Qui succédera à  Mohamed Elyazghi à  la tête de l’USFP ?

Le conseil national du
11 janvier a fait l’impasse sur la question. Un autre est prévu le 26 janvier.
C’est le congrès ordinaire, prévu en mai prochain, qui désignera le nouveau
patron
du parti.
Les militants
ne veulent plus du système de «zaïm» mais un véritable gestionnaire doté d’une
vision et capable d’assumer ses responsabilités.

Qui succédera à  Mohamed Elyazghi à  la tête de l’USFP ? A la veille du conseil national du 11 janvier, beaucoup s’attendaient à  ce que la question de la succession de l’ex-premier secrétaire démissionnaire soit l’un des principaux points à  l’ordre du jour de la rencontre. Mais c’était sous-estimer la capacité qu’a encore le parti de la rose, quoi qu’on dise, de gérer ses crises internes dans le respect des textes et des règles de fonctionnement établies.

Il n’empêche, les membres du bureau politique ont été les premiers soulagés d’avoir passé l’obstacle sans gros heurts. «Les militants ont encore un peu l’âme ittihadie», confie un ténor du parti. A l’instar de ses collègues, ce dernier n’a pu refréner un soupir de soulagement. Il faut dire que la rencontre tant redoutée, organisée au siège du parti à  Rabat, avait démarré sous le signe des turbulences. Expulsés de la salle sans même pouvoir assister au discours d’ouverture des travaux, les journalistes ont pu prendre la mesure de la tension qui régnait derrière les portes, au gré des interventions, énergiques, qu’un Abdelouahed Radi, ex-vice-premier secrétaire du parti et pompier attitré de la rencontre, s’efforçait d’organiser. Au final, les discussions se sont avérées constructives, de l’avis-même des opposants au bureau, puisque la rencontre a débouché sur l’annonce d’un nouveau conseil national dès le 26 janvier courant. Objectif ? Lancer les préparatifs du congrès de l’USFP, annoncé pour la fin mai voire début juin, en fixer la date exacte, la nature, mais aussi et surtout désigner la commission chargée de sa préparation.

Cela dit, reprise des travaux ne signifie pas retour en grâce du bureau politique. En effet, ce dernier, après avoir annoncé le prochain congrès comme «ordinaire», s’est vu adresser un avertissement significatif sous forme de menace de publication d’un «contre-communiqué» du conseil national par voie de presse. Il n’en fut rien, mais les initiateurs de cette fausse rumeur reconnaissent avoir voulu rappeler au bureau que le choix de la nature du congrès relève du conseil national, Parlement du parti et non pas du bureau politique, son «exécutif»…

Cette question de forme posée, sur le fond, les deux positions se rejoignent. Au gré des interventions du 11 et du 12 janvier, la tendance générale au sein du conseil national semble écarter l’idée d’un congrès extraordinaire, même si un congrès ordinaire ne pourra pas se tenir sans quelques aménagements. «Ordinaire par le calendrier, il sera certainement qualitatif par les procédures utilisées, et aussi par les résultats escomptés», indique Habib El Malki, membre du bureau politique. «Un congrès ordinaire qui réunirait 3 000 congressistes ou plus ne permettrait pas un débat approfondi. Cependant, un congrès extraordinaire ne serait en quelque sorte qu’un congrès de statu quo, c’est-à -dire qu’il n’y aurait pas de changement car nous ne serions pas en mesure de bousculer les structures», explique Soufiane Khairat, ex-numéro un de la jeunesse USFP. Le consensus semble donc déjà  se dessiner autour d’une formule intermédiaire : un «congrès ordinaire, aux moyens extraordinaires», qui disposerait du pouvoir de débattre et d’élire les structures du parti, avec un nombre allégé de participants – environ un millier qui devraient se répartir entre les membres du conseil national et présidents des conseils régionaux et provinciaux.

La nature du congrès n’est toutefois pas le seul point de friction au sein du parti de la rose. La composition de sa commission de préparation devrait aussi faire l’objet d’un débat animé lors de la rencontre du 26 janvier. Plusieurs voix dans le parti se sont élevées pour que ladite commission soit constituée indépendamment du bureau politique. D’autres, en revanche, sont pour une formule ouverte o๠ce dernier serait partie prenante. Reste à  savoir comment de tels choix seraient appliqués, mais aussi et surtout o๠se situerait le centre de décision en matière de préparatifs du congrès. Seul point d’accord pour le moment : ne pas attribuer la présidence de la commission à  l’ex-premier secrétaire du parti, Mohamed Elyazghi. Ce dernier, sentant sans doute l’hostilité latente que générerait cette proposition, se mettra lui-même en retrait.

Elyazghi réitère son retrait de toute structure de l’USFP
Avec tout cela, le conseil national a pu tenir son ordre du jour, à  quelques détails près. Organisé quelques semaines après le départ forcé de Mohamed Elyazghi et de Abdelouahed Radi, précédé par des conseils régionaux houleux, il a enregistré près de 180 interventions pour un total de 300 participants. L’on notera aussi quelques gestes apaisants comme le règlement de la question de la participation du bureau national de la Jeunesse de l’USFP au conseil national et l’attitude conciliante adoptée vis-à -vis du député Mohamed Achahboun, membre du conseil national interdit d’entrée pour s’être présenté comme «sans étiquette politique» (SEP) aux dernières législatives du 7 septembre (voir encadré). Des gestes qui ont contribué à  calmer les esprits. «Nous ne cachons pas la vérité. Nous reconnaissons que le parti est passé par une crise, mais nous considérons qu’il l’a dépassée aujourd’hui. M. Elyazghi n’est plus premier secrétaire, la direction du parti est aux mains du bureau politique jusqu’au congrès. Le bureau politique a la capacité de diriger les réunions jusqu’au congrès», avait indiqué Abdelouahed Radi au lendemain de la clôture des travaux du conseil, tout en soulignant que l’événement était considéré comme une réussite.

De ces deux jours, l’on retiendra également la brève apparition de Mohamed Elyazghi qui était resté silencieux depuis sa démission, au point de susciter des inquiétudes chez ses anciens alliés. Dans son discours, l’ex-premier secrétaire a annoncé son intention de participer à  la préparation du prochain congrès en tant que simple membre du conseil national, et de n’y postuler à  aucune responsabilité. Il a ainsi mis fin aux spéculations concernant son éventuel retour à  la tête du parti, voire au bureau politique, même si les interprétations divergent à  ce niveau-là . Mohamed Elyazghi, qui a invité les militants à  éviter de discuter de la participation du parti au gouvernement avant le congrès, est même allé jusqu’à  donner sa version personnelle des faits concernant le déroulement des négociations pour la formation du gouvernement El Fassi. Renvoyant une partie de la responsabilité aux autres instances dirigeantes de l’USFP dont le conseil national lui-même, il a également mis en avant les contraintes rencontrées au cours du processus, ainsi que les différentes interventions royales, notamment concernant les portefeuilles des finances et de l’économie, ainsi que son poste de ministre d’Etat. «Le ministère d’Etat a été un geste du Souverain pour répondre à  votre proposition de bénéficier d’un traitement particulier répondant au poids de votre parti politique. Son attribution à  nous-mêmes a été une décision royale conférant à  notre parti une place particulière au sein du gouvernement actuel», a-t-il expliqué au conseil national. Des déclarations dont l’opportunité divise, et pas seulement au sein du parti.

Légitimité démocratique au lieu de la légitimité historique
Après ces retrouvailles, il est temps pour le parti de se préparer à  opérer, à  l’occasion du VIIIe congrès, les changements nécessaires pour reprendre sa place sur la scène politique marocaine. Au-delà  de la participation au gouvernement, le parti devra ainsi «clarifier sa ligne politique», réviser son règlement intérieur, et très probablement effectuer des réglages au niveau de sa position de soutien critique à  l’égard du gouvernement El Fassi.

Au-delà , le parti devra également s’atteler à  une affaire qui promet d’être complexe : la nomination de celui qui deviendra le quatrième dirigeant du parti après sa création en 1975. En effet, plus d’un mois après la démission de Mohamed Elyazghi et Abdelouahed Radi, l’USFP, gérée par une direction collégiale jusqu’en mai, ne dispose toujours pas de visibilité quant à  l’identité de son prochain premier secrétaire. Certes, quelques noms circulent, comme ceux des anciens ministres des finances et de l’éducation Fathallah Oualalou et Habib El Malki. Rien d’officiel même si les ambitions sont présentes et les réseaux commencent à  s’activer.

Au-delà  des hommes, le changement s’impose également au niveau des mentalités. Première visée, la crise de leadership vécue par le parti socialiste, à  l’instar de plusieurs de ses semblables au Maroc. «Nous pouvons avoir la meilleure plateforme politique, le meilleur programme, cela ne sert à  rien si le leadership ne suit pas», déplore ce cadre de l’USFP. Pour lui, «beaucoup de Marocains ne s’identifient pas aujourd’hui dans le leadership actuel de l’USFP. On ne peut construire une image de l’USFP avec des militants qui, certes, ont beaucoup donné au parti, mais qui, aujourd’hui, ne passent plus aux yeux de l’opinion publique». Notre interlocuteur n’est d’ailleurs pas le seul à  se dire en faveur d’un abandon du système du leader à  la légitimité historique incarné par Abderrahim Bouabid, Abderrahmane Youssoufi et Mohamed Elyazghi. A la place de la légitimité historique, c’est la légitimité démocratique qui semble vouloir prendre le pas, accompagnée par l’idée d’un système de nature plus contractuelle. Hassan Tariq, autre ancien dirigeant de la jeunesse de l’USFP, qui se dit en faveur d’un premier secrétaire «qui rende des comptes au prochain congrès», se prononce d’ailleurs en faveur d’un régime «présidentiel», non sans lien avec le système des courants politiques. «Il faut que le congrès élise un homme ou une femme sur la base d’un programme, d’une conviction, et que cette personne puisse, parmi les militants du conseil national, choisir une équipe de travail», explique-t-il. «Ainsi, au prochain congrès, c’est cette personne qui devra rendre les comptes, et ne pourra pas se cacher derrière la direction collégiale». D’autres parlent plutôt d’un gestionnaire du parti. «Nous allons inaugurer une nouvelle phase. Demain, le leader de l’USFP ne va pas être un leader historique comme l’ont été ses prédécesseurs», confirme de son côté Larabi Jaà¯di, membre du secrétariat national de l’USFP. «Ce sera un nouveau profil dans sa façon de gérer le parti. Il ne s’agira pas d’un zaà¯m comme le présente toute la littérature, mais d’un gestionnaire, en charge d’un programme, avec ce que cela impose comme contrat à  l’égard du conseil national», conclut-il. Chargé par le conseil national de la mise en Å“uvre de la vision du bureau politique, le nouveau premier secrétaire pourrait opérer ainsi avec une équipe qu’il aura choisie lui-même, plus ou moins désignée par le conseil national. Autant de changements sur lesquels les débats sont encore en cours.