PAM, RNI, Istiqlal, USFP, UC : cinq nouveaux dirigeants ?

PAM, RNI, Istiqlal, USFP, UC : cinq des huit grands partis du pays tiennent leur congrès cette année. Pour tous, le changement va au delà  du simple renouvellement des instances dirigeantes. Repositionnement et réorganisation seront au rendez-vous.

La classe politique, les grands partis représentés au Parlement en l’occurrence, est entrée en gestation. Cette année sera, en effet, celle de tous les congrès, celle des changements de dirigeants surtout pour la plupart d’entre eux… Le bal sera ouvert par le PAM dont la grand-messe démarre dans moins d’une semaine, ensuite celui du RNI, du 27 au 29 avril, et du Parti de l’Istiqlal (prévu en principe pour fin avril) et enfin ceux du PJD, en juillet, de l’USFP et de l’UC avant la fin de l’année. Pour le PPS, «le congrès se tiendra en 2014, en principe», affirme Mustapha Addichane, membre du bureau politique. Il en va de même pour le MP dont le sien est également prévu pour 2014, quoique, affirme une source au parti, «une tendance, pour le moment minoritaire, opte pour un congrès extraordinaire dans les brefs délais». Fait à retenir, sur les huit plus importants partis du pays, cinq risquent fort de changer de dirigeant cette année. Une première ! Question : Pourquoi une grande partie de la classe politique qui, naguère, résistait au changement et appréhendait avec inquiétude ses congrès s’empresse-t-elle de les organiser ? Trois facteurs peuvent expliquer ce soubresaut chez nos formations politiques. D’abord, la nécessité d’harmoniser leur statuts et organisation avec la nouvelle loi sur les partis politiques, promulguée en novembre 2011. Ensuite, il fallait composer avec la nouvelle carte politique issue des élections du 25 novembre dernier. Enfin, il est logique que les partis, qui ont vu leur statut rehaussé dans la nouvelle Constitution, se devaient d’accompagner les mutations socio-politiques que connaît le Maroc et qui se sont accélérées depuis le début de l’année dernière.
Mais, c’est avant tout la contrainte juridique qui impose ce changement. «Les partis risquent, en effet, de perdre, momentanément, la dotation financière qui leur est accordée par l’Etat en cas de non-respect des exigences apportées par la nouvelle loi», affirme Abdelali Hamiddine, professeur de sciences politiques et membre du secrétariat national, instance exécutive, du PJD. Cela d’autant, explique pour sa part le politologue Tarik Tlaty, qu’ «aucun parti ne peut se permettre de dédaigner cette manne. Ces dotations de l’Etat pèsent considérablement dans les budgets, surtout, des grands partis».

Sans congrès, point de dotation financière

Bien plus, poursuit le politologue, «contrairement à la première loi de 2004, celle qui vient d’être promulguée a été promue au rang de loi organique. Ce qui, en plus d’être un complément de la Constitution, implique un suivi plus rigoureux de son application de la part des institutions concernées de l’Etat». Et la première contrainte qu’impose la nouvelle loi est de tenir le congrès dans un délai ne dépassant pas quatre années, sous peine de voir suspendus les subsides de l’Etat. La nouvelle loi des partis est claire sur ce sujet. «Tout parti politique doit réunir son congrès national au moins une fois tous les quatre ans. En cas de non-réunion dudit congrès pendant cette période, le parti politique perd son droit au financement public. Le parti récupère ce droit à compter de la date de régularisation de sa situation», précise l’article 49.
Pour le moment tous les «grands» partis ont jusque-là tenu à respecter une certaine régularité dans ce rendez-vous majeur. Presque tous respectent le délai de quatre années. L’USFP fait mieux en optant, dans ses statuts, depuis son VIIe congrès, pour un délai de trois années. Ce qui «met le parti en situation d’infraction à son règlement puisque selon les statuts, le IXe congrès devait se tenir fin 2011, en novembre au plus tard», explique un membre du conseil national du parti.  
Autre contrainte, la limitation du nombre de mandats à la tête du parti. L’article 29 de cette loi précise clairement que les statuts des partis doivent contenir des indications sur la durée des mandats relatifs aux postes de responsabilité au sein des organes du parti et surtout le nombre de mandats à ne pas dépasser. Ce qui implique, comme cela se fait au niveau des institutions de l’Etat, une alternance au niveau du pouvoir et dans les postes de responsabilité.

Fini l’ère des chefs charismatiques ?

Pour l’heure, seuls le Parti de l’Istiqlal et le PJD ont prévu une limitation des mandats dans leurs statuts. L’Istiqlal a limité à deux le nombre des mandats de son secrétaire général alors que le PJD interdit au secrétaire général, au président du conseil national et aux secrétaires régionaux et provinciaux de prétendre à trois mandats successifs.
Pour les autres formations, s’adapter à une telle clause devrait poser quelques difficultés. Des difficultés d’ordre culturel, notamment pour les partis de gauche, qui, observe Tarik Tlaty, doivent renoncer définitivement à la notion du chef charismatique. Pour d’autres formations, il s’agit de mettre fin à la rente politique dont profitent certains dirigeants jusque-là inamovibles.
D’ailleurs, affirme le politologue Tarik Tlaty, «il est, plus que jamais, dans l’intérêt des partis politiques de renouveler leurs directions et reproduire les élites». Et il ne s’agit pas seulement de changement dans les directions, mais surtout dans les autres niveaux de la hiérarchie des partis. L’incorporation, à l’occasion de ces congrès, des jeunes et des femmes dans une proportion qui tend progressivement vers le tiers des postes de responsabilité, comme l’exige la nouvelle loi sur les partis, (ce quota oscille actuellement entre 15 et 20% dans la plupart des partis) permettrait d’accélérer cette mue de la classe politique.
Toutefois, bien que déterminant, l’impératif légal n’est pas le seul à avoir dicté cette dynamique de changement dont les partis politiques sont en train de vivre les gestations. Pour certaines formations, le PAM et l’USFP en particulier, le prochain congrès représente un véritable tournant. «Les deux partis sortiront, certainement, renforcés de leur congrès, si tout se passe bien. Ce sont d’ailleurs les deux gagnants dans toute cette dynamique. C’est pour eux des congrès extraordinaires au vrai sens du terme», explique M. Tlaty. Pour le premier il s’agit en effet de parachever sa construction (www.lavieeco.com). En gros, le PAM tentera de renforcer sa légitimité en usant, à fond, du jeu de la démocratie interne. Il mettra définitivement fin, par la même occasion, à la polémique sur sa supposée proximité des centres de pouvoir. Les questions de l’identité du parti et de l’intégration dans ses différentes instances de ses deux ailes, les gauchistes et les notables, seront également tranchées.

Des problèmes de relève que l’on voit poindre

Pour l’USFP, le prochain congrès sera à la fois politique et organisationnel. Il s’agit d’un côté de renouveler ses structures et de l’autre de trancher ses orientations politiques et ses alliances et surtout sa position vis-à-vis du parti au pouvoir, le PJD.
«Pour les autres formations, il s’agit plutôt de congrès ordinaires, bien que celui de l’Istiqlal et du RNI sont présentés autrement, du moment que l’enjeu n’est pas d’ordre politique. Il s’agit d’un simple renouvellement des structures», avance Tarik Tlaty. Concernant l’UC, la question est quelque peu délicate. Le parti qui tiendra son Ve congrès au courant de cette année est appelé à connaître un changement radical. «A défaut de relève, pour le poste de secrétaire général, dans la génération Mohamed Labied (SG depuis un peu plus de 11 ans), celui-ci sera amené à passer le témoin à la génération suivante», constate-t-il. Cette alternance générationnelle impliquera certainement une refonte des structures du parti. «C’est sa seule chance de se maintenir», affirme, péremptoire, un membre du parti.
Le PJD au pouvoir depuis son éclatante victoire électorale du 25 novembre, fait face, lui, à une situation inédite. Le tiers des membres de son secrétariat national, dont le secrétaire général, sont actuellement au gouvernement et donc dans l’incapacité d’exercer leurs fonctions au parti. Le PJD est, de ce fait, confronté à un vide au niveau de sa direction. Et il devra bien trouver une issue à cette problématique en attendant son prochain congrès prévu en juillet. Pour ce faire, il réunit dans les jours à venir son conseil national pour, justement, définir les rapports entre le parti et le gouvernement. Il sera également question de lancer les préparatifs pour le congrès.
Son allié au gouvernement, le MP, a, lui, trouvé une solution provisoire. Le secrétaire général Mohand Laenser, nouveau ministre de l’intérieur, a délégué une partie de ses pouvoirs à Essaid Ameskane. Donc, pas de congrès (le XIIe) à l’horizon, la priorité étant accordée aux élections locales. Personne au parti n’en fait un mystère, le MP veut rafler la mise. Il n’y a pas meilleure occasion qu’un secrétaire général doublé d’un ministre de l’intérieur pour faire l’effet d’un aimant sur les notables à l’échelle locale et régionale. Pourquoi donc tenir un congrès dont l’une des conséquences est de remplacer un secrétaire général qui se trouve à la tête du parti depuis 1986 ?
En somme, et au delà de toutes ces considérations, les congrès des partis politiques transcendent les questions internes de chaque formation et posent la question des équilibres à l’échelle de l’Etat, entre le gouvernement et l’opposition. La Constitution du
1er juillet a brossé le contour des nouvelles formations politiques du Maroc de demain. Ils «œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques» (art.7). C’est sans doute pour cela que la loi organique a exigé de chaque parti de mettre en place des structures organisationnelles aussi bien à l’échelle nationale que dans toutes les régions. Ceci pour faciliter une deuxième mission des partis. Dans la Constitution il est précisé, toujours selon l’article 7, que ces derniers «concourent à l’expression de la volonté des électeurs et participent à l’exercice du pouvoir, sur la base du pluralisme et de l’alternance par les moyens démocratiques, dans le cadre des institutions constitutionnelles». Ce qui suppose une autre mission : l’alternance au pouvoir. Aussi, l’opposition d’aujourd’hui, qui repose principalement sur le PAM et l’USFP et, dans une moindre mesure, le RNI, est appelée à préparer une alternative pour 2016. Ce qui est d’autant plus problématique que les partis de l’opposition, et même ceux du gouvernement, connaissent un conflit entre une ancienne génération qui ne veut pas disparaître politiquement mais qui risque de ne plus trouver de place dans le Maroc de l’après 25 novembre et une nouvelle génération qui peine à se frayer une place dans la lourde hiérarchie.