Maroc – Gouvernement : rumeurs, pronostics et réalité

Le gouvernement sera formé de moins de 30 ministres et ministres délégués. L’architecture de l’Exécutif devrait être annoncée ce vendredi, l’équipe au complet sera connue avant mercredi prochain.

Les Marocains connaîtront le 30e gouvernement de l’après-indépendance moins de 30 jours après les législatives du 25 novembre. Et il sera formé d’environ 30 membres. Selon des sources proches de M. Benkirane, la composition du gouvernement devrait être connue vers le 20 décembre. Mercredi 14, alors que nous mettions sous presse, le secrétariat général du PJD devait se réunir, en fin d’après-midi, pour discuter des derniers détails de l’architecture du futur gouvernement. Au sein de la direction du parti, on parle déjà d’une structure autour de trois pôles : le politique, l’économique et le technique et le social.
Le PJD penche également pour un cabinet formé de 28 membres, tous des ministres ou des ministres délégués avec probablement un seul poste de ministre d’Etat. Il sera également créé, et c’est une nouveauté, un poste de vice-président du gouvernement. Il n’y aura donc pas de secrétariat d’Etat.
En parallèle aux travaux du secrétariat général, la commission de l’organisation et des structures du parti planchait sur les procédures de désignation des candidats à la ministrabilité au nom du parti. Ladite procédure devrait être finalisée vendredi 16 décembre pour être validée samedi 17 lors du conseil national du parti. Une charte d’honneur qui engagera les futurs ministres du PJD devrait être approuvée par la même occasion. Ces derniers s’engageront à reverser 20% de leurs appointements à la trésorerie du parti. Le document leur interdit également, selon une source proche de la direction du parti, d’exercer une quelconque activité commerciale, l’abus de pouvoir, les conflits d’intérêts ou encore d’accaparer la prise de décision. Pour le moment, cette charte ne devrait pas concerner les ministres proposés par les autres partis. Ces derniers seront toutefois appelés à signer une autre charte gouvernementale dont l’élaboration a été confiée depuis mercredi, 14 décembre, à une commission ad hoc formée par les quatre partis de la majorité. Cette charte de la majorité a pour objectif d’instaurer d’abord une éthique de gouvernement et veiller à la cohésion, l’efficacité et la complémentarité des différentes compositions de l’équipe gouvernementale. Les formations de la majorité ont également mis en place, depuis mardi, une autre commission dans laquelle siègent deux membres de chaque parti qui a pour mission de rédiger le programme d’action du gouvernement ainsi que la déclaration gouvernementale.
Pour ce qui est de la répartition des portefeuilles ministériels, elle devrait intervenir après que le secrétariat général du PJD ait approuvé l’architecture du gouvernement. Tous les partis devront se servir dans les trois pôles «pour que la responsabilité gouvernementale soit partagée», explique-t-on dans l’entourage d’Abdelilah Benkirane. Une certitude, selon Lahcen Daoudi, secrétaire général adjoint du parti, «la répartition fera l’objet d’un consensus entre les quatre membres de la majorité. Nous n’allons pas nous servir en premier et laisser ensuite les autres partis choisir dans le reste». Il n’en reste pas moins que, selon la direction du PJD, ce dernier ne renoncera pas au ministère des finances, à la vice-présidence du gouvernement et au ministère des affaires générales qui va généralement avec la Primature. «Tout le reste est négociable», affirme Lahcen Daoudi. En gros, la répartition des portefeuilles sera proportionnelle au nombre de sièges remportés mais aussi selon le poids politique de chaque parti. Selon cette logique, le PPS, qui dispose à peine de 18 sièges, ne devrait pas être lésé.

Le gouvernement de la rumeur et les rumeurs du gouvernement

Entre-temps, les pronostics fusent de toutes parts. La rumeur fait et défait le gouvernement à mesure que les négociations avancent. On accorde au PJD les ministères de la justice, l’habitat, l’enseignement, les affaires générales, les relations avec le Parlement, la culture, l’information et les arts ainsi que le Secrétariat général du gouvernement. L’Istiqlal s’est vu accorder, entre autres, le ministère de l’industrie à la tête duquel on a placé Nizar Baraka. Les pronostics accordent le ministère des affaires étrangères au PPS qui serait dirigé par Nabil Benabdallah (on le dit aussi au tourisme tandis que les affaires étrangères reviendraient à Hassan Abouayoub du MP) et au MP celui de l’Intérieur qui serait chapeauté par Mohand Laenser. Il n’est pas exclu, information recueillie auprès de la direction du PJD, que l’Intérieur ait un démembrement sous la forme d’un ministère délégué aux Collectivités territoriales. «Cette configuration est imposée par la mise en œuvre dans les mois à venir de la régionalisation avancée», explique cette source de l’entourage de Benkirane. Pour le reste, les noms des ministrables remplissent les pages des journaux et des sites d’informations sur le web. Certains sont lancés comme ballon d’essai, juste pour voir la réaction des centres de décision. Ainsi, Abbas El Fassi aurait affirmé, selon des sources du parti, avoir reçu plus d’une centaine de candidatures. Au PPS, ce sont, en plus du secrétaire général, les noms de Guejmoula Abbi et Amine Sbihi qui sont les plus évoqués. De même pour Mohamed Ouzzine, Driss Merroune, Lahcen Haddad, Hakima Haiti et Mohamed Jawad du Mouvement populaire. Ces deux partis ont également instauré leurs propres critères de sélection. C’est la compétence politique et professionnelle et surtout l’attachement au PPS. Au MP, «les compétences académiques, l’expérience dans le domaine de la gestion et la maîtrise d’au moins deux langues étrangères sont les critères requis pour la ministrabilité», affirme un membre du bureau politique du parti. La jeunesse du candidat est également un atout. «Plus le candidat est jeune, mieux c’est», affirme cette source de la direction du parti.
De toute façon, c’est aux secrétaires généraux des trois partenaires du PJD que le choix des candidats a été confié. Ces derniers sont flanqués de leurs proches collaborateurs lors des différentes réunions avec le chef du gouvernement désigné, il s’agit de l’ancien ministre Essaid Ameskane pour le MP, Mohamed Soussi, inspecteur général du parti pour l’Istiqlal, et Abdelouahed Souhail pour le PPS. Abdelilah Benkirane, lui, est accompagné dans toutes ses activités par son ami de longue date, Abdallah Baha, donné également comme futur titulaire du poste de vice-président du gouvernement.  
Depuis le début des négociations, le jour même de la nomination du chef du gouvernement, le PJD a opté pour une démarche méthodique. Ses premiers contacts avec les autres partis ont porté, d’abord, sur le principe de la participation au gouvernement. Il a attendu, ensuite, que les conseils nationaux des partis qui ont répondu oui valident les décisions de leurs instances exécutives. Les parlements du PPS, de l’Istiqlal et du MP ont donné leur accord pour la participation au gouvernement le week-end du 10 et 11 décembre. Lundi 12 décembre, les quatre partis de la majorité se sont réunis pour trancher la question de la présidence du Parlement. «La logique démocratique a voulu qu’elle soit confiée à l’Istiqlal étant donné que c’est lui, parmi les trois alliés du PJD, qui a remporté le plus grand nombre de sièges», assure-t-on (voir En direct page 6).  Le lendemain, mardi, une autre réunion a été tenue en fin de soirée pour évoquer l’architecture du futur gouvernement. Lors de cette même réunion, il a été décidé de mettre en place les deux commissions, celle chargée de l’élaboration du programme gouvernementale et celle qui a la charge de rédiger la charte gouvernementale.
Depuis le début du processus de la formation de sa majorité et ensuite de son gouvernement, Abdelilah Benkirane a veillé à ce que tout se passe dans la transparence. A chacune de ses initiatives, le chef du gouvernement a toujours tenu à en rendre compte lors des points de presse qu’il organise régulièrement au siège du parti. C’est lors de ces sorties médiatiques que le chef du gouvernement désigné a évoqué certains chantiers prioritaires auquel devrait s’atteler, sans attendre, son gouvernement. Il s’agit des domaines de la Santé, l’Emploi, l’Enseignement, la Justice et le Logement. On parle déjà, à moins que ce ne soit une rumeur, d’un coup médiatique qui accompagnerait l’annonce de la composition du gouvernement : 100 mesures phare à lancer lors des 100 premiers jours de l’Exécutif.