Mouvement populaire : retour à  la scission ?

Un groupe mené par Mohamed Boutaleb et Youssef Aherdane menacerait de faire
scission et recréer le MNP.
Objectif : organiser dans les plus brefs délais un congrès extraordinaire.
Mohand Laenser
et Mahjoubi Aherdane continuent à  nier l’existence de remous au sein du parti.
Mahjoubi Aherdane serait-il derrière le mouvement de sécession ?

Après la fusion, le retour à  la scission ? Au sein du Mouvement populaire (MP), la semaine a été frénétique. Point nodal de cette agitation o๠toutes les manÅ“uvres sont permises et non déclarées (y compris la manipulation des organes de presse) : la création, à  nouveau, du Mouvement national populaire. C’est une brève, parue dans un quotidien de la place, le week-end dernier, qui a mis le feu aux poudres chez les Harakis, attribuant le projet à  plusieurs militants ou proches du parti l’intention de créer une nouvelle formation politique. Renseignements pris -tout ce beau monde parle en off, bien sûr-, le néo-mouvement serait mené par Mohamed Boutaleb, ex-ministre de l’énergie et des mines et membre du Bureau politique ainsi que Youssef Aherdane, fils du président actuel du MP et ancien cadre du Mouvement national populaire d’avant la fusion de mars 2006. Joint au téléphone par La Vie éco, ce dernier contredit la rumeur et souligne qu’il n’est même pas membre du MP. «Je n’ai participé ni au Congrès du MP, ni au Conseil national, ni au Comité central ni au Bureau politique. Je suis sympathisant de fait, de naissance si vous voulez, mais les choses s’arrêtent là ». Mohamed Boutaleb, lui, n’a pas répondu à  nos appels.

Mohamed Mansouri et Mohamed Sokrate, protestataires du parti, qui se sont fendus de critiques extrêmement sévères à  l’encontre du parti dans des médias sans jamais trouver suffisamment de soutien auprès des militants harakis, auraient-ils donc fait des émules ? Difficile de le savoir puisque, à  défaut de noms, l’intention de re-créer le MNP a été confirmée à  La Vie éco par un haut cadre du parti, qui affirme bénéficier d’un soutien non négligeable. L’affaire paraà®t d’autant plus crédible que dans le lot du mouvement protestataire, on retrouve le nom de Bouazza Ikken, ancien patron de l’Union démocratique (UD), même si ce dernier se refuse à  confirmer ou infirmer la nouvelle.

Restructuration par le haut ou par le bas ?
Quel est pourtant l’objectif derrière une telle opération ? Selon un haut cadre du MP, la menace de scission ne serait en fait qu’une manière de mettre la pression sur la direction du parti. Le but ? La forcer à  profiter du séjour de la formation à  l’opposition pour organiser un congrès extraordinaire, considéré comme indispensable pour remplacer les instances cooptées en 2006 dans le cadre de la fusion MP, MNP et UD, par de nouvelles structures systématiquement élues, secrétariat général compris.

L’intention semble on ne peut plus louable, sauf qu’en face, plusieurs cadres du MP présentent un argument imparable : pour organiser un congrès, il faut d’abord savoir qui va y assister, la bonne vieille méthode du bus affrété dans un quartier populaire pour grossir les rangs le jour J étant aujourd’hui dépassée. «L’objectif est de pouvoir aider à  constituer l’ensemble des organes par élections. Or, comment voulez-vous le faire alors que la base de tous les organes n’est pas déterminée ?», réagit Mohand Laenser, secrétaire général du MP.

Face à  ces «sécessionnistes» qui prônent la «restructuration par le haut» du parti, la direction, elle, Å“uvre déjà  à  restructurer la formation «par le bas». Les travaux devraient d’ailleurs débuter au lendemain de la réunion du Bureau politique du vendredi 11 janvier. Mais cette dernière a été reportée en début de semaine à  la demande de ses membres et du président Aherdane, fête nationale oblige. Portant sur l’inscription et/ou la réinscription des militants, la réorganisation devrait mener au recensement et à  la distribution de cartes, et, grande nouveauté, permettre d’identifier de manière précise les membres notamment au niveau du congrès. Les travaux devraient aussi permettre aux Harakis de se faire une idée détaillée de leur présence dans différentes régions du pays et constituer, en fonction des effectifs disponibles, des bureaux provinciaux puis des instances supérieures sur des bases plus solides. «Cela va faciliter le travail des congrès régionaux et du Congrès national car nous nous sommes toujours heurtés au même problème : en l’absence de fichiers bien précis, nous n’avions pas les moyens de connaà®tre le nombre de délégués pour telle ou telle province. Maintenant, tout va être organisé, avec un délégué pour un certain nombre de militants dans la province. Supposons que ce soit un délégué pour 50 militants, la province qui aura 500 adhérents aurait ainsi 10 délégués, celle qui en aura 1 000 en aurait 20 et ainsi de suite», indique Mohand Laenser, qui estime que le processus devrait durer jusqu’au mois de juin.

Congrès extraordinaire ? Un scénario risqué pour Laenser
Difficile avec tout cela de voir une contradiction entre cette «restructuration par le bas» et la «restructuration par le haut» prônée par les «sécessionnistes» harakis, puisqu’une réorganisation véritable du parti serait incomplète sans les deux. Plus encore, le fait que la restructuration par le haut puisse être achevée en six mois ne justifie pas l’organisation d’un congrès extraordinaire quand un congrès ordinaire en bonne et due forme pourrait être ficelé en un an ou moins. Quelle est donc alors la cause du différend ? C’est en se penchant sur les bénéficiaires éventuels de l’une ou l’autre opération que l’on découvre un début de réponse. En effet, ce n’est pas la première fois que l’organisation d’un congrès extraordinaire est réclamée au sein du Mouvement populaire : revendiquée dès le congrès de fusion, elle l’a également été en décembre dernier lors de la réunion du Comité central du parti politique, et plus récemment encore au sein même du Bureau du parti. Avec la mise en place de structures élues, le congrès extraordinaire constituerait, selon ses partisans, un pari risqué pour Mohand Laenser qui y risquerait son poste. En face, les meneurs de la « scission » potentielle sont accusés d’agir en solitaires pour défendre des intérêts personnels, l’un d’eux étant même présenté comme un prétendant au poste de secrétaire général du MP.

Pour un troisième camp toutefois, tout cela n’est que la partie immergée de l’iceberg. Notant que la plupart des protestataires en mouvement ces derniers temps sont des anciens du Mouvement national populaire, certains n’hésitent pas à  voir derrière cette menace de scission une connexion avec le président du parti, Mahjoubi Aherdane. Du côté des partisans du congrès extraordinaire, on indique que c’était l’Amghar lui même qui était à  l’origine derrière l’idée de congrès extraordinaire au lendemain de la formation du gouvernement, ce dernier étant nécessaire, selon lui, pour modifier les statuts du parti et se retirer du poste de président, dans l’honneur. En face, l’on apprend pourtant que le président du parti s’est déjà  vu soumettre un projet de conseil correspondant à  la structure de surveillance qu’il avait réclamée en annonçant son retrait dans l’interview au quotidien Al Massae du 17 décembre.

Aherdane veut-il jouer les prolongations
Le patriarche haraki ferait-t-il l’objet de pressions de la part des partisans du congrès extraordinaire ? Ou bien, comme certains l’en accusent, est-ce lui qui tire les ficelles de cette affaire, son départ annoncé n’étant que destiné à  faire baisser la pression des médias, en attendant de créer des tensions chez ses concurrents éventuels, pour mieux revenir dans le rôle de l’arbitre, comme il l’a déjà  fait auparavant ?

Interrogé, le président du Mouvement populaire se montre impassible. Insistant sur le fait que son parti ne connaà®t pas de crise, il souligne la nécessité avant tout de procéder à  la distribution des cartes du parti et organiser les bureaux du Mouvement. «Ils veulent un congrès extraordinaire ? Eh bien, ils n’ont qu’à  le préparer. S’ils sont capables de réunir les deux tiers du Conseil national, pourquoi pas ?», indique-t-il. «Le Mouvement populaire est un mouvement organisé, il y a des règles, des statuts, il n’y a qu’à  respecter les statuts, c’est tout». Toutefois, selon lui, la priorité revient à  la restructuration du parti. «Il faut avoir des bureaux du MP, au lieu d’avoir des bureaux des mouvements anciens, il faudrait absolument resserrer davantage l’organisation, et puis à  ce moment- là , on arrivera au congrès. Il faut que l’organisation soit stricte. On ne peut continuer à  être un parti politique au sein duquel règne la confusion, il y a des règles à  appliquer, il faut les appliquer».

Certes, mais dans tout cela, il y a un point que le Mouvement populaire devra nécessairement régler et qui explique ce remue-ménage par personnes interposées. Celui d’être un parti bicéphale. Dans un objectif bien compréhensible de ménager les susceptibilités, lors de la fusion MP-MNP-UD de mars 2006, le nouveau parti s’était à  la fois doté d’un poste de président, à  l’image du RNI, qui a échu à  Mahjoubi Aherdane, et d’un fauteuil de secrétaire général, à  l’image des autres partis, dont Mohand Laenser a hérité. Situation intenable puisque le vieil Amghar ne veut pas lâcher prise et que le politiquement jeune Laenser aspire naturellement à  devenir patron du parti à  part entière. A voir les tribulations de Mahjoubi Aherdane qui a annoncé son retrait, puis s’est rétracté en affirmant juste se désengager du quotidien tout en restant le gardien du temple, on serait forcément tenté de penser que ce dernier qui a pour adversaire le temps, veut jouer les prolongations, de gré, en agitant la menace de scission, ou de force, en allant jusqu’à  recréer son Mouvement national populaire.