Réconciliations internes, les partis politiques tentent de recoller les morceaux

Un an après le discours royal, dans lequel le Souverain engage les partis à changer de méthode de travail, c’est toujours le statu quo. Le PJD, le PAM et l’USFP en pleine réconciliation interne, un processus qui risque de s’éterniser. L’Istiqlal tente de se construire un nouveau discours, alors que le RNI est déjà sur le terrain à l’écoute des citoyens du Maroc profond.

La scène politique reprend des couleurs et les partis sortent de leur léthargie. C’est un constat général qui n’exclut pas, bien sûr, des exceptions. Le fait est que, rattrapés par les nouvelles élections qui s’approchent alors que certains n’ont pas encore soldé le passé lié aux précédentes, nos partis tentent de se reprendre. Trois d’entre eux, et non des moindres, ont, en effet, initié un processus de réconciliation pour recoller, autant que faire se peut, les morceaux. D’autres, au sortir de leur laborieuse reconstruction sont en train de modeler leur discours politique. D’autres encore, ayant réussi leur refonte globale, sont déjà sur le terrain. Cette dynamique intervient, soulignons-le, un peu plus d’une année après le discours d’ouverture de la précédente législature, le 12 octobre 2018, dans lequel le Souverain a incité les partis «à rénover leurs méthodes de travail» dans le but de rehausser leur performance «et, in fine, d’améliorer la qualité des législations et des politiques publiques». Qu’en est-il aujourd’hui de cet appel royal aux partis de rénover leur mode de travail, accompagné d’une décision d’augmenter le soutien public accordé aux formations politiques ? Pratiquement rien. A quelques exceptions près, il faut le reconnaître. Aujourd’hui, les principales formations politiques en sont encore à leur réconciliation interne. Les deux premières forces politiques du pays sont, de loin, les plus concernées. Le PJD, qui vient de sortir d’un long débat interne, n’est pas pour autant complètement sorti de l’auberge. Le PAM qui n’a toujours pas digéré l’après- El Omari, est consumé par une crise interne qui n’en finit pas, malgré les multiples tentatives de réconciliation lancées ici et là. Quant à l’USFP, elle tente carrément de revenir de loin, de très loin même. Fort de ses 125 députés qui en fait la première force parlementaire et lui assure la présidence du gouvernement, le PJD n’en est pas moins miné de l’intérieur. Même le dialogue interne, lancé par l’actuel secrétaire général au lendemain de son élection à la tête du parti, n’est pas arrivé à dissiper la crise. La preuve en est qu’en plein débat interne, la diffusion des propos tenus par Abdelali Hamieddine, sur la monarchie, a failli compromettre tout le processus. Plus tard, les positions des uns et des autres sur les libertés publiques, surtout après les polémiques suscitées par le comportement de certains de ses dirigeants ont accentué les divergences entre les deux clans principaux du parti. Le fossé entre les deux clans s’est encore davantage creusé lors du vote du projet de loi-cadre relative au système de l’éducation et de la formation.

PAM, la main tendue reste maintenue

La récente élection du bureau dirigeant du conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, dans lequel le PJD occupe deux postes de vice-président, nous rappelle combien la trêve est fragile, quand bien même l’une des conclusions de son dialogue interne serait justement de «tourner la page, tout en tirant les leçons de cette étape». Saad-eddine El Othmani a certes repris les choses en main, en renforçant ses positions et en affaiblissant celles de ses adversaires, mais les récents événements montrent que la crise est toujours là. Latente mais réelle. En parlant de crise, elle est, cette fois, bien manifeste au PAM. Pour en sortir, la direction du parti, à la tête du courant de la «légitimité», multiplie les signes et conforte son offre de réconciliation. Le bureau fédéral qui s’est réuni, le 26 octobre, a décidé, sur proposition du secrétaire général, d’annuler toutes les sanctions qui ont frappé les membres et leaders du clan adverse, «le courant de l’Avenir», mené, entre autres, par le député Abdellatif Ouahbi. Peu auparavant, et contre toute attente, le bureau politique avait confirmé la candidature de Fatima El Hassani, devenue de ce fait, le 28 octobre, présidente de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Cette dernière, rappelons-le, n’est autre que la vice-présidente de la commission préparatoire du quatrième congrès présidée par Samir Goudar. Lequel Goudar a d’ailleurs vu son élection à la tête de cette commission invalidée par la justice. En parallèle, le secrétaire général a, de même, appelé à la tenue d’une table ronde rassemblant toutes les tendances du parti pour tenter d’effacer leurs divergences et aller de l’avant, ensemble, dans un parti «fort» et «uni». Au moment d’annoncer cette table ronde de réconciliation, le 23 septembre, le secrétaire général la qualifiait d’«initiative de dernière chance» afin de mettre fin aux divisions, «soigner les blessures» et consolider «l’unité» du parti. Pour compléter cette panoplie de bonnes intentions, la commission préparatoire, présidée par Ahmed Touhami du «courant de la Légitimité», planche actuellement sur un amendement des statuts du parti. Cette refonte des statuts et de règlement intérieur est de nature, explique-t-on au sein de la commission, «à instaurer un nouveau modèle d’organisation qui soit de nature à assurer la renaissance espérée du parti ainsi qu’une bonne gouvernance, une démocratie participative et une transparence et efficacité dans la gestion du parti». Ce projet de réforme devrait être prêt pour débat et validation, au sein de la commission, d’ici fin décembre.

Les retrouvailles ittihadies

C’est que pour la direction du parti, il est temps de dépasser les divergences internes. En effet, pour reprendre les termes de Hakim Benchamach, «en réponse aux attentes des citoyens, il est nécessaire de mettre le PAM à niveau pour qu’il puisse jouer pleinement son rôle dans le contexte actuel, loin des calculs politiciens et personnels». Il est impératif, soutient le secrétaire général, intervenant devant les membres du bureau fédéral, de «commencer à se préparer aux différents rendez-vous organisationnels et politiques, le 4e congrès national prévu au début de l’année et les multiples échéances électorales programmées au cours de 2021». Ce dernier rendez-vous anime également au plus haut niveau l’USFP qui, lui, vient de lancer un processus de réconciliation globale qui s’adresse à toute la «famille ittihadie», y compris les sympathisants du parti. Sur ce point Driss Lachgar, premier secrétaire, est clair, «l’appel à la réconciliation au sein du mouvement ittihadi n’est pas un objectif en soi, mais un pas vers l’ouverture, le renforcement du front national et la réussite du défi d’un développement global». Tout un projet, en fait. De ces propos, il ressort que l’USFP n’a pas complètement renoncé à un vieux rêve qui consiste en la «recomposition de la gauche». Son appel est donc lancé à «toutes les organisations de la gauche, ainsi que les partis et les syndicats à s’engager dans la recherche d’une nouvelle perspective pour une action commune». Son initiative de rendre visite aux anciens leaders de l’USFP, y compris l’ancien patron de la CDT, avant d’officialiser cet appel à la réconciliation, lors d’une cérémonie organisée le 29 octobre, prend donc tout son sens. On comprendra, comme l’a affirmé Habib El Malki, président du conseil national, que «le slogan de la réconciliation avec l’ouverture annoncée récemment par la direction du parti, ne relève pas d’une décision circonstancielle mais découle d’un choix stratégique». L’horizon 2021 n’étant bien sûr qu’une étape. L’objectif étant de revenir au cœur de la société avec à la clé un projet social rénové et porteur de solutions aux attentes des citoyens. Mais pour cela, de l’avis des analystes politiques, le parti est appelé à opérer une lourde et laborieuse restructuration donnant l’occasion aux nouvelles élites de porter le flambeau et le projet socialiste. Cela dit, au moment où l’USFP ouvre grandes ses portes aux militants et sympathisants, un autre parti de la gauche est en train d’opérer une démarche tout à fait contraire.

Démocratie interne

Le PPS, dont la crise interne vient de s’aggraver avec sa sortie du gouvernement, n’a pas trouvé mieux que de radier ceux qui se sont exprimés contre cette décision. Cela s’est passé notamment avec l’ancien ministre de la santé et, également, ancien membre du bureau politique, qui s’est opposé depuis le début au retrait du gouvernement et accusé la direction du parti d’avoir «falsifié» le vote en faveur de cette décision du comité central en empêchant certains membres d’exprimer leur choix. Notons au passage que cette réunion du comité central a connu des échanges violents qui ne sont pas sans rappeler ce qui s’est passé lors du dernier congrès de l’Istiqlal. Bref, le parti depuis qu’il a quitté la majorité gouvernementale est en crise, malgré sa propension à la fuite en avant en radicalisant son discours. Son secrétaire général vient, en ce sens, de mettre en garde contre «les tentatives d’assiéger les partis politiques et de réduire leur rôle en tant que médiateurs entre l’Etat et les citoyens». S’il y a une conclusion à tirer de tout cela, note le politologue Mohamed Chakir, professeur à l’Université Cadi Ayyad, c’est que «malgré leur discours sur la démocratie, les formations politiques ne l’appliquent pas en interne. Elles acceptent rarement une divergence des points de vue et ne prévoient guère de mécanismes de dialogue pour gérer les différends internes». La plupart des partis, poursuit le politologue, «adoptent un centralisme démocratique et n’acceptent pas l’émergence de courants en leur sein. Ce qui a eu pour conséquence des conflits qui peuvent des fois aboutir à la violence». Ces conflits finissent souvent, relève le politologue, par des «putschs» dans les partis ou par la mise à la porte des «dissidents». L’histoire des partis politiques est riche en expériences du genre, au point que, d’après certains analystes politiques, l’on doit l’éclatement de la scène politique, bien souvent faussement interprété comme un pluralisme politique, à ce genre de pratiques.

Le RNI entame une nouvelle phase dans son action. Il part aujourd’hui à la conquête du terrain et à l’écoute du Maroc profond. Trois ans, exactement après l’élection du nouveau président, Aziz Akhannouch, le parti a entrepris de se restructurer, aussi bien au niveau national qu’à l’échelle des régions, de développer ses organes se dotant d’une structure de jeunes, d’une autre de femmes et d’organes parallèles couvrant un large éventail d’activités professionnelles, aujourd’hui il expérimente une nouvelle démarche. C’est ainsi que le parti a procédé, samedi 2novembre à Demnate, au lancement de la campagne de mobilisation «100jours, 100 villes». Il s’agit d’une initiative visant à rassembler les recommandations des diverses composantes du parti dans plusieurs villes pour définir les priorités et les besoins de chacune. Pendant cette campagne, les dirigeants du parti organiseront chaque samedi, durant neuf mois, des rencontres dans trois villes différentes, petites et moyennes, à travers le pays. Lors de ces rencontres, les membres du bureau politique, les responsables régionaux et nationaux et les ministres du parti vont s’enquérir de près des préoccupations des citoyens. Ils vont ainsi recueillir, au niveau de chaque ville, les recommandations émanant des diverses composantes du parti et de la population locale. Tout cela dans une logique de coordination et de consultation dans l’ensemble des régions. Au terme de ces cent rencontres, le parti procédera à l’élaboration d’un rapport national détaillé sur les priorités de chaque ville.
Le but, on l’aura compris, étant d’associer les citoyens de chaque ville dans la formulation de recommandations relatives aux prestations publiques de qualité, particulièrement dans les secteurs de la santé, de l’enseignement, de l’emploi et dans d’autres secteurs d’activités, tels que l’investissement, le développement économique, le développement durable et autres. Notons qu’avant de lancer cette campagne, le parti a tenu une série de meetings politiques également pour s’enquérir de près des préoccupations des citoyens. Le dernier qui s’est tenu dans la région de Casablanca-Settat a rassemblé plus de 4 500 militants.
Alors que le RNI lançait le programme «100 jours, 100 villes» à Demnate, l’Istiqlal, lui, tenait la session ordinaire de son conseil national, le même jour, à Salé. Une occasion pour charger, une fois de plus, le gouvernement et changer le ton de son discours. C’est ainsi que son secrétaire général a affirmé que «le gouvernement actuel n’a pas d’identité politique et n’offre rien pour la construction démocratique au Maroc». De même, lance-t-il, «les libertés ont régressé sous ce gouvernement et les institutions élues ont été vidées de leur contenu». Pour Nizar Baraka, aucune démocratie n’est possible sans «partis politiques forts». Le chef de file de l’Istiqlal a également évoqué «un contexte national caractérisé par une atmosphère de tension sociale et une impasse politique persistantes». Cela, en relevant le «caractère aigu de la situation» et «l’urgence de la réforme attendue par les citoyens et les acteurs avec beaucoup d’anticipation». En adoptant un tel discours, l’Istiqlal tente de se repositionner sur l’échiquier politique et va même jusqu’à se présenter en alternative, comme un parti qui va résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux des citoyens.