Quelle relance pour notre économie ?

Le RNI et le Think Tank Al Mountada ont lancé, le 10 avril, une plateforme collaborative (www.maba3d-corona.com).

Celle-ci a recueilli les contributions de personnes issues de divers horizons, qui se sont engagées dans le débat ouvert sur les leçons apprises de la crise sanitaire du Covid-19, dans tous les domaines de la vie sociale, économique et politique du Maroc ainsi que les pistes d’action, de réforme et de mobilisation pour en relever les défis, dans l’immédiat, mais également à moyen et long terme. Dimanche 19 avril, à la clôture des soumissions, plus de 1 400 contributions avaient été enregistrées, en moins de 10 jours. Voici en plusieurs points les propositions faites par les contributeurs :

A court terme

Relancer la demande nationale, grâce au maintien de la commande publique, en l’orientant en partie vers les entreprises nationales.
Mise à disposition de financements à des conditions favorables au profit des entreprises (taux, durée, garanties, etc.) et ce, à travers un rôle volontariste de Bank Al-Maghrib.
Enrichir le cadre légal des financements alternatifs. Le crowdfunding, entre autres, permettrait aux particuliers, grâce à des plateformes technologiques, de contribuer au financement de start-up.
Elaborer des solutions viables à même de réintégrer les travailleurs du secteur informel dans l’économie formelle.
Accompagner les micro-entreprises afin de faciliter les procédures de déclaration de leurs employés.
Soutenir les secteurs stratégiques qui sont en grandes difficultés comme le tourisme et le transport aérien.
Saisir ce momentum pour encourager l’entrepreneuriat. Les porteurs de projets doivent être accompagnés notamment en mettant à leur disposition des études de marché sectorielles ; en les éclairant sur les spécificités de la demande marocaine, en particulier pour les produits importés auxquels une production locale pourrait se substituer ; en leur offrant des services de mentoring, pour permettre aux porteurs de projets de sortir de la crise, etc.

A moyen terme

S’adapter au nouveau contexte et consommer local. Mettre en place des mesures de prévention, développer le télétravail, accélérer les processus de digitalisation, etc. Mobiliser les Marocains pour consommer des produits locaux ou privilégier le tourisme interne.
Encourager la production nationale. Adapter notre industrie, tout en respectant les normes de qualité, avec les capacités nécessaires aux besoins du moment.
Trouver les moyens de passer d’une culture de consommation à une culture de production, en développant des écosystèmes économiques et technologiques pour la production industrielle, avec un fort taux d’intégration.
Privilégier l’autosuffisance. La crise a en effet permis d’évaluer la résilience du secteur agricole et agroalimentaire et sa capacité à répondre à la demande alimentaire nationale. Considérant la rentabilité des céréales pour le petit agriculteur, comparée aux autres cultures, il serait intéressant de penser à l’optimisation de la demande. A moyen et long termes on pourrait envisager plusieurs pistes de développement, parmi lesquelles : encourager l’agriculture urbaine, développer le conseil agricole digitalisé, recourir à des plateformes de livraison digitalisées, etc.
Encourager l’export. L’Etat pourrait prévoir des incitations à l’export, notamment pour les PME, à l’instar de pays concurrents. Il faudra aussi encourager et inciter les opérateurs marocains à investir dans l’agrandissement et l’extension de leurs outils de production.
Encourager le rapprochement entre entreprises pour atteindre une masse critique, pouvoir concurrencer les acteurs étrangers et présenter des produits de qualité et faire émerger une véritable diplomatie économique.
Engager la transformation digitale. Le télétravail fera sans doute partie de la culture d’entreprise post-Covid-19. Pour eux, cela offre également un potentiel pour les jeunes diplômés chômeurs des petites villes et villes moyennes. Une digitalisation réussie permettra également la valorisation des produits nationaux, qu’ils soient agricoles ou industriels, à travers des plateformes commerciales.
Renforcer l’e-administration. Il faut digitaliser au maximum, pour rendre les services accessibles à tous, à tout moment et de n’importe où (autorisations, licences, création d’entreprise, documents administratifs en général, banque en ligne, e-commerce, tribunaux, code-barres ou QR).
Réformer la fiscalité. Renforcer le contrôle fiscal, en tirant parti de la numérisation. Elargir l’assiette, réduisant l’injustice envers les salariés (prélevés à la source), ce qui générerait des revenus supplémentaires ;
Imposer l’enregistrement commercial/professionnel à tous les acteurs économiques en appliquant soit l’impôt sur les sociétés ou une taxe similaire sur les revenus des petits commerces ;
Mettre en place des normes de revenu minimum basées sur la connaissance des activités économiques pour mettre fin aux déclarations de revenus nuls ou même négatifs pour les professions générant par défaut un profit important ;
Renforcer les sanctions et augmenter le coût de la fraude ;
Une fatwa du conseil des oulémas pourrait ouvrir la voie à l’inclusion des impôts dans la Zakat, puisque c’est aussi un moyen de redistribuer la richesse qui est le but principal de ce devoir.
Rééquilibrer l’investissement entre régions. Une politique territoriale cohérente et un soutien aux zones défavorisées sont attendus pour rendre le pays plus fort et la création et la distribution des revenus plus équilibrée.

A moyen et long termes

Investir dans l’innovation, la recherche et le développement. Il faut encourager la recherche et le développement à grande échelle et créer des passerelles entre universités et entreprises.
Prévoir des incitations fiscales pour les entreprises investissant dans la recherche et renforcer le financement des laboratoires de recherche.
Investir plus dans “l’alliance stratégique Sud-Sud”. La crise a révélé que les grandes puissances se concentrent d’abord sur leurs propres intérêts. Parallèlement, l’initiative royale avec certains pays d’Afrique est le prélude d’un nouvel ordre régional hautement stratégique, que le Souverain prépare d’ores et déjà. La coopération Sud-Sud devrait céder la place à une étape plus avancée : “l’alliance stratégique Sud-Sud”. D’un point de vue économique, il est préconisé une plus grande orientation vers le marché africain.

A long terme

Partager une vision. Nous voulons un pays qui se développe rapidement, grâce à une feuille de route claire.
Renforcer l’autosuffisance énergétique. Il faut capitaliser sur l’immense potentiel de nos énergies renouvelables. Le Maroc jouit d’une richesse conséquente en énergie solaire, ce qui lui permettrait à long terme d’atténuer sa dépendance à l’égard des énergies fossiles.