PPS, un congrès dépourvu de véritables enjeux

Des cinq candidats en lice, c’est le secrétaire général sortant qui a le plus de chance d’être reconduit. Contrairement à  ce que laissaient entendre certaines tendances, le retrait du gouvernement n’est plus à  l’ordre du jour. Les 2 000 congressistes attendus à  Bouznika devraient donner quitus à  la direction sortante.

Quelques jours à peine avant son congrès (le IXe, les 30, 31 mai et 1er juin, à Bouznika), le PPS est de nouveau sous les feux des projecteurs. C’est que ses rapports avec le PJD sont, pour le moins, intrigants. Alors que tout allait bien entre le chef de file de la majorité et ceux qui ont toujours été considérés comme ses alliés indéfectibles, voilà que Nabil Benabdellah, SG sortant du PPS, tape encore une fois sur la table. Ainsi, le «Plan d’action national dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme» qui devait être validé en conseil du gouvernement, jeudi 22 mai, a, lui aussi, été reporté, comme d’autres textes l’ont été auparavant. Des sources proches du dossier imputent ce report au refus des ministres PJD d’y incorporer certaines revendications portées par la société civile et l’aile progressiste de la société comme l’abolition de la peine de mort, l’interdiction du mariage des mineurs, la criminalisation du viol conjugal…, des thèmes fortement défendus par le PPS. La dernière sortie médiatique du secrétaire sortant relative aux réactions, somme toute anachroniques, du ministre de la communication face à certains programmes de télévision vient enrichir la liste des points de discorde entre les gauchistes et les islamistes en matière de préservation des libertés publiques et individuelles. Sans vraiment le vouloir, et le PJD lui tend ici une perche salutaire, le PPS est en train de prouver le bien-fondé de sa décision de faire partie du gouvernement islamiste. «Nous faisons également partie du gouvernement et nous ne tolérerons aucune atteinte aux libertés publiques et individuelles», ne cesse de marteler le secrétaire général sortant du PPS. Le désaccord entre les deux partenaires de l’alliance gouvernementale ne touche pas uniquement aux questions des libertés, certaines décisions jugées «antipopulaires», notamment, l’interminable série d’augmentations des prix, du chef du gouvernement ne sont pas pour plaire à ses alliés socialistes. C’est dire qu’au fil du temps, le PPS s’est rendu indispensable ne serait-ce que pour brider les ardeurs des islamistes et palier leur incompétence. Du coup, la question de quitter le gouvernement, une alternative défendue par une aile considérée comme «minoritaire» au parti, ne tient vraiment plus la route.

L’intérêt du pays avant celui du parti

M’hammed Grine, membre du conseil de la présidence et le challenger le plus en vue de l’actuel SG sortant, a tempéré ses propos à mesure qu’approchait la date du congrès. Dans une de ses dernières sorties, il estime que c’est le comité central qui a décidé, après moult discussions, de participer au gouvernement. Le nouveau comité central qui découlera du prochain congrès peut tout à fait soumettre la question au débat et à l’adoption. C’est lui qui décidera des nouvelles orientations du parti durant les quatre années à venir. Ce qu’il décidera, la future direction du parti sera bien contrainte de l’exécuter. Bien sûr, quitter le gouvernement, si un  tel cas de figure se présentait, aura des répercussions non seulement sur le devenir du parti et la stabilité du gouvernement mais également pour la situation de tout le pays. Ce qui fait dire à ce dirigeant que si un tel débat se présentait, c’est l’intérêt du pays qui sera pris en compte, celui du parti vient après. Cela étant, M’hammed Grine, comme d’autres personnalités du parti, considèrent toujours que les cercles des alliances qui doivent, certes, prendre en compte la conjoncture, doivent être inscrites dans le cadre de la gauche, et seulement la gauche, comme le veulent les décisions du dernier congrès. A moins que ce congrès en décide autrement. Donc si ce ne sont pas les alliances, actuelles, du parti qui sont en jeu, les seuls enjeux de ce congrès restent la gouvernance et la démocratie interne. L’occupation du secrétaire général d’un poste ministériel devrait être, ainsi, évoquée tout comme le mode de gestion du parti.
Le congrès c’est également une occasion pour questionner le mandat de la direction sortante. Sur ce point, cette dernière estime avoir accompli un travail honorable. Ses prises de position lors des élections communales de 2009, et après ce scrutin lui ont valu bien des inimitiés. Le PPS s’est plaint à maintes reprises au moment des législatives de novembre 2011 d’agissements antidémocratiques de la part des ses adversaires politiques. «Nous avons été fortement combattus. Malgré cela, au moment où certains étaient en train de clamer que, étant donné les positions qui étaient les nôtres, ils allaient agir pour nous effacer de la carte politique, nous avons réussi à faire 18 sièges et à disposer d’un groupe parlementaire qui joue un rôle modeste mais vigoureux et audacieux sur un certain nombre de questions», commente Nabil Benabdellah. Mais bien avant, et au lendemain de son dernier congrès de 2010, le parti avait considéré qu’il était temps de procéder à une nouvelle génération de réformes. Ses revendications ont été reprises dans le mémorandum remis un peu plus d’une année plus tard à la Commission royale chargée de la réforme de la Constitution, certaines ont même été inscrites dans la nouvelle loi fondamentale de 2011.

Bilan largement satisfaisant

Mais la plus grande prouesse de la direction sortante est, et de loin, d’avoir négocié et obtenu un rang au gouvernement bien plus important que son poids politique et électoral. Une situation privilégiée qui a été renforcée à la nomination d’un nouveau gouvernement, avec cinq ministères à la clé. «Certains disent que notre poids politique aujourd’hui est beaucoup plus important que notre poids numérique réel et peut-être même que l’on nous en veut pour cela. Pour moi, je le prends comme un gage de succès», affirme le SG sortant. Pour ce qui est de la gestion interne, la direction sortante se dit fière d’inscrire à son crédit «l’amélioration des finances du parti, sa capacité de posséder un patrimoine immobilier, la construction (en cours) d’un nouveau siège, l’amélioration des capacités administratives du parti à travers une administration un peu plus structurée, un certain nombre de structures qui vont beaucoup mieux, d’autres qui vont moins bien». En somme, un bilan collectif estimé comme «largement satisfaisant». La direction sortante n’a donc rien à se reprocher. C’est pour cette raison, entre autres, que l’élection au poste de secrétaire général qui est le véritable enjeu de ce congrès n’en est pas vraiment un. Sur les cinq candidats dont une femme, l’ancienne ministre Nezha Skalli, un seul, Nabil Benabdellah, a toutes les chances pour être reconduit au poste. Hormis le SG sortant, «les chances des autres candidats sont très limités», affirme une source à la direction du parti. Il n’y aura pas de surprises donc, «à moins que certains candidats forment une coalition, ce qui ne devrait pas poser non plus un sérieux problème», affirme la même source. Cela dit, le document politique et de la stratégie d’action et le document économique, social et culturel ont déjà été adoptés à l’unanimité par le comité central sortant. Les deux documents majeurs devraient certainement passer comme une lettre à la poste. Il ne reste donc que d’éventuels amendements que les 2000 congressistes attendus à Bouznika devraient apporter aux statuts du parti, notamment en ce qui concerne le cumul des fonctions à discuter. Pour ce qui est du futur comité central, organe décisionnel du parti, une «commission de proposition et de candidature» formée des membres désignés par le congrès et des responsables des sections provinciales devrait recevoir les candidatures durant toute la journée du vendredi. Elle établira ensuite des critères de candidatures, fera un tri dans les listes des candidats en fonction de ces critères et présentera une liste définitive au vote du congrès.

Des mutations profondes

Mais au-delà des détails de cette grand-messe rendue régulière et obligatoire par la loi sur les partis politiques, se cache une question «existentielle». Le PPS est-il en train de muer d’un parti de cadres vers un parti de masse ?  «Objectivement, affirme le SG sortant, il a un peu reculé au niveau de son recrutement de cadres. Mais il a beaucoup avancé en tant que parti de masse». Et pour preuve, «le parti aujourd’hui est présent dans des contrées extrêmement reculées en hautes montagnes, dans les régions frontalières, souvent plus dans le monde rural que dans le monde urbain». Les grands meetings organisés un peu partout ces derniers mois à l’occasion de la célébration, en 2013, du 70e anniversaire de la création du parti lui ont valu une affluence remarquable et une certaine notoriété, même dans des contrées lointaines. Ce qui n’est guère suffisant pour maintenir le parti, le dernier des huit grandes formations représentées au Parlement, dans sa position. Aussi, l’un des objectifs de ce congrès est justement de revoir son mode d’organisation et ses techniques de recrutement. «Nous essayons de refaçonner nos modes d’action, nos process internes pour ouvrir davantage les portes aux cadres. Et c’est dans ce sens que nous avons ouvert des “espaces cadres” à Casablanca et Rabat que nous allons essayer d’élargir à d’autres villes», explique M. Benabdellah. Mais ce n’est pas gagné d’avance. «Je vous le dis franchement, nous sommes plus capables de réussir de grands meetings dans des patelins plutôt qu’à Casablanca ou Rabat. Nous reconnaissons nos faiblesses, par ailleurs, et nous savons que nous devons travailler plus dans le monde urbain pour recruter un peu plus de cadres», ajoute-t-il. Autre question, le Maroc a-t-il encore besoin d’un parti comme le PPS en ces moments de changements politiques de grande envergure ? Les héritiers d’Ali Yata en sont convaincus. Bien plus, «c’est un parti nécessaire au Maroc d’aujourd’hui, probablement au Maroc de demain, comme il a été nécessaire au Maroc d’hier. Nous n’avons jamais été majoritaires, mais l’approche du PPS, ses positions avant-gardistes sur les questions de la femme, la justice sociale, la démocratie, les réformes économiques, la question du Sahara…, sont là pour témoigner de son importance», affirme le responsable du parti. Cela indépendamment du fait que le PPS reste limité du point de vue électoral mais il a toujours fait en sorte qu’il ait un poids politique plus important que son poids électoral. Aujourd’hui, la direction sortante a pu rééquilibrer un peu les choses, le poids électoral du PPS se rapproche un peu de celui politique. Demain, et c’est une ambition somme toute légitime, la nouvelle direction issue de ce congrès tentera de faire progresser et l’un et l’autre.