Quatre partis tiennent leur congrès, c’est l’UC qui ouvre le bal

L’UC est l’un des rares partis à ouvrir largement la porte aux militants pour accéder au sommet... Tout le monde peut se porter candidat.

Sans véritable enjeu sur la carte politique ni en termes de renouvellement des élites et encore moins de l’offre politique et de projet social, deux formations de la majorité et deux autres de l’opposition organisent leur congrès. Par obligation légale…

Sept ans après son dernier rendez-vous, l’Union constitutionnelle tient son VIe congrès ce week-end à Casablanca. Trois ans après les délais fixés par la loi, cela implique forcément des sanctions –en réalité la seule sanction prévue dans ce cas est la privation des subventions publiques- mais il n’en a rien été. Merci à l’état d’urgence sanitaire, qui est d’ailleurs toujours en vigueur. Néanmoins, l’UC vient de donner le coup d’envoi à un feuilleton qui va se poursuivre jusqu’au début de l’année prochaine. L’Istiqlal, le MP et le PPS sont tous en train de préparer leur congrès national. Les observateurs de la scène politique sont catégoriques, ces rendez-vous ne sont certainement pas, contrairement à ce qui se passe sous d’autres cieux, synonymes de renouvellement des élites politiques. Il ne faut pas non plus s’attendre à une nouvelle offre politique ou à l’annonce de nouveaux projets sociaux. Depuis leur création, ces partis ont suivi presque tout le temps une trajectoire immuable. C’est un constat qui est d’ailleurs valable pour la plupart de nos partis. Il y a évidemment, et heureusement, des exceptions, mais elles sont très rares.
Bref, 1 200 à 1 300 congressistes seront appelés à choisir une nouvelle direction, soit le conseil national, les 32 membres du bureau politique et, bien sûr, le nouveau secrétaire général. Selon un membre du bureau politique sortant, «c’est le principal enjeu de ce congrès. Nous souhaitons, dans la mesure du possible, voir à la tête du parti une nouvelle équipe dirigeante». Ce membre du parti pèse bien ses mots. Car, à l’écriture de ces lignes, le comité chargé de la réception et l’enregistrement des candidatures au poste de secrétaire général n’en avait encore reçu aucune, bien que, comme le veulent les statuts, cette instance a ouvert ses portes dix jours avant le congrès. «Il n’en sera certainement pas autrement avant vendredi, fixé comme dernier délai. On peut même s’attendre à ce que les candidats ne se manifestent qu’à la dernière minute», précise notre source.

Candidats potentiels

Pour l’heure, mis à part l’ancien et éphémère ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Hassan Abiaba, qui a fait brièvement allusion à sa possible candidature aucun autre dirigeant du parti ne s’est manifesté. Et d’après cette source, «ce ne sont pas les candidats potentiels qui manquent». En réalité, poursuit notre source, «tout responsable qui bouge un peu plus que d’habitude ces temps-ci est un candidat potentiel». C’est le cas par exmple de Mohamed Joudar, souvent présenté comme véritable bras droit du secrétaire général sortant. Les Casablancais le connaissent comme l’indéboulonnable président de l’arrondissement de Ben Msik et membre influent du Conseil de la ville. Ceux qui s’intéressent de près aux affaires parlementaires le connaissent comme député de longue date et vice-président de la première Chambre, et le plus grand nombre des Marocains reconnaissent en lui le numéro deux de la Fédération royale marocaine de football. Abdellah El Firdaous, avocat et père de l’ancien ministre, et membre fondateur du parti est également présenté comme candidat potentiel au même titre de Chaoui Belâassal, l’inamovible président de la commune de Moulay Bouselham, également député de longue date et actuellement chef du groupe parlementaire et président du Conseil national du parti. Même Mohammed Sajid, secrétaire général sortant, auquel on prête l’intention de prendre sa retraite, pourrait tout bonnement se présenter à sa propre succession du moment qu’il n’a pas encore bouclé deux mandats à la tête du parti. Ce qui rend sa candidature encore plus probable, estime cet observateur de la scène politique, c’est le fait que la commission des candidatures ait été confiée à un membre du bureau politique, Lakhlifi Qdadra. D’après les statuts, la présidence de cette commission revient en premier au secrétaire général. Les statuts interdisent aussi au président de cette commission de se présenter en tant que candidat au poste de secrétaire général.

Une trajectoire particulière

En réalité, observe notre source au bureau politique, «tout le monde peut se porter candidat». Il faut dire que l’UC est l’un des rares partis, sinon le seul qui ouvre aussi largement la porte aux militants d’accéder au sommet. Pour cela, il suffit d’être membre actif pendant dix ans, d’avoir été responsable régional ou parlementaire ou même ministre au nom du parti ou alors ancien membre du bureau politique ou encore membre fondateur. C’est pour dire que sur papier, l’ascenseur fonctionne à merveille. Cela dit, au delà de la désignation d’une nouvelle direction, l’objectif de ce congrès est d’ouvrir une nouvelle étape avec, pourquoi pas, un nouveau discours, mais peu probablement un nouveau positionnement sur la carte politique. Le parti, rappelons-le, même s’il ne fait pas partie du gouvernement, il est officiellement dans la majorité parlementaire. Il faut reconnaître que nous ne parlons pas de l’UC d’il y a quarante ans lorsqu’au lendemain de sa création en 1983, le parti avait été appelé à jouer un rôle central sur la scène politique et dans les institutions élues. Le Maroc traversait à l’époque une série de crises à la fois économique, sociale et même politique, surtout pour ce qui est de la question du Sahara. Cela ne veut pas dire que l’UC d’aujourd’hui, dont les militants souhaitent renforcer la présence sur l’échiquier politique, est complètement à la marge. Tous les observateurs ont pu constater comment, en formant un même groupe parlementaire avec le RNI lors du dernier mandat, les deux formations ont pu faire barrière aux tendances hégémoniques des islamistes du PJD. Avec seulement 19 sièges, il a contribué à son niveau et avec d’autres formations à contrebalancer le poids numérique du PJD au sein de la première Chambre. Première force politique à l’issue des législatives de 1984 (27% des sièges) et 1993 (16%), le parti n’a, certes, pas eu le sort qu’a connu le PJD, mais il est passé, en 2002, à la 7e place avec seulement 5% des sièges après avoir passé par une deuxième place en 1997. Aujourd’hui, il évolue désormais à la périphérie de la carte politique avec 18 sièges dans un groupe parlementaire de 23 députés, formé avec le MDS. Serait-ce le PJD qui est en train de vivre la même trajectoire ?

L’Istiqlal, le MP, le PPS…, aux suivants

A l’exception du MP où du haut de ses 80 ans, le secrétaire général sortant, Mohand Laenser, à la tête du parti depuis 1986, a manifesté à plusieurs reprises son intention de ne pas rempiler, pour les autres, il n’y a pas de changement en vue. Pour le MP, dont le congrès est programmé fin novembre, la course à la tête du parti se joue actuellement entre deux dirigeants, les deux étant députés et ex-ministres. Il s’agit de Mohamed Moubdiî pour la branche arabophone et Mohamed Ouzzine pour le clan amazighophone. A l’Istiqlal, le problème de la succession de Nizar Baraka ne se pose pas ou, pour être exact, ne se pose plus. L’homme a réalisé ce qu’on pourrait qualifier d’une prouesse électorale. Il a été élu à la tête d’un parti divisé sur le bord de l’éclatement dont il réussit à instaurer l’unité et les légendaires cohésion et discipline. Certes, il y a eu quelques remous dernièrement, avec une proposition de revoir la composition du Conseil national et du comité exécutif, ce que d’aucuns ont considéré comme une tentative d’un clan particulier de mettre la main sur les organes du parti, mais la mésentente a été aplanie et, forte de son consensus interne récemment recouvert, la formation se dirige en toute sérénité vers son congrès prévu pour début 2023. Soit avec un léger retard, de plus de six mois tout de même, par rapport au calendrier initial. Tout porte à croire que c’est Nizar Baraka qui conduira le parti aux élections de 2026 avec l’ambition de réaliser un meilleur score qu’aux législatives du 8 septembre.
On pourrait en dire autant, sans peur de tomber dans l’erreur pour le PPS. Son 11e congrès est prévu pour la mi-novembre et déjà secrétaire général depuis 2010, Nabil Benabdellah succédera sans doute encore une fois à lui-même. Ce n’est pas que le parti manque de profils pour le poste, mais c’est jusque-là lui qui a toujours su maintenir l’unité de la formation politique. Après avoir opéré des changements profonds dans les structures du parti, il en contrôle désormais tous les rouages. Et dans le contexte actuel, il est considéré par les observateurs de la scène politique comme irremplaçable.