Nouvelle étape, nouveaux projets, et nouvelles élites

Le chef du gouvernement a été chargé de proposer de nouveaux profils pour un remaniement avant la rentrée. Une commission pluridisciplinaire planchera sur l’élaboration du nouveau modèle de développement. Le Souverain appelle à une nouvelle génération de plans sectoriels et à une révolution dans l’Administration.

Le discours du 20e anniversaire de la Fête du Trône, prononcé lundi 29 juillet, apporte un changement, pour ne pas dire une rupture. Il annonce la fin d’une étape et le début d’une nouvelle, avec un nouveau modèle de développement, une nouvelle génération de réformes et de projets structurants et surtout de nouvelles élites porteuses d’une nouvelle mentalité. C’est un discours réaliste dans le sens qu’il a commencé par dresser un diagnostic global des besoins et des déficits qui se font ressentir sur le plan social. Le Souverain a ainsi remis en question la pertinence du modèle de développement national. Le constat est sans équivoque : les dernières années ont révélé l’incapacité de ce modèle de développement à satisfaire les besoins croissants d’une partie des citoyens, à réduire les inégalités et les disparités spatiales. D’où la nécessité de le changer sans pour autant opérer une rupture tranchée et définitive. «Certes, il ne nous a pas toujours été donné de réaliser tout ce à quoi nous aspirons. Mais, aujourd’hui, nous sommes plus déterminés à maintenir le cap, en capitalisant les acquis obtenus, en parachevant la dynamique de réformes en cours, en corrigeant les dysfonctionnements observés sur le terrain», a notamment affirmé le Souverain. Les acquis sont justement indéniables. «Nous avons accompli un bond qualitatif en matière d’infrastructures: autoroutes, train à grande vitesse, grands ports, énergies renouvelables, réhabilitations urbaines. Nous avons également franchi des étapes importantes dans le renforcement et la consolidation des droits et des libertés, pour un ancrage solide et sain de la pratique démocratique. Néanmoins, nous savons que les infrastructures et les réformes institutionnelles, si importantes soient-elles, ne sont pas suffisantes», a souligné, en ce sens, le Souverain. C’est une réalité. Cependant, le discours royal ne se contente pas de mettre le doigt sur le mal, mais il dessine les contours de solutions opérationnelles.

Ainsi, le Souverain a décidé de mettre en place la commission spéciale chargée du modèle de développement. Une structure où devront siéger acteurs académiques aux côtés de compétences nationales. L’objectif étant de relever le défi de l’accélération économique et de l’efficacité institutionnelle. Cette commission sera ainsi invitée à faire preuve d’audace, d’esprit d’initiative, d’un sens élevé des responsabilités, lors de la mise en œuvre de ses conclusions et de ses recommandations «qui seront adoptées, seraient-elles difficiles ou coûteuses».

En attendant, précise le Souverain, «le travail doit se poursuivre avec un sens accru de l’engagement et des responsabilités, pour assurer une meilleure gestion des affaires publiques et pour répondre efficacement aux préoccupations des citoyens». Le gouvernement est invité, dans ce sens, à «commencer la préparation d’une nouvelle génération de grands plans sectoriels, cohérents et harmonieux, susceptibles de servir de pilier au modèle de développement dans sa nouvelle version».

Du sang neuf pour la rentrée, dans l’administration et le gouvernement

L’appel a été lancé, en même temps, à l’Exécutif pour apporter du sang neuf, des compétences avec une nouvelle mentalité, au sein des institutions politiques nationales, plus particulièrement le gouvernement. «A cette fin, à l’horizon de la rentrée prochaine, nous chargeons le chef du gouvernement de soumettre à notre appréciation des propositions visant à renouveler et enrichir les postes de responsabilité, tant au sein du gouvernement que dans l’Administration, en les pourvoyant de profils de haut niveau, choisis selon les critères de compétence et de mérite», a notamment souligné le Souverain. «Cela ne signifie évidemment pas que le gouvernement et les structures publiques ne comptent pas de compétences en leur sein», précise S.M. le Roi.

Au delà du gouvernement, le secteur public dans sa globalité est appelé à opérer un triple sursaut en termes de simplification, d’efficacité et de moralisation. La modernisation des méthodes de travail, la créativité et l’innovation dans la gestion de la chose publique sont les clés de la réussite pour le futur modèle de développement que le Souverain appelle de ses vœux.

En somme, le discours royal définit les bases fondamentales des diverses mutations que connaîtra le Royaume dans un avenir proche. C’est ainsi que S.M le Roi plaide en faveur d’un Maroc où s’estompent les disparités criantes et les comportements générateurs de frustration. Un Maroc où disparaissent les formes de rente existantes et les situations induisant des déperditions de temps et d’énergie. La nouvelle étape doit donc trancher avec cette situation, en faisant triompher les valeurs de travail, d’engagement responsable, de mérite, d’égalité des chances. En ce sens, la vision royale va au-delà de la logique du tout politique, sans pour autant que cela soit interprété comme un évincement du rôle des partis politiques. Le Souverain insiste, en effet, sur l’impératif de l’implication du citoyen, en tant qu’acteur principal, dans cette nouvelle étape.

SM le Roi a chargé le chef du gouvernement de soumettre à son appréciation des propositions visant à renouveler et enrichir les postes de responsabilité, tant au sein du gouvernement que dans l’Administration.
«A l’horizon de la rentrée prochaine, nous chargeons le chef du gouvernement de soumettre à notre appréciation des propositions visant à renouveler et enrichir les postes de responsabilité, tant au sein du gouvernement que dans l’Administration, en les pourvoyant de profils de haut niveau, choisis selon les critères de compétence et de mérite», a indiqué SM le Roi. «Cela ne signifie évidemment pas que le gouvernement et les structures publiques ne comptent pas de compétences en leur sein», a souligné le Souverain, notant que, toutefois, «nous souhaitons mettre à contribution des profils dotés d’une nouvelle mentalité, à même de hisser l’action à des niveaux supérieurs, pour réunir les conditions de réussite de cette nouvelle étape, pour accomplir in fine la mutation profonde que Nous appelons de nos vœux».

 

SM Mohammed VI a décidé de mettre en place la commission spéciale chargée du modèle de développement, dont l’installation est prévue à la rentrée prochaine. Cette commission va regrouper différentes disciplines académiques et diverses sensibilités intellectuelles, en y faisant siéger des compétences nationales issues du public et du privé.
Les dernières années ont «révélé l’incapacité de notre modèle de développement à satisfaire les besoins croissants d’une partie de nos citoyens, à réduire les inégalités sociales et les disparités spatiales. C’est la raison pour laquelle nous avons appelé à sa réévaluation et à sa réactualisation », a expliqué SM le Roi. Même si le Souverain émet «des réserves sur la pertinence de la création de commissions spéciales, car certains trouvent dans ce procédé le meilleur moyen d’enterrer des dossiers et de passer sous silence les problèmes qui s’y rattachent», SM le Roi a pris l’initiative d’en créer certaines qui avaient la mission d’examiner des questions d’intérêt national. «Notre suivi personnel de leurs travaux a permis d’atteindre des résultats concluants et positifs», s’est réjoui le Souverain.
Outre l’expérience et une exigence d’impartialité, les profils composant la commission spéciale chargée du modèle de développement doivent être «suffisamment outillés pour comprendre les dynamiques à l’œuvre au sein de la société et aller au-devant de ses attentes, sans jamais perdre de vue l’intérêt supérieur de la Nation», a préconisé SM le Roi. Cette commission, qui «ne tiendra lieu ni de second gouvernement, ni d’institution officielle parallèle», jouera le rôle d’organe consultatif investi d’une mission limitée dans le temps. Ladite commission devra prendre en considération les grandes orientations des réformes «engagées ou en passe de l’être », dans des secteurs comme l’enseignement, la santé, l’agriculture, l’investissement, le système fiscal, a souligné le Souverain, ajoutant que ses propositions devront viser leur perfectionnement et l’accroissement de leur efficacité. Cette commission doit remplir son mandat avec «impartialité et objectivité» en portant à «notre connaissance un constat exact de l’état des lieux, aussi douloureux et pénible puisse-t-il être», a dit le Souverain. Elle devra aussi être dotée de «l’audace et du génie nécessaires» pour proposer des solutions adaptées. SM le Roi a aussi mis l’accent sur la nécessité de faire preuve «d’audace, d’esprit d’initiative et d’un sens élevé des responsabilités», lors de la mise en œuvre des conclusions judicieuses et des recommandations pertinentes qui seront adoptées, «seraient-elles difficiles ou coûteuses».

 

S M Mohammed VI a invité le gouvernement à commencer la préparation d’une nouvelle génération de grands plans sectoriels, cohérents et harmonieux, susceptibles de servir de pilier au modèle de développement dans sa nouvelle version. Le Souverain a, ainsi, affirmé que la rénovation du modèle de développement national n’est pas une fin en soi, elle est le préalable à l’émergence d’une nouvelle étape, dont les maîtres mots sont «responsabilité» et «essor» et dans laquelle nous souhaitons engager le Maroc, soulignant que son ultime souhait est que le Royaume accède au club des nations avancées.
Par ailleurs, la nouvelle étape que nous nous préparons à franchir abonde en enjeux et en défis, internes et externes, qu’il convient de remporter, a plaidé SM le Roi, précisant qu’il s’agit d’abord de l’enjeu de consolidation des acquis et de la confiance entre les citoyens, dans les institutions nationales qui les rassemblent et dans un avenir meilleur.
Il s’agit ensuite de remporter le défi de l’ouverture et le refus du repli sur soi, particulièrement dans des domaines liés aux expériences et aux expertises internationales, a poursuivi le Souverain, jugeant que l’ouverture est d’autant plus fondamentale pour le développement économique qu’elle offre aux entreprises et aux opérateurs marocains nombre d’opportunités de rehausser leur compétitivité et constitue un levier pour améliorer la qualité des services et le rendement des organisations et créer in fine plus d’emplois. Il est également question de remporter le défi de l’accélération économique et de l’efficacité institutionnelle, a souligné SM le Roi, relevant que l’enjeu est ainsi de rebâtir une économie forte et compétitive, en encourageant l’initiative privée, en lançant de nouveaux programmes d’investissement productif et en créant de nouvelles opportunités d’emploi. Dans la même perspective, il convient de renforcer l’efficacité des institutions et de faire évoluer les mentalités des responsables, a dit le Souverain, appelant le secteur public à opérer, sans tarder, un triple sursaut en termes de simplification, d’efficacité et de moralisation. «D’ailleurs, j’ai d’ores et déjà appelé à la nécessité de moderniser les méthodes de travail, de faire preuve d’ardeur créative et d’innovation dans la gestion de la chose publique», a insisté SM le Roi.
Enfin, il faut relever le défi de la justice sociale et spatiale pour parachever l’édification d’un Maroc, porteur d’espoir et d’égalité pour tous où s’estompent les disparités criantes et les comportements générateurs de frustration, où disparaissent les formes de rente existantes et les situations induisant des déperditions de temps et d’énergie, a soutenu SM le Roi.

 

Le Souverain s’est dit peiné de voir que des citoyens marocains continuent à vivre dans la précarité et le dénuement matériel, malgré les réalisations et les progrès accomplis sur différents registres.
«Dieu sait à quel point je suis peiné de voir que des citoyens marocains, ne représenteraient-ils que 1% de la population, continuent à vivre dans la précarité et le dénuement matériel», a souligné SM le Roi. Le Souverain a affirmé qu’il n’aura de répit que lorsque tous les obstacles auront été éliminés, que des solutions appropriées auront été apportées aux problèmes de développement et aux questions sociales, soulignant l’importance particulière qui a été attachée aux programmes de développement humain, à la promotion des politiques sociales pour parvenir in fine à la satisfaction des attentes pressantes des Marocains. «Cet objectif suppose une vision globale et des projets menés à bonne fin grâce à des ressources qualifiées et des conditions favorables», a relevé le Souverain, qui a mis en avant le bond qualitatif accompli en matière d’infrastructures : autoroutes, train à grande vitesse, grands ports, énergies renouvelables, réhabilitations urbaines.
«Nous avons également franchi des étapes importantes dans le renforcement et la consolidation des droits et des libertés, pour un ancrage solide et sain de la pratique démocratique», a dit SM le Roi, ajoutant que les infrastructures et les réformes institutionnelles, si importantes soient-elles, ne sont néanmoins pas suffisantes.
Pour le Souverain, «le devoir de clarté et d’objectivité impose de nuancer ce bilan positif dans la mesure où les progrès et les réalisations, d’ores et déjà accomplis, n’ont malheureusement pas encore eu des répercussions suffisantes sur l’ensemble de la société marocaine».
«Certains citoyens perçoivent sans doute mal les retombées de ces réalisations sur leurs conditions de vie, notamment en termes de satisfaction de leurs besoins quotidiens et singulièrement en ce qui concerne la fourniture de services sociaux de base, la réduction des inégalités sociales, le renforcement de la classe moyenne», a soutenu le Souverain.

 

SM Mohammed VI a réaffirmé l’engagement sincère du Maroc à garder la main tendue en direction de l’Algérie. «Nous réaffirmons notre engagement sincère à garder la main tendue en direction de nos frères en Algérie, fidèles en cela aux liens de fraternité, de religion, de langue et de bon voisinage, qui unissent depuis toujours nos deux peuples frères», a souligné le Souverain, dans ce sens. La «foi profonde dans la communauté de destin, sous-tendue par une histoire et une civilisation communes, nous incite à œuvrer, avec espoir et optimisme, à la réalisation des aspirations à l’unité, à la complémentarité et à l’intégration, portée par nos peuples maghrébins frères», a encore souligné le Souverain, assurant qu’«aucun pays ne peut à lui seul relever les défis sécuritaires et de développement auxquels nous sommes confrontés».