Mohamed Saïd Saà¢di revient à  Derb Soltane, son quartier natal

Déçu à Anfa en 2002, il préfère se présenter là où on le connaît.
La circonscription est connue
pour sa population difficile et
ses problèmes.
25 listes s’affrontent pour 3 sièges.

Dimanche 26 août, 10h00. Les mem-bres de la section locale du PPS de la circonscription Derb Soltane-El Fida se donnent rendez-vous boulevard El Fida pour entamer la seconde journée de la campagne électorale. Mohamed Saïd Saâdi, candidat tête de liste du parti, est originaire du quartier. Il y affronte, entre autres, Mohamed Mouhib (USFP), Mohamed Medouar (PJD), député sortant de la circonscription d’Anfa, et Abdellah Lhassini, homme d’affaires connu (UC). La circonscription compte 25 listes déposées pour 3 sièges.
Le candidat PPS se dit confiant. Saïd Saâdi revient à la source, par plaisir dit-il, mais aussi par pragmatisme, pourrait-on ajouter : c’est un quartier qu’il connaît et où il continue d’avoir encore une certaine notoriété. Pour s’en rendre compte, il suffit de revenir sur son parcours de candidat et d’élu. Lorsqu’il entame sa carrière politique en 1976, il est élu membre de la commune urbaine de Mers Sultan, puis vice-président de la commune du Méchouar, de 1986 à 1992, et consultant chargé du contrôle de gestion en 1995. Il aura été élu local quatre fois depuis 1976, sans oublier ses participations malheureuses aux élections législatives de 1984, 1997 et 2002. Il participe également au gouvernement d’alternance en avril 1998 où il est nommé secrétaire d’Etat chargé de la protection sociale, de la famille et de l’enfance et prend en charge l’élaboration du plan d’intégration de la femme au développement.
S’appuyant sur une équipe d’une quarantaine de personnes présente en permanence dans le local d’El Fida, il fait le tour des quartiers et ruelles de la circonscription dès 11 heures le matin. Mais, avant cela, il procède à un briefing avec son équipe de campagne : révision du programme et des orientations du PPS. L’objectif est d’avoir un discours cohérent et en adéquation avec l’image du parti. On travaille aussi sur les situations vécues la veille, premier jour de la campagne, les questions des citoyens, les critiques…

Derb Chorfa, Derb El Kabir, Bouchentouf… des quartiers à problèmes
Une fois le bilan de la première journée terminé, on passe aux préparatifs de la sortie d’aujourd’hui. Distribution de tee-shirts et de casquettes aux couleurs et sigle du parti. Vient ensuite la séance d’explication du mode d’emploi des flyers. Chaque document est expliqué avec attention. «Il ne suffit pas de les remettre, il faut les expliquer et inviter les citoyens à voter pour nous», martèle un des organisateurs de la campagne. Le débriefing étant fini, l’équipe part à l’assaut du terrain.

En tête de file, Saïd Saâdi, sourire aux lèvres et une excitation perceptible. L’ensemble costume et chaussures beiges assortis et la casquette blanche du PPS rivée sur le crâne dénote le style plutôt classique, mais le candidat est visible, reconnaissable. Le groupe ratisse le boulevard Al Fida. Arrêt à chaque épicerie, boutique, marchand ambulant, tout le monde reçoit les tracts du PPS avec en prime le slogan «Nous tenons notre parole».

Mais c’est dans les cafés que les discussions s’animent. Un premier groupe s’empresse de distribuer les tracts dans le café Tallal Ben Mbarek, pendant que le candidat se présente et sert la main des clients, tous des hommes. Certains d’entre eux boudent dans un coin, imperturbables, d’autres se laissent entraîner par le discours du candidat et cèdent à la polémique. Le candidat écoute et répond, passionné. Echange difficile, mais les messages sont communiqués, l’équipe avance et le candidat garde le sourire.

Quelques mètres plus loin, un autre type de spectacle : un homme est allongé sur le trottoir, quasiment inerte. C’est un sans-abri. Son corps est couvert d’une crasse noirâtre, ses vêtements usés laissent entrevoir des membres blafards, il est pieds nus. Le spectacle ne semble gêner personne. Tout le monde passe. Le candidat le regarde et demande à Saâdia Benjnane, troisième de la liste, s’il existe toujours des centres d’accueil. La conversation s’achève aussitôt.
Arrivé à la fin du boulevard, le groupe s’engage dans Derb Chorfa. Le candidat prend la tête du peloton et s’active vers les habitants. Il frappe aux portes, rencontre d’anciens amis, appelle les gens à voter et à croire en son parti, le PPS. Un groupe de femmes se dirige vers le hammam du quartier. La gérante demande d’emblée : «A-t-on le droit à un café au moins ?». Ce à quoi Saâdia Benjnane répond : «Pas de café, nous sommes contre la corruption et l’achat des voix, voter est un acte citoyen».

A moins de cent mètres, des chants et des youyous pour la circoncision d’un petit garçon. Habillé de la tenue traditionnelle, il est porté sur un cheval décoré de henné. Une occasion de rêve pour l’équipe qui se mêle à la fête et en profite pour distribuer les tracts à la famille. Dans la même rue se trouve le domicile des parents de Mustapha Bouanan, second de la liste. Certains le reconnaissent. Compliments et critiques se mêlent. On lui reproche d’avoir quitté le parti après avoir été élu député pour intégrer l’UC puis d’être retourné au PPS dans la perspective de 2007. La critique est sans merci mais en ces temps de campagne, il faut tout accepter, tout écouter.

La tournée matinale est achevée, retour au local à 13h. De nouveau, réunion de groupe. Sont abordés les points forts et les points faibles de la tournée. L’après-midi, le programme reprend à 16 heures pour se terminer à 22 heures. Au menu : Derb El Kebir, Derb Bouchentouf, Kaouria, Sidi Maârouf. Les quartiers sont investis par les militants PPS, mais cette fois-ci par petits groupes de trois personnes à chaque fois. A chaque quartier ses problèmes, mais les plus récurrents sont l’assainissement, la hausse des tarifs de la Lydec, le chômage, surtout celui des jeunes… Les habitants sont mécontents, un ras-le-bol général… La circonscription n’est pas facile, elle rassemble, à elle seule, tous les maux de la société marocaine. Vaste programme pour les prochains élus… A bon entendeur !