Mohamed Darif : «Les conséquences sur le PJD seraient minimes»

La Vie éco : Il y a des signes palpables de scission au sein du PJD.
Mohamed Darif (*) : En avril 2003, un courant (Al Yakada wa al fadila) a vu le jour au sein du PJD sous l’impulsion de Mohamed Khalidi. Ce n’était pas une tentative pour créer un parti mais plutôt pour préserver les équilibres à l’intérieur du PJD.
D’autre part, le MUR (Mouvement de l’unité et de la réforme) est loin d’être un mouvement monolithique parce qu’à son tour il est formé d’une union entre Al islah wa tajdid d’Abdelilah Benkirane et Saâdedine El Otmani et Rabitat al moustaqbal al islami d’Ahmed Raïssouni et Mustapha Ramid. L’absence constatée de Ramid des réunions du secrétariat général est due essentiellement à l’évolution des rapports de force au sein du MUR. Le courant qui contrôle actuellement ce mouvement est celui qui vient à l’origine d’Al islah wa tajdid. On assiste donc à une marginalisation des cadres issus de Rabitat al moustaqbal al islami, notamment de Ramid et Raïssouni. Mais cela ne veut pas dire qu’on se dirige vers une scission de leur part. Il s’agit seulement d’une redistribution des cartes.
Revenons à Khalidi. S’il quitte le PJD et constitue son propre parti ce ne sera pas à mon avis une scission mais plutôt un retrait d’un petit groupe qui n’aura pas d’incidence majeure sur la bonne marche du PJD. On a déjà assisté à une manœuvre pareille à Casablanca où Khalid El Mossadeq a quitté le PJD avec certains militants pour rejoindre le PDI, sans que cela ne soit considéré comme une scission.

Qui est l’homme fort du PJD, Abdelillah Benkirane ?
Si on revient aux résultats du dernier congrès du parti, Benkirane qui s’est présenté au vote des congressistes s’est classé loin derrière Saâdedine El Otmani. Si on se réfère à ce vote, l’homme fort n’est autre que Saâddine El Otmani et, à travers lui, son courant.

Pour arriver au gouvernement le PJD est-il obligé de se délester de ses éléments radicaux comme cela s’est passé pour le PJD turc ?
Les islamistes turcs sont pragmatiques. Ils essaient de faire de la politique au sein d’un Etat laïc en respectant les constantes de cet Etat. Au Maroc, l’expérience est différente : les islamistes modérés marocains sont passés par une période d’essai, lorsqu’ils étaient dans le MPDC, où ils ont démontré qu’ils acceptaient les règles du jeu. Maintenant, je crois qu’ils se préparent à participer au gouvernement mais tout cela dépendra bien sûr des résultats des élections législatives de 2007 et les alliances qui en résulteront puisque c’est clair qu’aucun parti au Maroc ne peut prétendre à la majorité absolue.