Nicolas Sarkozy : «L’immigration, une opportunité pour la France»

Nicolas Sarkozy
Ministre français de l’Economie, des Finances et de l’industrie
L’islam tel que pratiqué au Maroc rend plus facile l’insertion
dans la société française.

Dans un entretien accordé il y a quelques jours (avant le remaniement gouvernemental en France) à la revue Ensemble-la lettre euro-marocaine, publiée par Mehdi Qotbi, président du Cercle d’amitié franco-marocain, Nicolas Sarkozy, ex-ministre de l’Intérieur au sein du gouvernement Raffarin II, fait le point sur les relations entre le Maroc et la France. Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’entretien avec l’aimable autorisation de la revue.

Monsieur le ministre, quel bilan tirez-vous de votre visite au Maroc les 8 et 9 mars dernier ?

Nicolas Sarkozy : Il était normal que je me rende à Al Hoceima, sur les lieux du tremblement de terre dramatique qu’a connu le Maroc.
J’ai pu mesurer pleinement, au cours de cette mission que m’a confiée le Président de la République, l’attachement profond de nos deux peuples. La France avait d’ailleurs, comme c’est normal, envoyé le jour même du drame une équipe de sauveteurs de la sécurité civile qui ont travaillé immédiatement avec leurs homologues marocains. Sur place, j’ai également félicité ces pompiers marocains qui ont fait un travail remarquable dans des conditions très difficiles.

Quelles ont été les suites de votre voyage ?

D’abord, comme je m’y étais engagé auprès de Sa Majesté le Roi, qui m’a fait l’honneur de me recevoir à Tanger, j’ai immédiatement dépêché trois experts en sismologie qui ont fait un rapport complet de la situation à Al Hoceima. Ils ont ainsi pu constater la parfaite résistance du barrage d’Al Khattabi. J’ai également envoyé le 20 mars une deuxième mission d’experts sismologues, qui a entrepris de dresser une carte complète des risques sismiques dans la région du Rif central.
Par ailleurs, avec mon ami Mustapha Sahel, le ministre marocain de l’Intérieur, nous avons commencé à identifier des pistes de coopération utiles.
Comme je m’y suis engagé auprès de lui, une mission composée de représentants de l’Agence française de développement (AFD) et du ministère des Affaires étrangères (Direction générale de la coopération internationale et du développement) s’est rendue au Maroc le 22 mars, pour évaluer avec les autorités marocaines les points sur lesquels elles souhaitent particulièrement faire porter l’effort de développement de la région du Rif central.
A suivi, du 30 mars au 1er avril, une mission composée de représentants des villes d’Evry, Marseille et Nîmes en lien avec des associations d’élus et des représentants du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales (Direction générale des collectivités locales), qui a entrepris d’identifier les projets de réhabilitation dans lesquels les collectivités locales françaises pourraient s’impliquer directement.

La France est-elle une chance pour l’immigration ?

Si vous m’interrogez sur l’immigration légale, par opposition à l’immigration clandestine, alors assurément la France est ouverte à l’immigration. Notre pays est en effet une terre d’accueil pour les étrangers en situation régulière, c’est-à-dire ceux qui disposent des titres de séjour indispensables pour vivre sur le territoire national. Les étrangers, et notamment les Marocains qui sont dans ce cas, bénéficient du respect des droits de l’Homme, du droit à l’emploi, du droit aux prestations sociales, du droit à la liberté d’expression et d’association. Peu de pays sont à ce point ouverts, dès lors que celle-ci est une immigration régulière. Par opposition, notre volonté de combattre l’immigration clandestine est totale.

L’immigration est-elle une chance pour la France ?

L’immigration régulière est une opportunité pour la France. Les immigrés viennent pallier le déficit démographique que connaît notre pays, comme de nombreux autres pays européens. Par leur présence et leur travail, ils soutiennent la croissance économique.

Depuis 20 ans, l’immigration a structuré le débat politique français. Nous avons le sentiment que le débat futur va être structuré par la question de l’intégration. Qu’en pensez-vous ?
L’immigration est apparue dans notre pays à partir des années 60 et ce fut à ce moment-là une première génération de travailleurs immigrés qui vint occuper les postes vacants dans l’industrie et les services. Ces personnes étaient, dans l’esprit des responsables politiques et économiques de l’époque, censées retourner dans leur pays d’origine une fois leur contrat de travail achevé. Le débat public dans ces années-là tournait donc autour de la question de l’immigration et c’est seulement lorsqu’une deuxième puis une troisième génération de personnes d’origine étrangère est apparue sur notre sol que les problèmes ont été posés en termes d’intégration. La loi française sur la nationalité prévoit en effet que les enfants nés sur le territoire national bénéficient de la nationalité française. Ils sont citoyens français au même titre que ceux dont les parents sont Français d’origine.
Pour ces générations nouvelles, l’enjeu est effectivement celui de l’intégration, c’est-à-dire celui de l’apprentissage de la citoyenneté française. L’école joue un rôle fondamental à cet égard mais aussi la vie associative ou l’insertion dans le monde de l’entreprise, qui reste la meilleure porte d’accès à la vie sociale et économique en général. En matière d’intégration, le maître-mot doit être celui de l’égalité des chances.

Quelle part peuvent prendre les Français d’origine marocaine dans le succès de l’intégration ?

Les Français d’origine marocaine ont plusieurs atouts pour réussir leur intégration dans notre pays. Le premier est celui des liens tissés dans le passé et de l’amitié ancienne qui unit le Maroc et la France. Le second est celui de la modernité du Maroc et de cette proximité dans le mode de vie, qui donnent assurément aux Marocains une ouverture plus grande aux problèmes de la société française. Enfin, l’islam tel qu’il est pratiqué au Maroc est ouvert et tolérant, rendant ainsi plus facile l’insertion dans la société française.

Pensez-vous que les évolutions actuelles au Maroc (code de la famille, avancées démocratiques) peuvent avoir des répercussions directes ou indirectes sur l’Islam en France ?
L’évolution institutionnelle du Maroc en faveur d’un statut de la femme plus libéral et d’un système démocratique plus développé rapproche les valeurs sur lesquelles est bâtie la société marocaine des valeurs de la société française.
Le Maroc est assurément un modèle de modernisation pour les pays musulmans de la région et les modifications qui sont intervenues récemment, en assouplissant une interprétation auparavant plus stricte de la loi coranique, ne vont pas manquer d’avoir une incidence sur la pratique religieuse des musulmans marocains en France. Comme vous le savez, je souhaite un Islam de France qui respecte les lois de la République et qui s’adapte à notre société moderne. L’évolution actuelle du Maroc va dans ce sens et nous ne pouvons que nous en réjouir