Mohand Laenser, seul maître à  bord du Mouvement populaire

Pour la première fois, un secrétaire général élu par la voie des urnes.
Les postes de président et de secrétaire général adjoint disparaissent.
Un bureau politique et un conseil national mais pas de comité exécutif.
Le parti tourne la lourde page de la fusion.

Ce dimanche 13 juin, les travaux de la dernière journée du XIè congrès du Mouvement populaire (MP) sont suspendus mais sans pour autant susciter d’inquiétudes. L’essentiel a été fait durant les deux premiers jours de ces assises : le seul candidat en lice au poste de secrétaire général a été élu. Ou plutôt réélu. Sans surprise, c’est Mohand Laenser qui a succédé à lui-même… pour un dernier mandat de quatre ans, comme il a tenu à le préciser quelques minutes après l’annonce des résultats des urnes. Un exercice que les 2 000 congressistes venus à travers tout le pays ont découvert pour la première fois.

Un mouvement contestataire qui n’a pas eu d’impact sur le plébiscite

Confirmé dans son poste de leader d’un parti qui souffrait encore des séquelles d’une fusion difficile des composantes de la mouvance populaire, opérée en 2006, Mohand Laenser a reporté à une date ultérieure l’examen des points prévus dans le reste du programme lorsque des divergences avaient surgi à propos de la désignation des membres du conseil national. Un peu comme si la victoire avait éclipsé tout le reste. Accumulant une riche expérience en matière d’organisation de congrès, il a su désamorcer un conflit ou plutôt le reporter, et ce, d’autant qu’il n’a pas manqué de soucis à la veille même du congrès. Un mouvement contestataire mené par d’anciens ministres avait en effet contesté la gestion du secrétaire général et l’avait accusé de façonner la composition de congressistes de manière à être réélu. Des remous qui n’ont cependant pas pris suffisamment d’ampleur au point de constituer un danger pour le ministre d’Etat. Au contraire, les résultats du XIe congrès bien que non achevés n’ont été que bénéfiques pour lui à tel point qu’ils le placent en seul maître à bord de cette formation politique.

Boutaleb, Fadili, Maouni, El Mourabit : des concurrents écartés

D’abord, le poste de président occupé jusque-là par l’omniprésent Mahjoubi Aherdane ne figure plus dans les instances dirigeantes du parti. Ce dernier se contentera désormais d’un poste purement honorifique : président d’honneur et fondateur du MP. Il n’aura plus le droit, comme avant, d’assister aux réunions du bureau politique et encore moins à celles du conseil national. Ensuite, un autre poste créé dans le cadre du compromis qui a permis la fusion des composants de la mouvance populaire a été supprimé. Et du coup, un autre concurrent, en l’occurrence Mohamed Fadili (ancien patron de l’Union démocratique), a été écarté. Et enfin, les trois membres qui menaient la dissidence et qui se sont ensuite rétractés pour manifester durant le congrès leur appui à «l’ancien ennemi» ont tout simplement perdu toute responsabilité au sein des instances dirigeantes du parti. Malgré leur volte-face, Hassan Maouni et Mohamed El Mourabit ont été surpris de ne pas voir leurs noms figurer sur la liste des 250 membres du conseil national. Quant à M. Boutaleb, une grande partie des congressistes représentant la région de Taza d’où il est issu, ont vigoureusement contesté la proposition de son nom parmi les membres de cette liste. C’est cette protestation qui a été d’ailleurs à l’origine de la suspension des travaux de ce congrès.
La liste qui avait été présentée aux congressistes pour validation comportait en fait les représentants cooptés par les différentes sections régionales du parti, auxquels s’ajoutaient quelques noms proposés par le secrétaire général. Elle est renforcée également par 20% des représentants de la section jeunesse et autant de représentants de celle des femmes haraki. Devant l’enlisement prévisible des travaux du congrès, Mohand Laenser a proposé de reporter l’examen de cette question dans un délai de 15 jours. Ensuite, on se penchera sur le choix du bureau politique composé de 30 membres, l’instance du comité exécutif ayant été supprimée.
D’ici là, le nouveau secrétaire général ne devrait pas se faire de souci, étant sorti largement gagnant de l’épreuve des urnes donc pouvant grandement influencer la composition des organes. Après des décennies de pouvoir partagés, il peut enfin savourer le plaisir de diriger seul.