Oukacha, 73 ans, réélu une troisième fois !

Il rempile à  la tête de la Chambre des conseillers en remportant la majorité absolue.
La Haraka, première force politique, minée par ses divisions internes, n’a pas fait le poids.
Coulisses d’un scrutin où Jettou
joué les bons offices.

Trois nouvelles années à  la tête de la Chambre des conseillers. C’est ce qu’a décroché le septuagénaire Mustapha Oukacha (73 ans), réélu mardi 17 octobre à  la tête de la Deuxième chambre du Parlement. Troisième mandat donc et, à  terme, un fauteuil qui aura été occupé pendant neuf ans, à  moins d’une suppression pure et simple de la Chambre des conseillers d’ici là . Nonobstant une longévité de six ans déjà , le président sortant a obtenu la majorité absolue dès le premier tour, par 174 voix sur 270, mais ce n’est pas une surprise.

En attendant, et à  l’heure o๠nous mettions sous presse, Mohamed Fadili, secrétaire général adjoint du Mouvement populaire, qui voulait initialement briguer la présidence, était pressenti comme premier vice-président. L’istiqlalien Faouzi Ben Allal devrait pour sa part être désigné comme deuxième vice-président ; Abdelhaq Tazi, autre candidat pendant un temps, devant se contenter du rôle de chef du groupe istiqlalien à  la Chambre des conseillers. Pendant ce temps, l’USFP, qui n’avait pas présenté de candidat, se dit satisfaite de la situation.

Réunions décisives chez le Premier ministre
On l’aura compris, Mustapha Oukacha était seul candidat à  sa propre succession. «Les partis de la majorité gouvernementale ont tenu des négociations et se sont finalement mis d’accord sur un candidat unique qui était M. Oukacha», commence par expliquer Mohamed Saâd El Alami, membre du bureau politique de l’Istiqlal, siégeant lui-même à  la deuxième Chambre, soulignant que le président de la Chambre a été réélu comme candidat de la majorité. «Que la majorité soit tombée d’accord sur un seul représentant, c’est une chose très importante, non dénuée de significations politiques», ajoute-t-il. Après des semaines de roulage de mécaniques, l’accord surprend, mais il n’est ni le fruit du hasard, ni, encore moins, celui d’une décision indépendante de la majorité.

Flash-back. Jeudi 12 octobre. On est à  une semaine seulement des élections à  la présidence de la deuxième Chambre. Le mystère est complet : des candidats comme Mohamed Fadili (Mouvement Populaire) ou encore Abdelhaq Tazi (Istiqlal) ne cachent pas leur ambition de succéder à  Mustapha Oukacha au perchoir. Pourtant, mis à  part le RNI qui se range illico derrière son président sortant, aucun parti ne soutient officiellement de candidat. Pourtant, présenter un candidat était largement justifié au moins pour l’un d’entre eux. En effet, les élections du 8 septembre dernier ont donné au Mouvement populaire un argument de taille pour le faire : le voici devenu grâce au jeu des fusions (MP, MNP, UD) le parti le plus représenté à  la Chambre. Le hic ? Faute de consensus en interne, aucun de ses membres ne parviendra à  obtenir l’aval des instances harakies. Pire, certains observateurs n’ont pas écarté la possibilité que les conseillers haraki eux-mêmes ne votent pas pour l’éventuel candidat du parti.

En face, l’Istiqlal commence à  s’activer : lui, au moins, a déjà  choisi son candidat, officieusement bien sûr. Mais, pour le porter à  la présidence, il lui faut des alliés. Or, il ne dispose que des voix de l’USFP et du PPS, ses partenaires de la Koutla, ce qui lui permet difficilement de prétendre à  un autre rôle que celui de trouble-fête. Qui plus est, son allié, le parti de la rose, affiche ouvertement sa volonté de voter pour un candidat de la majorité, de crainte, dit-il, de voir surgir des divisions au sein de cette dernière, à  un moment o๠il s’agit plutôt de se serrer les coudes pour défendre le bilan du gouvernement. Plus généralement, et toujours au sein de la majorité, on souligne que MM. Fadili et Tazi ne sont pas suffisamment en odeur de sainteté pour pouvoir rassembler, surtout en pleine campagne de moralisation. Driss Jettou est alors appelé à  la rescousse.

Vendredi 13. L’ouverture de la session d’automne au Parlement allait donner au Premier ministre une première occasion d’entrer dans la danse. Ce soir-là , les partis de la majorité se réunissent une première fois chez lui autour d’un f’tour. La rencontre allait se solder par un échec : si le Mouvement populaire et le Rassemblement national des indépendants sont dûment représentés par leurs présidents respectifs, Mahjoubi Aherdane, et Ahmed Osmane, Abbas El Fassi, secrétaire général de l’Istiqlal, manque à  l’appel. En revanche, Abdelhaq Tazi, lui-même candidat à  la présidence de la deuxième Chambre, était présent. Qu’à  cela ne tienne, les négociations sont entamées.

Samedi 14. Une nouvelle rencontre a lieu, toujours chez le Premier ministre, en présence, entre autres, de Mahjoubi Aherdane, Abdelouahed Radi, mais aussi Mohamed Saâd El Alami, ministre istiqlalien des relations avec le Parlement. Cette fois, les invités font preuve de bonne volonté, et le retrait du Mouvement populaire de la course est déjà  certain. «Nous nous sommes réunis dans le cadre de la majorité gouvernementale, et nous nous sommes mis d’accord pour présenter un seul candidat, qui est Mustapha Oukacha en tant que candidat de la majorité», expliquait, lundi, Mohamed Fadili.

2006, un remake de 2000 et 2003 Il faut dire que ce dernier n’est pas perdant à  100% : il est bien parti pour remporter le poste de premier vice-président face à  son rival, l’ancien deuxième vice-président du MP, Abderrahmane Lebdek. Côté Istiqlal, Mohamed Saâd El Alami, qui accompagne cette fois-ci Abdelhaq Tazi, accepte le deal, mais un petit doute persistera jusqu’à  la tenue d’une réunion du comité exécutif, le lundi d’après.

La suite, on la connaà®t. Mardi 17, le RNIste Mustapha Oukacha était réélu pour la troisième fois à  la tête de la deuxième Chambre, dans ce qui ressemble étrangement à  un remake des élections de 2000 et 2003, avec le suspense en moins. En effet, en plus des 174 voix qui lui permettent de regagner haut la main son siège, en moins de deux heures, on notera la présence de pas moins de 50 votes blancs, nuls, que plusieurs sources attribuent aux conseillers de l’Istiqlal, o๠la décision de renoncer à  se présenter aurait été refusée par certains. A défaut de contrer le candidat de la majorité, une partie des conseillers, déçus, ont-ils cherché à  reproduire le scénario de 2000 ? Cette année-là , face à  la défaite de son candidat, un certain Abdelhaq Tazi, le parti d’Abbas El Fassi s’était donné pour consigne de s’abstenir de voter pour le candidat du premier parti de la Chambre, Mustapha Oukacha. Et en 2003 déjà , Mohamed Fadili, à  l’époque membre du bureau politique de l’UD, et Abderrahmane Lebdek, étaient cités parmi ses concurrents au perchoir. A l’époque, les partis de la Haraka étaient la première force politique à  la Chambre, mais, tout comme aujourd’hui, cette force souffrait déjà  du manque de discipline interne…

Ainsi, la première bataille parlementaire de la saison n’en a pas été une. La majorité est sauve pour l’instant, même si, à  l’heure o๠nous mettions sous presse, quelques combats d’arrière-garde n’étaient pas exclus à  l’occasion de la redistribution des commissions à  la deuxième Chambre, plus particulièrement celle, très stratégique, des Finances, qui n’est plus la chasse gardée du RNI à  partir du moment o๠ce dernier a cessé d’être la première formation politique de la Chambre. Peut-on espérer que les hostilités pré-électorales se limiteront cette fois-ci au débat et aux programmes, comme réclamé par le discours royal du 13 octobre?

Redistribution
Commissions : l’USFP marque contre le PJD

Double perte pour Mustapha Ramid à  la première Chambre. Après avoir provoqué la surprise en renonçant à  se présenter à  la présidence du groupe PJD, en échange d’une promesse de renouvellement de son mandat à  la tête de la commission de la justice, l’avocat PJDiste a déchanté. En effet, le choix des commissions étant par définition effectué tous les ans par les groupes parlementaires par ordre d’importance, son parti, le PJD, a vu la commission en question récupérée par l’USFP. Cette année, c’est Abdelkbir Tabih, membre du groupe socialiste, qui prendra le poste qu’il convoitait. Pourtant, l’année dernière, à  la même époque, le renoncement du parti de la rose à  la commission était considéré comme lié aux critiques à  l’encontre de Mohamed Bouzoubaâ, le ministre USFP de la justice, au sein de son parti. Le retour de l’USFP est-il une énième manÅ“uvre anti-Ramid, comme ce dernier le soupçonne déjà , ou plutôt une décision destinée à  soutenir le ministre USFP à  la veille des élections ? Réponse du tac au tac côté USFP : le parti n’a pas abandonné la commission de la justice en 2005 pour permettre à  Mustapha Ramid (photo) d’en devenir le président. En revanche, il s’agissait d’une petite erreur stratégique, corrigée par le retour du parti socialiste et par le travail effectué au niveau de la commission des secteurs sociaux l’année dernière.

En attendant, c’est une femme, en l’occurrence Bassima Al-Haqaoui, qui représentera le PJD à  la tête de cette dernière. Pendant ce temps, les autres commissions restent telles quelles ou presque : les commissions de l’intérieur, des finances et du développement économique continuant d’être dirigées respectivement par Mohamed Moubdie (groupe Union des Mouvements populaires), Mustapha Hanine (groupe istiqlalien) et My Bachir Badalla (groupe RNI) tandis que la commission des affaires étrangères sera présidée par Chaoui Belassal (groupe constitutionel démocrate) à  la place de Khadija Belefetouh, du même groupe.