Pourquoi l’Istiqlal courtise-t-il les salafistes ?

On l’aura noté, l’Istiqlal essaie de choyer les salafistes. Il vient de placer l’une des figures de ce courant, Hicham Temsamani Jad, comme tête de liste à Tanger et de présenter un autre salafiste non moins fameux, Abou Hafs, comme dauphin de Chabat à Fès.

Pour ce faire, le parti a sorti de ses cartons sa vieille casquette de «salafisme nationaliste» prôné par son fondateur. Ses nouvelles recrues n’y ont rien trouvé à redire.

En s’ouvrant sur le courant salafiste, l’Istiqlal veut faire d’une pierre deux coups. D’abord, il s’assure les voix de ce courant, ou du moins une partie d’elles, qui pourraient se traduire en quelques sièges de plus. En même temps, il offre une tribune aux salafistes qui ne risquent pas de se retrouver dépaysés, tant l’idéologie du parti puise dans le référentiel islamique. Bien plus, ce faisant, l’Istiqlal tente de recadrer cette tendance de l’islamisme politique. En effet, le parti se revendique certes du salafisme, mais aussi du malékisme alors que, c’est de notoriété publique, la majorité des salafistes marocains sont plutôt d’obédience wahhabite. L’Istiqlal participe donc à leur reconversion, surtout pour ceux qui ont opéré des révisions idéologiques profondes comme Abdelouahab Rafiki (Abou Hafs).

Par ailleurs, et pour se montrer cohérent avec cette nouvelle politique, l’Istiqlal a consacré un pan de son programme électoral au volet religieux. Entre autres promesses électorales, la création d’un «centre de la pensée islamique» pour la formation et l’encadrement des prédicateurs, le relèvement de la cadence de formation et de recrutement des  imams et «mourchidates» et l’amélioration de leur situation matérielle et sociale ainsi que l’augmentation des indemnités des membres des conseils des oulémas et des bourses des étudiants de l’enseignement traditionnel et originel.