Peut-on encore arrêter Israël ?

Si Israël peut se permettre de «liquider» les dirigeants du
Hamas, c’est qu’il est assuré de bénéficier de
l’impunité totale. Comment a-t-il pu obtenir une telle liberté
d’action ?
L’administration Bush a accordé à l’Etat hébreu
ce qu’il n’osait même pas demander.
Aujourd’hui, une issue pacifique au conflit semble plus que jamais hypothétique.

Le terrorisme d’Etat israélien a frappé de nouveau le samedi 17 avril 2004. Ce jour-là, les tueurs sionistes n’ont laissé aucune chance au nouveau chef du Hamas, Abdelaziz Rantissi. Moins d’un mois auparavant, le 22 mars, Cheikh Ahmed Yassine, le leader spirituel du mouvement Hamas, était lâchement assassiné. La liste des chefs militaires et politiques du Hamas, tués dans l’impunité totale, ne cesse de s’allonger… Après Yahya Ayache, Salah Chéhadé, Ibrahim Al Makadmeh, Abdallah Kawasmeh, Ismaïl Abou Chana, et d’autres dirigeants du Jihad, du Fatah, du FPLP et du FDLP… Les sionistes ont liquidé des chefs militaires, des dirigeants politiques et des intellectuels palestiniens de toutes obédiences politiques…
Ce 17 avril, c’est la rage au cœur et le désir de vengeance chevillé au corps que des centaines de milliers de Palestiniens ont accompagné à sa dernière demeure Abdelaziz Rantissi. Le cycle infernal de la violence et de la contre-violence est tellement rodé dans cette région du monde, qu’une issue pacifique devient chaque jour plus hypothétique.

Les attentats contre les civils ? Politiquement très coûteux

Que cherche Ariel Sharon ? Pourquoi Israël se lance-t-il dans cette série d’assassinats rapprochés et visant des cibles si haut placées dans la direction du Hamas ? Le rédacteur en chef de la prestigieuse Revue d’études palestiniennes, Elias Sanbar, nous livre sa lecture des événements dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé (voir pages 40 à 42) : «Le but majeur recherché à travers la banalisation des assassinats est de préparer celui de Yasser Arafat».
L’Etat d’Israël peut se permettre de poursuivre dans cette voie, parce qu’il est assuré de bénéficier de l’impunité totale. Comment a-t-il obtenu une telle liberté d’action ? La conjoncture internationale, marquée par la lutte contre le terrorisme, combinée aux attentats-suicide commis par les mouvements de résistance palestiniens, pourraient être la réponse à cette question.
Clarifions les choses. Il est universellement admis que toute attaque contre une armée d’occupation est un acte de résistance. Par contre, les attentats contre la population civile ne peuvent qu’être condamnés. Certains tentent de les expliquer par l’humiliation nationale, l’injustice, le désespoir ou l’impasse du processus de paix, mais de tels actes sont éthiquement gravissimes.
S’il est vrai que les différentes expériences de libération nationale ont connu ce genre d’attentats, admet M. Sanbar, «en faire une stratégie d’action est absolument catastrophique. Nous sommes un mouvement de justice et de libération. Nous ne pouvons pas utiliser les mêmes méthodes de ceux qui nous oppriment et occupent notre patrie». Nulle trace d’angélisme dans cette affirmation puisque ces actes sont «très coûteux politiquement».
Et de fait, depuis les attentats du 11 Septembre aux USA, toute la politique étrangère américaine passe par le prisme de la lutte contre le terrorisme. Israël a réussi à inscrire sa guerre contre les Palestiniens dans ce cadre.
D’abord, en faisant porter les mouvements Hamas et le Jihad sur la liste des organisations terroristes. Ensuite, l’assimilation de Cheikh Ahmed Yassine à Ben Laden fut facile pour les décideurs de la politique israélienne.

Etats-Unis : du soutien inconditionnel à l’alignement total

Du coup, comme les Etats-Unis ont le droit de se défendre même en recourant aux guerres préventives en Afghanistan et en Irak, le terrorisme d’Etat israélien frappant les dirigeants du Hamas devient tout naturellement, aux yeux de l’administration américaine, la manifestation du droit d’Israël à se défendre, d’autant plus que les attentats-suicide frappent régulièrement sa population civile.
Mais l’indignation et la colère atteignent leur paroxysme lorsque le soutien traditionnel des Etats-Unis à Israël se mue en alignement total sur les positions israéliennes. L’administration Bush, en pleine campagne électorale, a été plus loin encore en accordant à Israël ce que celui-ci n’osait même pas demander. Les déclarations de Georges W. Bush, faites à l’issue de la visite d’Ariel Sharon à Washington, le 14 avril, en sont l’illustration parfaite.
Les concessions américaines faites à Israël sidèrent par leur nature, leur ampleur, et leur rupture par rapport aux principes ayant fondé depuis des décennies la politique américaine en la matière. Primo, par omission, l’annexion de la ville de Jérusalem-Est est considérée comme fait accompli. Secundo, le non-retour aux frontières de juin 1967 est accordé. Tertio, le Mur de séparation est légitimé car il est nécessaire à la défense d’Israël. Quatro, le droit d’Israël de garder le contrôle de ses innombrables colonies de peuplement en Cisjordanie est implicitement reconnu.
Enfin, comble du cynisme, le projet de retrait unilatéral de la Bande de Gaza est salué comme un acte de courage sur la voie de la paix. Or, c’est l’élément le plus pernicieux et le plus dangereux dans cette affaire. Israël ne donne jamais rien. Et lorsqu’il a l’air de donner quelque chose, c’est qu’il l’a déjà reprise au centtuple d’un autre côté. Le lecteur s’en rendra très clairement compte à la lecture de l’interview (voir pages suivantes) d’Elias Sanbar