Ministres, présidents sortants, ténorsÂ…, la bataille des mairies commence

A Rabat, Casa, Salé, Tétouan, Marrakech et Agadir, les présidents sortants candidats.
Nawal El Moutawakil, Ahmed Chami, Yasmina Baddou, Karim Ghellab annoncés à  Casablanca.
Fathallah Oualalou, Faouzi Chaà¢bi et Driss Lachgar attendus
à  Rabat.

Ce mois d’avril, à Rabat, le microcosme partisan a assisté à une scène qui se répétera sans doute à travers le pays dans les semaines à venir. Faouzi Chaâbi, député PPS, a quitté le Parti du progrès et du socialisme (PPS) pour le Rassemblement national des indépendants (RNI). Aussi bien le concerné que son ancien parti insistent : le divorce s’est fait à l’amiable. A l’origine de la séparation, pas de divergences idéologiques ni de désaccords personnels mais tout simplement le fait qu’en enfilant le maillot du parti de Mansouri, M. Chaâbi augmente largement ses chances de se faire réélire conseiller communal et président de l’arrondissement de Souissi à l’occasion des élections communales du 12 juin, mais aussi et surtout de se positionner parmi les prétendants les plus sérieux à la présidence du Conseil de la ville de Rabat. Pour y parvenir, Faouzi Chaâbi compte sur deux alliés fraîchement adoubés RNI : Houssine Kerroumi, ex-PJD, ex-MP, et Saâd Benmbarek, ex-Istiqlal, présidents sortants respectivement de l’arrondissement de Yacoub El Mansour et de celui de Hassan, et candidats à leur propre succession à la tête des mêmes circonscriptions. Si les trois hommes parviennent à se faire réélire à leurs postes respectifs, ils dirigeraient de facto trois des cinq arrondissements de Rabat. Et si cela ne suffit pas pour remporter la «mairie» de la capitale, ils espèrent bien bénéficier du soutien du premier allié du RNI : le Parti authenticité et modernité.
La bataille se déroulera, toutefois, en plusieurs étapes. Dans un premier temps, le PAM, dirigé par Mohamed Cheikh Biadillah, présentera sans doute son propre candidat, à Rabat comme dans le reste du pays. M. Chaâbi devra également affronter le maire sortant de la ville, Omar Bahraoui, candidat à sa propre succession.

L’USFP lance ses ténors à Rabat
Toutefois, les candidats du RNI, du PAM et du MP ne seront pas les seuls à se mobiliser sur la scène politique r’batie. Depuis quelques semaines, d’autres candidats multiplient les signaux, sans s’engager. Dans les couloirs de l’USFP, deux noms reviennent régulièrement : Fathallah Oualalou et Driss Lachgar. La candidature du premier est attendue dans le quartier Hay Riad, tandis que le second hésiterait encore entre plusieurs arrondissements de la capitale dont le Souissi, où un autre ittihadi s’est déjà ouvertement déclaré candidat, sans viser au-delà de la présidence de l’arrondissement. Il s’agit de Rachid Balafrej, cadre de la section locale du parti et proche de l’ancien numéro un de l’USFP, Mohamed Elyazghi. Interrogés sur leurs intentions, MM. Oualalou et  Lachgar gardent le silence. «Nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, aucun militant de l’USFP au Maroc n’est candidat à la présidence du conseil communal, tout le monde est candidat au poste de conseiller», explique M. Lachgar. En effet, à l’instar des autres militants, les deux hommes devraient se soumettre à une longue procédure dont les résultats devront être avalisés par le bureau politique de l’USFP. Le fait que tous deux soient membres du bureau en question n’est pas non plus pour faciliter les choses. C’est que chacun d’entre eux a ses points forts : selon les militants du parti, Fathallah Oualalou, numéro 2 officiel du parti de la rose, aurait à son avantage son long séjour au ministère des finances sous les gouvernements Youssoufi et Jettou, et de bonnes relations en haut lieu, contrairement à Driss Lachgar. Ce dernier, ex-président du groupe parlementaire ittihadi, pourrait toutefois devenir l’homme de la situation au cas où l’alliance USFP- PJD, qu’il a régulièrement évoquée depuis quelques mois, venait à se concrétiser. Reste que, malgré le buzz médiatique autour de l’affaire, qui ne fait pas que des heureux dans les rangs des deux partis, aucune sortie officielle de la formation de Abdelouahed Radi n’est venue confirmer l’existence d’un accord quelconque.
Par ailleurs, rien ne garantit que le PJD ne serait pas tenté de présenter la candidature de l’un des siens à la présidence du conseil si les résultats du 12 juin étaient à son avantage. Le parti de Abdelilah Benkirane semble d’ailleurs mettre les petits plats dans les grands en préparation des élections : si les numéros un et deux du parti, Abdelilah Benkirane et Abdellah Baha, devraient rester hors course, la formation envisage de jeter dans l’arène des cadres comme Mohamed Benkhaldoune, député de Rabat et surtout son numéro trois, Lahcen Daoudi. «Le secrétariat général m’a demandé de me présenter à Rabat, mais je refuse pour le moment», indique toutefois ce dernier.
Autre ville où la bataille s’annonce des plus féroces : Casablanca, avec ses 16 arrondissements, attise également les convoitises. Côté USFP, plusieurs noms sont cités, sans confirmation : Mohamed Mouhib, membre du bureau politique, l’avocat Mohamed Karam et Ahmed Chami, ministre de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies.

Beaucoup de ministres dans la mêlée casablancaise
Une chose est sûre, les candidats ittihadis auront fort à faire face à ceux de l’Istiqlal. Dans l’entourage de Karim Ghellab, ministre istiqlalien des transports, l’on se refuse à parler élections. Toutefois, en mars dernier, le festival Printemps de Sbata, organisé dans l’arrondissement, dont le ministre se trouve être le président, avait plus ou moins volontairement pris une coloration électorale. Du coup, certains se demandent aujourd’hui si le ministre, candidat malheureux à la mairie de Casablanca en 2003, ne viserait pas le poste à nouveau, bien qu’il soit difficile à gérer en même temps que son portefeuille ministériel. Avant d’en arriver là, toutefois, M. Ghellab devra s’assurer que sa candidature n’a pas été plombée par l’échec de son projet de réforme du code de la route. Quoi qu’il en soit, il n’est pas le seul istiqlalien à pouvoir se permettre de viser aussi haut. Yasmina Baddou, ministre de la santé et présidente sortante du conseil de l’arrondissement de Casa Anfa, devrait, en toute probabilité, diriger la liste PI dans le même arrondissement.
Au-delà de la Koutla, d’autres candidatures se profilent à l’horizon. Côté RNI, la rumeur donne trois ministres candidats : Salaheddine Mezouar, actuel ministre des finances, Nawal El Moutawakel, ministre des sports, et Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture. Vérifications faites, ce dernier devrait effectivement se présenter, mais à Tafraoute, comme en 2003, lorsqu’il avait remporté la présidence du conseil régional de Souss Massa Draâ. Quant aux deux premiers, aucune confirmation n’a pu être obtenue à leur sujet.
Une telle mobilisation ne doit cependant pas faire oublier l’équipe sortante. A l’instar de Omar El Jazouli, maire sortant de Marrakech, Mohamed Sajid, président du conseil de la ville de Casablanca, devrait postuler à un deuxième mandat à la tête de la ville. Idem pour ses alliés du PJD. L’un des ténors du parti, Mostapha Ramid, ayant refusé de se présenter, d’autres noms circulent dans la capitale économique comme celui de Abdelaziz El Omari, député de Aïn Sebaâ, Abderrahim Ouattass ou Mostapha El Haya, tous deux membres sortants du conseil de la ville.
Quels que soient les résultats du scrutin, rien ne garantit toutefois que les relations entre M. Sajid et ses alliés seront les mêmes dans deux mois: au lendemain du 12 juin prochain, une alliance UC – PJD suffira-t-elle pour constituer une majorité, à l’heure où la barrière des 6% devrait réduire le nombre d’alliés potentiels ? Et puis, l’entrée en jeu du PAM  ne risque-t-elle pas de briser leur coopération?

A Meknès, le PJD reconduit Aboubakr Belkora
Une chose est sûre, Casablanca n’est pas la seule ville où le PJD devrait envoyer ses ténors au front. A Salé, Driss Sentissi, le maire haraki de la ville, se dit satisfait de son bilan. Candidat à sa propre succession, il dirige une liste comprenant deux tiers de candidats nouveaux dont des jeunes et des femmes. Avant de récupérer son siège, il devra toutefois affronter les candidats de plusieurs partis, dont le PJD, son principal concurrent, l’Istiqlal, le PAM, et le RNI, représenté par Nouredine Lazrek, député de Salé. Sur le terrain, plusieurs noms de poids lourds du parti islamiste circulent sans être toujours confirmés, comme Jamaâ Moatassim, membre du secrétariat général du PJD, Mohamed Yatim, numéro un de l’UNTM, Abdelkader Amara, député de Salé, et même le secrétaire général sortant du parti, Saâd Eddine Elotmani, quoi que ce dernier se serait montré réticent à l’idée de se présenter. Selon les pronostics de l’un des candidats, le MP et le PJD sont les grands favoris du scrutin et pourraient n’être départagés que par leur capacité à passer des alliances avec les élus des autres partis.
Pendant ce temps, à Agadir, Tarik Kabbage, maire USFP sortant de la ville, se re-présente, idem à Tétouan où Rachid Talbi Alami est candidat RNI à un second mandat. Même scénario aussi à Oujda où le Mouvement populaire a été contraint de «remettre de l’ordre dans ses candidatures» après que, sous la houlette de Lakhdar Haddouche, son équipe sortante, candidate à une réélection présentée comme gagnée d’office, a troqué son maillot du parti haraki contre celui du PAM.
A Meknès, le PJD, qui pourrait être le grand bénéficiaire de l’instauration du seuil de répartition des sièges de 6%, a de fortes chances de reprendre la présidence du conseil occupée par un cadre du PRE depuis la révocation de Aboubakr Belkora en février. Le parti islamiste s’est même offert le luxe de faire un pied de nez au ministère de l’intérieur en désignant ce dernier à la tête de sa liste électorale. La preuve, explique M. Daoudi, que «le PJD ne lâche pas les siens, quel qu’en soit le prix». A moins d’une surprise, M. Belkora devrait donc pouvoir regagner son siège. Il n’est d’ailleurs pas le seul maire sortant du parti islamiste à diriger une liste électorale locale, des candidatures similaires étant attendues à Témara, Ksar El Kébir et Oued-Zem. A Kénitra, le parti de la lampe présentera l’ex-dirigeant de sa Chabiba, Abdelaziz Rebbah, tandis qu’à Tanger le député Najib Boulif devrait mener les troupes.
A Fès, toutefois, où l’on évoque, entre autres, la candidature de Abdellah Abdellaoui, député local, les choses devraient se présenter différemment. A l’instar de Salé, le sort de la présidence du conseil de la ville devrait se jouer en fonction des alliances, auquel cas l’équipe de l’istiqlalien Hamid Chabat devrait partir favorite même si elle récolte moins de voix. Une étape où le RNI devrait jouer un rôle non négligeable, et où le ministre du tourisme Rniste, Mohamed Boussaïd, serait tenté de se présenter, mais sans viser la présidence du conseil.
Au-delà des candidatures, difficile de prévoir l’issue des élections. Si bon nombre de candidats sont connus, cette année est marquée par deux inconnues : le PJD, qui, pour la première fois, se présente sans limiter ses candidatures, et le PAM, dont la première expérience électorale, à l’occasion des législatives partielles de septembre 2008, a été à la fois décevante (un seul élu) et prometteuse au vu du nombre de voix récoltées. Les deux partis, à défaut de prendre la tête des conseils communaux, deviendront-ils des faiseurs de majorité?