PJD, Al Badil Al Hadari, Al Oumma, Au commencement était la Chabiba…

Trois partis “islamisés” sont issus directement de la Chabiba islamiya d’Abdelkrim Moutiî. Al Badil et Al Oumma se considèrent plus proches de la gauche que du PJD ou d’Al Adl Wal Ihssane ou du salafisme.

Fondé par Abdelkrim Moutiî en 1969, le mouvement de la Chabiba islamiya est considéré comme la première expression de l’islamisme politique au Maroc. Plutôt bien toléré, il allait servir de base à une alliance objective entre l’islamisme et le pouvoir. Les autorités comptaient en effet sur les islamistes pour contrecarrer la montée de la gauche radicale. La dissolution en 1973 de l’Union des étudiants du Maroc, à forte dominance marxiste-léniniste, allait dégager le terrain pour la prolifération du mouvement islamiste. La Chabiba a d’ailleurs puisé, avant son interdiction, dans la réserve des étudiants de l’UNEM qui y ont retrouvé un nouveau terrain d’action. Mais cette alliance allait être rompue en 1975, avec l’assassinat du syndicaliste de gauche, Omar Benjelloun.
C’est de l’éclatement de la Chabiba qu’est né en 1992 le mouvement Al Islah Wattajdid (Réforme et renouveau), dirigé par Abdelilah Benkirane, devenu Mouvement unicité et réforme (MUR). Du MUR au PJD, l’histoire est connue : Abdelilah Benkirane et ses compagnons ont d’abord tenté en 1992 de créer un parti politique, mais le ministère de l’intérieur s’y est opposé. Ils ont tenté par la suite une approche avec l’Istiqlal, quelques années plus tard, sans résultat. Ils se sont donc tournés vers le MPDC de feu Abdelkrim El Khatib. Le MUR a noyauté le MPDC en 1996 pour devenir, en 1998, l’actuel PJD.
Al Badil Al Hadari (créé en 1995), du moins son noyau dur, est issu lui aussi de la Chabiba islamiya. Sauf que certains de ses fondateurs étaient, dans le passé, proches de la mouvance marxiste-léniniste. Cette appartenance a imposé au mouvement conduit par Mustapha Mouatassim, devenu parti politique en 2002, puis interdit en 2008, une relecture de l’islam «en partant des réalités du Maroc». Dès lors, la différence entre Al Badil, le PJD et Al Adl Wal Ihssane est d’ordre religieux, «l’Islam appartient à tout le monde, ses textes peuvent être adaptés dans leur lecture aux besoins de la société marocaine». Le parti Al Oumma de Mohamed Merouani, l’un des ex-détenus de l’affaire Belliraj, qui vient de recevoir le feu vert du ministère de l’intérieur le 21 mars dernier, est lui aussi issu de la Chabiba islamiya. Il a vu le jour en tant qu’association en 1998. Comme Al Badil Al Hadari il a développé une approche basée sur la recherche des points de convergence avec les mouvements et les partis de la gauche. Le PRV (Parti de la renaissance et de la vertu) est né d’une tentative de rééquilibrage à l’intérieur du PJD entre les militants qui relèvent du MUR et ceux issus de l’ancien MPDC. Le parti a d’abord été initié comme mouvement (Vigilance et vertu, créé en 2004) par Mohamed Khalidi avant de muer en parti politique après s’être détaché du PJD en 2005. L’initiateur du futur parti salafiste Mohamed Fizazi (né en 1949) est issu de la droite ligne du wahhabisme. Comme le leader d’Al Adl, Abdessalam Yassine, et le chef de la Chabiba islamiya, Abdelkarim Moutiî, Mohamed Fizazi a démarré dans la vie comme enseignant. Après sa sortie de prison il y a un an, il a manifesté, à maintes reprises, son intention de s’adonner à la politique. Il a commencé par exprimer son souhait de rejoindre un parti déjà existant avant d’opter pour la création de son propre parti. Il en est actuellement à la dernière phase.