Mohamed Darif : les petits partis vont bénéficier de la transhumance

La nouvelle loi sur les partis poussera les militants des grandes formations à aller vers les petites pour avoir plus de chance d’être élus

La composition du Parlement n’en sera pas modifiée grandement pour
autant

Les petits partis continueront à vivoter.

La Vie éco : Quelles sont les chances des «petits» partis pour les élections de 2007 ?
Mohamed Darif : Certains auront des chances en 2007, d’autres pourront bénéficier de la nouvelle loi sur les partis. Le problème qui va surgir au moment des élections est que les grands partis ne vont pas pouvoir s’y lancer avec des candidats communs. En effet, la nouvelle loi sur les partis stipule que, pour que des alliés puissent bénéficier du soutien financier de l’Etat, il faut que les trois quarts des candidats soient présentés en commun au moment des élections. Du coup, des cadres, des militants connus vont devoir aller voir ailleurs pour trouver un parti qui accepte de les présenter. Qui va profiter de cette situation ? Essentiellement les petits partis qui vont pouvoir accueillir ces mécontents.

Ces petits partis vont donc bénéficier d’une transhumance ?
Oui mais une transhumance avant les élections, car la loi interdit celle qui se faisait après les élections. Avant, une fois désignés au nom des petits partis, ces élus retournaient à leur ancien parti, ou rejoignaient les grands partis. Maintenant, ce phénomène va cesser d’exister car ces cadres originaires des grands partis, qui vont se présenter au nom des petits partis et réussir – car nous avons toujours un comportement électoral qui favorise les notables -, vont rester dans ces petits partis. Ainsi, certains petits partis pourraient s’imposer aux élections de 2007 ; pas tous, mais certains auront des chances, surtout s’ils appliquent cette stratégie d’alliances avec d’autres petits partis.

Pensez-vous que beaucoup de partis vont survivre au-delà de 2007 ?
La loi sur les partis politiques ne dit pas qu’une formation qui a moins de 5% des voix doit être dissoute, mais qu’elle ne bénéficie pas du soutien financier. Je ne pense pas que la situation va changer par rapport à aujourd’hui. […] Les partis puissants vont rester au Parlement, les petits partis en dehors.

Les partis inactifs ne risquent-ils pas d’être éliminés ?
Dans l’avant-projet de loi sur les partis, il était spécifié qu’un parti serait dissous s’il ne participait pas aux élections à deux reprises. Mais cette disposition n’existe plus. Aujourd’hui, tout est seulement lié au soutien financier. Si un parti n’organise pas son congrès au bon moment, ou ne participe pas aux élections, il ne bénéficie pas du soutien financier. Cependant, il est possible que la loi sur les partis entraîne un changement si des militants au sein des partis déposent plainte car leur parti ne fonctionne pas selon les normes déterminées par la loi. Notez que le premier congrès à se dérouler dans le cadre de la nouvelle loi sur les partis, celui du Mouvement Populaire, s’est fait en violation de toutes ces lois.

Les élections de 2002 ont-elles constitué un véritable tournant comme on se plaît à le dire ?
Les élections de septembre 2002 ont été importantes car elles ont légitimé le multipartisme marocain. En effet, depuis cette date, on ne peut plus parler des partis de l’administration. Auparavant, on disait: voilà les partis de l’administration, voici qui les a créés et voici qui détourne les voix à leur profit. En 2002, même les partis d’opposition ont témoigné de la transparence des élections.

Celles de 2007 continueront-elles sur la même lancée ?
Depuis 1963, chaque fois qu’il y a des élections, on dit qu’elles vont constituer un tournant décisif dans l’histoire politique du Maroc. Le même discours a été reproduit aux élections de 1997, puis en 2002. Bien sûr que je pense que la situation ne va pas rester telle qu’elle est, mais, d’un autre côté, le changement ne va pas être celui qui va nous sortir de ce qu’on appelle étape de la transition démocratique pour entrer dans l’étape démocratique. On ne va pas avoir un changement radical mais relatif, la carte politique ne va pas changer beaucoup, il ne faut pas croire qu’on va aller loin en ce qui concerne les alliances entre les partis politiques. Il se peut qu’il y ait des changements au niveau des alliances politiques, mais après les élections.

Pourquoi pas avant ?
Il ne faut pas faire d’amalgame entre les alliances électorales et les alliances politiques. Les alliances électorales se font avant les élections, autour d’un candidat commun. Il y a des alliances qui vont être «naturelles », comme dans le cas du MP. En revanche, je ne pense pas qu’il y aura des candidats communs entre l’USFP et l’Istiqlal car il s’agit de partis qui vont aller aux élections tout seuls. Il y aura également des alliances sous la contrainte, par défaut d’un nombre suffisant de sièges pour constituer un groupe parlementaire.

Mohamed Darif Politologue
Il se peut qu’il y ait des changements au niveau des alliances politiques, mais après les élections.