Parlement, communes, Chambres professionnelles…, le PAM partout ?

Après ses succès aux communales et aux élections professionnelles, il a de fortes chances de contrôler la Chambre des conseillers et de dominer les collectivités locales.

La majorité gouvernementale mise à  mal dans les deux Chambres, un remaniement ministériel espéré.
Le MP et le PJD assurent qu’ils ne bloqueront pas l’action gouvernementale.

Après avoir joué les rouleaux compresseurs au Parlement, le Parti authenticité et modernité (PAM) s’apprête-t-il à lancer une OPA sur la société civile ? Dans son édition du 27 juillet dernier, le Soir écho rapporte une information qui fait froid dans le dos : selon le quotidien francophone, des manœuvres d’intimidation auraient été opérées à Fès par des membres du parti du tracteur, appartenant également à l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), à l’encontre de l’ancien bureau local de l’association. Bien plus, il rapporte les propos d’un militant qui va jusqu’à menacer de «boycott» dans les «semaines à venir», si «les responsables de l’AMDH n’interviennent pas pour purifier le bureau à Fès». Du côté de la direction de l’association, l’on présente, toutefois, ces affirmations comme exagérées, d’autant plus que les membres du PAM en question, des militants de longue date qui viennent de changer d’appartenance politique, sont minoritaires à Fès. «Bien sûr, un certain nombre de partis de gauche sont présents au sein de l’AMDH, ils ont beaucoup de convergences et certaines divergences, et cela peut se répercuter sur la vision de l’association en matière de droits humains. Il est tout à fait normal, dans une organisation composée de 87 sections et qui regroupe quelque 10 000 membres, qu’il puisse y avoir des membres appartenant à différents courants démocratiques», indique-t-on au sein de l’ONG. Toutefois, si l’on reconnaît volontiers la coexistence de courants politiques parfois rivaux au sein de l’AMDH, la présence de militants du PAM en son sein n’y est considérée que comme un «épiphénomène» spécifique à la section de Fès. Et d’ajouter qu’il serait difficile pour le PAM, s’il en avait l’intention, de réussir à «réduire» l’association là où des «forces beaucoup plus importantes que le PAM ont échoué» : le terrain au sein de l’association a été suffisamment «labouré au préalable par les forces démocratiques pour éviter que de mauvaises graines ne puissent y pousser».

Un «pamiste» à la tête des Chambres de commerce ?
Fausse alerte donc, du moins a priori. Toutefois, si cette affaire révèle une chose, c’est que, venant du PAM, plus rien ne surprend. Et pour cause. Aux dernières nouvelles, à quelques jours du deuxième anniversaire de la démission de son fondateur, Fouad Ali El Himma, de son poste de ministre délégué à l’intérieur, ils sont 46 députés et 40 conseillers à évoluer sous la bannière du tracteur dans les deux Chambres du Parlement. Nullement gêné par la scission au sein des groupes «Rassemblement et modernité» constitués avec le Rassemblement national des indépendants (RNI), le parti occupe aujourd’hui la troisième place dans les deux Chambres, derrière l’Istiqlal et le Parti de la justice et du développement (PJD) dans la Chambre des représentants, l’Istiqlal et le Mouvement populaire dans celle des conseillers. Certes, le PAM ne peut pas prétendre à la Primature en évoquant la «légitimité démocratique», mais ce n’est peut-être qu’une question de temps.
Après tout, à l’occasion des élections communales du 12 juin dernier, le PAM était arrivé en tête de course avec 21,7% des sièges contre 19,1% pour le PI, 14,8% pour le RNI, 11,6% pour l’USFP et 8% pour le MP. Plus récemment, les élections professionnelles du vendredi 24 juillet lui ont permis de réaliser une performance similaire au niveau des Chambres d’agriculture, des Chambres de commerce, d’industrie et de services, des Chambres des pêches maritimes et des Chambres d’artisanat où, à l’exception des dernières où il est arrivé à la deuxième place derrière l’Istiqlal, il a systématiquement été le premier parti en termes de sièges obtenus. Désormais, toutes Chambres professionnelles confondues, le PAM détient 392 sièges sur 2 179 en tout, soit près de 18%, contre 379 (17,39 %) pour l’Istiqlal, 331 (14,19%) pour le RNI, 237 (10,87%) pour l’USFP, 160 (7,34%) pour le MP et 216 (9,91%) pour les candidats sans appartenance politique. Le parti de Cheikh Biadillah est donc bien parti pour rafler des postes-clés dans ces structures, et même prétendre à la présidence de la Fédération des Chambres marocaines de commerce, d’industrie et de services, actuellement dirigée par le député RNI de Oujda, Driss Houat.

Des communales aux conseillers
Bien plus, le PAM a désormais de fortes chances d’obtenir un classement favorable au moment de l’élection des membres des conseils régionaux le 9 septembre prochain, mais aussi et surtout à l’occasion du renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers, où 90 parlementaires de différentes appartenances politiques, élus en 2000, s’apprêtent à quitter l’Hémicycle. En effet, selon la loi organique 32-97 relative à la Chambre des conseillers, des 270 membres de la structure, 162 sont par définition élus par un collège électoral composé des membres des conseils communaux, assemblées préfectorales et provinciales et conseils régionaux plus ou moins directement issus des élections communales. Par ailleurs, 81 autres membres sont désignés, dans chaque région, par des collèges électoraux composés des membres élus par les différentes Chambres professionnelles. Ainsi, si le PAM, à l’instar des autres formations politiques, parvient à maintenir une certaine discipline dans les rangs de ses grands électeurs, il a de bonnes chances de devenir le deuxième voire le premier parti de la Chambre des conseillers ; cela d’autant plus que seulement 11 de ses conseillers sont sur le départ (voir encadré). D’ici l’automne, le PAM sera-t-il en mesure d’arracher la présidence de la Chambre des conseillers au RNI ? Avec quelles alliances ? Le parti de Fouad Ali El Himma ira-t-il jusqu’à s’engager dans un bras de fer avec l’alliance gouvernementale, qu’il a privée de sa majorité numérique (plus de 150 représentants sur 325 dans la première chambre) depuis son passage à l’opposition fin mai ? Rendez-vous en automne, à l’occasion des débats sur la prochaine Loi de finances, pour une réponse, sauf remaniement ministériel.

Un remaniement ministériel imminent ?
En effet, se trouvant dès le départ en position de faiblesse, du fait du retrait du Mouvement populaire de l’alliance gouvernementale en 2007, aujourd’hui privée du soutien du PAM, l’équipe El Fassi pourrait, selon des rumeurs récurrentes, faire l’objet d’un remaniement limité, à même de permettre une représentation symbolique du Mouvement populaire dans les rangs de l’alliance gouvernementale. Parmi les différentes éventualités citées : un poste de ministre d’Etat qui serait attribué au secrétaire général du MP, Mohand Laenser. Le poste de secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, laissé vacant par l’istiqlalien Ahmed Lakhrif, et le portefeuille de la culture, détenu par une Touria Jabrane souffrante, pourraient également changer de mains au profit des harakis, même si l’Istiqlal et l’USFP, auxquels ils avaient été attribués initialement, pourraient prétendre à les récupérer. Il reste tout de même à savoir si la procédure officielle, qui prévoit, conformément à l’article 24 de la Constitution, la présentation de listes de ministrables au Souverain, a été réellement engagée et quand ses résultats seront effectivement connus.
Interrogé sur l’état des négociations avec Abbas El Fassi, M. Laenser reconnaissait mardi 28 juillet dernier que près de 15 jours après que son parti ait donné son accord de principe, il était toujours sans nouvelles du Premier ministre.

Une Loi de finances, avec le soutien du MP et du PJD? C’est possible…
En attendant, le patron des harakis annonce que, entrée au gouvernement ou pas, la Loi de finances ne devrait pas changer grand-chose aux positions du parti, le vote étant déterminé par les éventuels  amendements introduits. «La seule chose certaine, c’est que même à l’opposition, pour le moment en tout cas, nous n’irons pas jusqu’à provoquer une crise gouvernementale», indique M. Laenser.
Idem du côté du PJD. «Pour le moment, on ne nous a rien demandé. Actuellement, les partis sont en train de concocter leur majorité, ils n’auront pas besoin de nous», indique ce responsable du parti. Une chose est sûre : les nombreux communiqués de condamnation publiés en relation avec l’affaire Aftati à Oujda ne devraient pas changer l’attitude du parti islamiste envers les formations de la majorité.
Ainsi, remaniement ministériel ou pas, et moyennant quelques amendements et/ou l’adoption d’une démarche de concertation avec l’opposition, le gouvernement pourrait donc obtenir le soutien de l’opposition pour faire passer sa Loi de finances. A moins d’un remaniement toutefois, elle risque de connaître de nouvelles difficultés, en se retrouvant à la merci de l’opposition toutes les fois qu’elle souhaiterait faire passer une loi.