Pourquoi Sarkozy est impopulaire

«Je ne veux pas un bon général, j’en veux un qui ait de la chance», aimait à  dire Napoléon. De ce point de vue, il ne voudrait pas de Sarkozy. Pour un président décidé à  réformer, «moins peut être plus» – moins d’agressivité et moins d’ego. Mais un homme peut-il agir contre sa nature profonde ? La réponse est probablement non.

«Pourquoi nous haïssent-ils ?», demandaient les Américains au sujet des fondamentalistes musulmans après le 11-Septembre. «Pourquoi ne m’aiment-ils pas ?», pourrait demander Nicolas Sarkozy aux Français après plus d’un an au pouvoir.

Sarkozy est omniprésent à la fois sur le plan intérieur et sur le plan international. Le 13 juillet, les dirigeants de plus de 40 pays ont participé à la première réunion de l’Union pour la Méditerranée organisée à Paris. La France est de retour dans le monde et en Europe. En politique intérieure, Sarkozy a amorcé un programme ambitieux et difficile de réformes attendues de longue date et reconnues comme inévitables par une majorité de Français – avec déjà quelques résultats dans le domaine du Code du travail et de l’éducation.

L’énergie de Sarkozy, sa volonté et son activisme ont un côté spectaculaire. Pourtant, il est le moins populaire de tous les présidents de la Ve République, celui dont la fin de l’état de grâce a été la plus spectaculaire, la plus rapide et la plus durable, au point que les experts en politique, et ses amis autant que ses ennemis, se demandent s’il pourra rebondir.

Qu’est-ce qui a mal tourné ?

«Je ne veux pas un bon général, j’en veux un qui ait de la chance», aimait à dire Napoléon. De ce point de vue, il ne voudrait pas de Sarkozy. Après une campagne centrée sur la promesse de restaurer et d’améliorer le pouvoir d’achat des Français, il a accédé au pouvoir en mai 2007, seulement quelques semaines avant le début de la crise du crédit immobilier et quelques mois avant la flambée du cours des matières premières.

Et il devient président de l’Union européenne quelques jours après que le non retentissant des Irlandais au traité de Lisbonne ne réduise son rôle à limiter les dégâts et ce dans le meilleur des cas. Comme si cela ne suffisait pas, l’équipe de France de football a été humiliée en juin lors de la Coupe d’Europe, alors que sa victoire lors de la Coupe du monde 1998 avait donné un court répit à son prédécesseur Jacques Chirac, avec une hausse momentanée de popularité.

Pourtant, le contexte international avec ses imprévus ne suffit pas à expliquer l’impopularité de Sarkozy. Son problème tient à la combinaison de sa personnalité et de son style qui s’ajoute à un manque total de cohérence. Alors qu’une crise économique touche la France et la plus grande partie du monde, les Français ne se sentent pas rassurés avec leur jeune et énergique président. Il y a sûrement une part de subjectivité très injuste dans cette perception, mais faire de la politique, c’est précisément être capable d’affronter cela. L’apparence physique du président et son langage corporel – s’il était un personnage de Shakespeare, il serait probablement le traître Iago dans Othello – constituent une partie du problème. Sa nervosité et son impulsivité qui frôle la vulgarité déconcertent même la majorité de son électorat.

Ainsi, sur le plan intérieur, la réforme indispensable de l’armée s’est accompagnée d’une malveillance inutile, comme si un ancien ministre de l’intérieur imbu d’une «culture policière» était incapable de comprendre la «culture de l’armée» et son sens de l’honneur. Et son succès indéniable à réformer le Code du travail, qui n’a provoqué que peu de manifestations, a été sapé par son besoin irrésistible de provocation, comme l’a montré sa remarque gratuite selon laquelle «aujourd’hui, quand il y a une grève en France, personne ne la remarque !»

En politique étrangère aussi, il combine de bonnes intuitions avec une mauvaise tactique, ceci quand toute sa stratégie n’est pas faussée par la poursuite d’objectifs contradictoires. La politique française à l’égard de la Chine et la question de la présence du président de la France et de l’UE à la cérémonie d’ouverture des Jeux à Pékin illustrent de manière éclatante ce manque de cohérence. Sarkozy a mal évalué le rapport de force entre la France et la Chine, et la France est ressortie en piteux état de cet épisode diplomatique, le président ravalant ses prétentions en termes de droits de l’homme et se soumettant au diktat de la realpolitik.

Dans la même veine, l’approche européenne de Sarkozy est marquée par une discordance entre le message et le messager, entre une diplomatie avisée pour parvenir à un nouveau consensus au sein de la Commission européenne et avec des pays comme l’Irlande et le style plutôt autoritaire du président.

Bien que la popularité de Sarkozy reste basse, la majorité des Français veulent qu’il réussisse, car il lui reste encore quatre ans et aucune alternative n’est en vue. La gauche est encore éclatée, prise entre ses divisions internes et la montée de l’extrémisme anticapitaliste à ses marges.

Pour un président décidé à réformer, «moins peut être plus» – moins d’agressivité et moins d’ego. Mais un homme peut-il agir contre sa nature profonde ? La réponse est probablement non.