Quand les intégristes juifs, chrétiens

Le monde rêvé des intégristes musulmans ressemble à  s’y méprendre au monde
prôné par les intégristes juifs et chrétiens n Démonstration par les auteurs de
l’ouvrage «Tirs croisés»(*).
 

Si le 11 septembre 2001 a sonné le début d’une prise de conscience du danger islamiste, l’événement ne semble pas avoir débouché sur une réflexion en profondeur sur le retour en force de tous les intégrismes. Pourtant, l’islam n’a pas l’exclusivité de la barbarie, comme le monde occidental a voulu le croire. Soumission de la femme, intolérance culturelle, violence… Malgré l’impression qu’ils donnent d’être en guerre, les extrémismes des trois religions monothéistes partagent bien les mêmes valeurs et rêvent d’un monde infiniment semblable. En vingt ans, le mouvement intégriste chrétien «Pro life» (anti-avortement) a commis aux Etats-Unis 44 400 actes de violence à  l’encontre des partisans de l’avortement, 16 tentatives de meurtre, 2 400 assauts ou attentats à  la bombe. Pourtant, ces terroristes n’incarnent pas «l’Axe du Mal» aux yeux du président Bush qui a fait de ces mouvements des alliés du Parti Républicain. L’anthrax est bien une spécialité de cette extrême droite religieuse américaine. Et qui se souvient en France du terrorisme chrétien ? Le 22 octobre 1988, des militants traditionalistes incendiaient, en pleine projection, un cinéma à  Paris, lors de la sortie de La dernière tentation du Christ de Scorcese. A quoi tient la différence de violence entre l’affaire Scorcese et l’affaire Rushdie ? Un intégrisme ne prospère jamais seul Du Saint-Siège à  Washington, d’Islamabad à  Jérusalem, des alliances surprenantes se multiplient. Pour résister à  cette conception unanimement moraliste des droits humains, l’Union Européenne est bien isolée et la France, pays déchristianisé et enraciné dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat, reste à  l’échelle du monde une exception cernée de toutes parts. Chacun alimente son jumeau et rival : la droite religieuse américaine, soutient à  coup de millions de dollars le Likoud et les intégristes juifs pour qu’ils colonisent des territoires et entravent le processus de paix. Les intégristes juifs, eux, ne font que donner du grain à  moudre aux plus radicaux de la cause palestinienne. Les islamistes ont assassiné Sadate, les juifs intégristes, Yitzhak Rabin, et tous participent au même front de refus du sécularisme. L’anti-sionisme d’ultra orthodoxes juifs tels que «Netourei Karta» s’accommoderait très bien de la destruction d’Israà«l. Comme Meir Kahane, ces intégristes juifs, coqueluche des islamistes radicaux, méprisent moins en effet les Arabes que l’Etat juif laà¯c. L’action du Vatican à  l’ONU a le soutien de l’Organisation de la conférence islamique En France, les islamistes liés à  des mouvements anti-racistes font des procès pour «islamophobie» (le mot vient des mollahs iraniens). Le but commun : arriver à  une loi «anti-blasphème» faisant taire toute critique laà¯que des religions. En 1995, des alliances se concrétisent entre juifs et intégristes catholiques. Ainsi, la très sectaire association chrétienne Human Life International, fondée par Paul Marx, ami personnel du Pape, va financer l’organisation du rabbin Levin en contrepartie de son soutien à  la cause «pro-vie» et malgré son antisémitisme. Des groupes musulmans collaboreront également avec la droite religieuse américaine. Quant au Vatican, non-Etat membre, qui siège à  l’ONU en tant qu’observateur permanent, son action ne ferait pas tant de dégâts s’il ne pouvait compter sur le soutien de pays de l’OCI (Organisation de la conférence islamique). Si l’intégrisme musulman représente un risque accru par rapport à  ses deux jumeaux, c’est uniquement parce qu’il rencontre moins de résistance, évoluant dans un nombre important de pays o๠la religion inspire toujours la loi commune. En l’absence de laà¯cité et de démocratie, les islamistes resteront toujours dans ces pays plus légitimes que les laà¯cs (et cela même lorsqu’ils sont persécutés par le régime en place). Pour les auteurs, «le Coran n’est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans. Comme la Bible. Il peut d’un moment à  l’autre être appelé à  la rescousse de musulmans prônant la séparation entre le religieux et le politique».