Palestine : l’Iran s’invite dans le jeu des puissances

L’UE cherche à court-circuiter l’Autorité palestinienne tout en aidant la population.
L’Iran aurait promis 250 millions de dollars à l’Autorité palestinienne.
La Russie cherche à s’imposer sur la scène proche-orientale.

La Palestine viendra-t-elle compliquer la donne dans la crise Iran/Etats-Unis ? Les pressions occidentales sur l’Autorité palestinienne, désormais dominée par le Hamas, semblent l’avoir poussée dans les bras de Téhéran, comme le craignait le gouvernement Bush. «L’Iran a promis de compenser toute réduction de l’aide», a annoncé à Damas le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal. «Je ne dispose pas d’informations sur ces sommes, mais des responsables iraniens ont annoncé qu’ils seraient prêts à combler tous les besoins financiers de l’Autorité palestinienne en cas de réduction des aides», a-t-il déclaré à Reuter. Selon le quotidien Al Hayat, pas moins de 250 millions de dollars devraient ainsi être accordés à l’Autorité palestinienne par le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, une somme qui, bien que qualifiée «d’inexacte» par la diplomatie palestinienne, redonne espoir à une Palestine au bord du gouffre avant même la passation officielle du pouvoir aux islamistes du Hamas.

Exsangue avant le transfert des pouvoirs
Le ras-le-bol des Palestiniens face à la corruption de leur classe dirigeante mais aussi à l’impuissance de Mahmoud Abbas dans ses négociations avec Israël ont joué un rôle déterminant dans les élections palestiniennes du 25 janvier dernier. Ironie du sort, la population, qui avait donné une majorité aussi large qu’inattendue aux islamistes (76 sièges sur 132), restait favorable à son président issu du Fatah, lui-même élu à une très large majorité (66,3 % des voix) un an auparavant, en janvier 2005. Un tel renversement de situation reste caractéristique du processus démocratique. Pourtant, le résultat n’a pas satisfait le «premier avocat de la démocratie» dans la région. D’ailleurs, la Secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a effectué, la semaine dernière, une tournée au Proche-Orient pour convaincre les pays arabes à réduire au maximum leur soutien à l’Autorité palestinienne, du moins tant que le Hamas ne reconnaît pas l’Etat d’Israël. Mais elle n’a pas été entendue, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite refusant de geler leur soutien aux Palestiniens.

Pourtant, la pression se poursuit au-delà de la simple diplomatie. Israël a ainsi décidé de geler le reversement des quelque 50 millions de dollars mensuels de taxes revenant à l’Autorité palestinienne et la prive par conséquent des moyens financiers nécessaires pour payer ses quelque 140 000 fonctionnaires. Une telle situation comporte un risque de déstabilisation grave des territoires occupés avec un impact dramatique sur l’économie locale. Parallèlement, la Banque mondiale, dirigée par Paul Wolfowitz, un faucon proche de George Bush, a bloqué un prêt de trente-cinq millions de dollars, mettant en avant ses craintes que l’argent ne serve à financer la corruption dans les territoires. Quant à Washington, elle a demandé à l’Autorité de lui rembourser un prêt de 50 millions de dollars originellement destiné à financer des projets d’infrastructure. Ainsi, l’Autorité palestinienne était exsangue avant même l’arrivée officielle au pouvoir des ministres du Hamas.

Boycottée par l’aide internationale
Pour sa part, l’Union européenne a annoncé qu’elle accorderait aux Palestiniens 120 millions d’euros d’aide d’urgence. «Il est politiquement nécessaire de soutenir Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, et éviter son effondrement financier», a annoncé la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Pourtant, là encore, l’Europe a décidé de n’en confier qu’une part minuscule à l’Autorité elle-même : 17,5 millions, destinés à payer les fonctionnaires. Le reste, 64 millions d’euros, a été envoyé sous forme d’aide humanitaire via l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), qui gère les camps, et 40 millions d’euros, soit un tiers de la somme, versés directement à Israël pour rembourser l’électricité consommée par les municipalités de Cisjordanie et de la bande de Gaza, qui risquaient une coupure. De même, les diplomates européens cherchent à continuer de soutenir les Palestiniens via les ONG et autres organisations internationales, négligeant ainsi les structures locales pourtant indispensables, notamment dans le domaine de la santé ou de l’éducation.
Jusqu’où ira désormais la pression contre le nouveau gouvernement palestinien ? Cela faisait un moment déjà que les puissances occidentales manifestaient leurs craintes de voir la Palestine du Hamas se joindre à des Etats comme l’Iran ou la Syrie. Mais en la privant d’alternative dans leur volonté affichée d’empêcher le Hamas de s’en prendre à Israël, elles semblent bel et bien bloquer toutes les alternatives disponibles. Désormais, les Palestiniens sont confrontés à une dépendance plus grave vis-à-vis de l’aide internationale et à des privations qui ne feront que les radicaliser davantage et compliquer la tâche du président Mahmoud Abbas dont, paradoxalement, les Occidentaux veulent renforcer les pouvoirs.
Bien plus, la situation financière de l’Autorité permet à d’autres acteurs de se lancer dans le jeu alors qu’ils ne sont pas forcément les avocats d’une solution pacifique au problème israélo-palestinien. C’est le cas de l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad. Désormais, même la Russie a décidé de profiter de l’occasion pour redorer son blason d’ancienne puissance régionale en faisant un clin d’œil aux représentants du Hamas. Et la Palestine dans tout ça ?

Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, reçu par l’ayatollah Ali Khamenei. En mettant la pression sur l’Autorité palestinienne, l’UE et les Etats-Unis ont poussé l’Autorité palestinienne dans les bras de l’Iran.