancé en 2008, dans le cadre de la politique de réforme du champ religieux, afin de promouvoir un islam tolérant et non violent, basé sur le rite malékite. Ce projet a depuis suscité l’intérêt de plusieurs pays, dont le Mali, et un accord a été signé en 2013 avec Bamako pour la formation de 500 imams maliens. D’autres pays africains, mais aussi européens et arabes ont manifesté leur intérêt pour cette expérience et sollicité le Maroc pour la formation de leurs imams. Cette réforme du champ religieux engagée sous l’impulsion du Souverain traduit une vision royale pour la consécration des fondements doctrinaux du Maroc tout en ancrant le Royaume dans son «identité authentique qui porte le sceau de la pondération, la modération et la tolérance»

Une stratégie multidimensionnelle

C’est une série d’événements qui donnent toute sa cohérence à la nouvelle politique religieuse mise en œuvre il y a quelques années. Une politique qui découle d’une vision royale qui remonte au début du règne de SM le Roi. Le Souverain a, en effet, depuis les premières années de son règne, fait de cette réforme un champ fondamental. Le but étant de garantir une gestion sage et sereine de la chose religieuse partant d’une vision clairvoyante prenant en compte l’évolution de la société marocaine tout en restant fidèle aux fondements de l’identité spirituelle singulière du pays. Le discours prononcé par SM le Roi en avril 2004 fera date en ce sens. Il a, ainsi, constitué une véritable feuille de route ayant décliné les étapes à franchir pour la concrétisation de ce projet sociétal qui s’inscrit en droite ligne avec les efforts de modernisation du Royaume.

Dans ce discours fondateur, le Souverain a souligné que la réforme du champ religieux ne se limite pas uniquement à doter le Maroc d’une «stratégie harmonieuse et intégrée, susceptible de l’aider à affronter les défis propres au champ religieux et de les relever sous l’impulsion de la Commanderie des croyants, mais également à contribuer, de façon rationnelle et ciblée, à redresser l’image de l’islam, sciemment pervertie et mise à mal par des campagnes enragées, en réaction à l’extrémisme d’individus désaxés et au terrorisme aveugle qui n’a ni patrie ni religion». Il s’agit là, selon les observateurs, d’«une vision ingénieuse, venue mettre en place une gestion moderne des affaires religieuses à travers une mise à niveau des institutions religieuses et l’amélioration des conditions des oulémas et des imams». Une stratégie multidimensionnelle a été, ainsi, élaborée et mise en œuvre sur plusieurs années. Elle consiste en la rénovation du champ religieux par le biais d’une réorganisation du Conseil supérieur des oulémas et la qualification des imams pour parfaire leur formation afin de leur permettre de répondre au mieux aux questions que rencontrent les fidèles en ces temps à la fois modernes et complexes. Dans ce contexte, une charte des oulémas a été élaborée pour rénover le discours religieux et améliorer les performances des institutions religieuses, de sorte qu’elles puissent se mettre en phase avec la dynamique à l’œuvre au sein de la société marocaine, suivre l’évolution intellectuelle et culturelle et saisir la portée des mutations accélérées intervenues à l’échelle mondiale. Parmi les textes les plus remarqués dans ce sens demeure le dahir interdisant toute activité politique ou syndicale aux imams pendant l’exercice de leur mission. De par l’importance de sa signification, ce texte consacre d’une manière sans équivoque le principe de la séparation de la religion de la politique. Dans la foulée de la réforme du champ religieux, qui s’est étendue sur plus d’une décennie, il a également été procédé à une révision sereine de la législation régissant les lieux de culte. En somme, les réformes courageuses menées par le Souverain se sont imposées comme modèle qui a pu et peut encore bénéficier à d’autres pays soucieux de faire face aux idées obscurantistes et à l’intégrisme. Et ce n’est pas un hasard si observateurs et centres de recherche internationaux saluent cette approche marocaine, qui fait du Royaume un partenaire estimé et écouté dans le concert des nations.