L’USFP entame sa restructuration… sans dirigeant !

Aucun candidat à  la succession n’est en vue, la transition sera gérée par une direction collégiale.
C’est le bureau politique qui devra préparer le VIIIe congrès.
Le parti devra rapidement dépasser la crise pour se préparer aux élections communales.

Samedi 1er décembre, à  Rabat. Il est 2h30 du matin lorsque la séance au Parlement est enfin levée. Après une bataille de plusieurs semaines, la Loi de finances 2008 a enfin été votée par la Chambre des représentants par 96 voix pour, 67 contre et 0 abstention. Les chiffres ont beau paraà®tre faibles, il s’agit d’un petit record de participation, même si une partie des députés avait déclaré forfait un peu avant, lorsque le vote des amendements de l’USFP avait laissé deviner l’issue du vote final. «Soutien critique» au gouvernement oblige, les députés du parti de la rose se sont offert le luxe de malmener le ministre RNI de l’économie et des finances, Salaheddine Mezouar, au moins autant que les formations de l’opposition, obtenant des concessions importantes au passage. Deux mois après sa contre-performance aux législatives, l’USFP travaille dur pour retrouver le panache qui avait caractérisé ses interventions jusqu’à  l’Alternance. «Depuis le début de la législature, la position du groupe a été de garder une certaine distance, au sens positif du terme, avec la direction du parti et le gouvernement. Nous voulions avoir plus d’indépendance et de liberté d’action que dans la législature précédente, ce qui constituait un handicap pour beaucoup de choses», explique Khalid Hariri, député d’El Jadida et monsieur Finances du groupe.

Un dénouement inévitable dès lors que les médias ont appris la nouvelle
Cette belle performance pourra-t-elle s’inscrire dans la durée ? Privé de ses chefs depuis la démission conjointe de Mohamed Elyazghi et de Abdelouahed Radi, l’USFP, officiellement dirigé de manière collégiale par son bureau politique, se prépare à  traverser aujourd’hui une période de turbulences jusqu’à  son prochain congrès ordinaire, début 2008.
Flash-back. Nous sommes samedi 29 novembre lorsque, venus assister à  une réunion ordinaire du bureau politique, le premier secrétaire de l’USFP, Mohamed Elyazghi, et son second, Abdelouahed Radi, se voient imposer de démissionner, de gré ou de force, et ce dans les trois jours. Coà¯ncidence ou fuite organisée, très vite, l’information arrive jusqu’aux médias. Le lundi suivant, la nouvelle apparaà®t dans la presse, rendant le dénouement de l’affaire désormais inévitable pour un Mohamed Elyazghi qui, dans un premier temps, avait tenté de résister. Le jour même, toujours via les médias, il annonce son départ, appelle à  l’organisation du VIIIe congrès ordinaire dans les plus brefs délais, et gèle sa participation au bureau politique jusqu’à  la prochaine rencontre du conseil national, prévue dans quelques semaines.
Abdelouahed Radi cède à  son tour, mais se maintient au bureau politique, créant la surprise le 4 décembre, lorsqu’il fera son apparition à  la réunion de ce dernier, destinée à  confirmer la double démission. Aussi brutal qu’il paraisse, l’incident, à  en croire les initiés, était prévisible depuis des semaines ; et il en rappelle un autre.
C’était en 2003, quelques mois après les élections communales, que Abderrahmane Youssoufi avait choisi la presse pour claquer la porte de son parti, avant d’annoncer la nouvelle au bureau politique. Critiqué à  la suite de la contre-performance de l’USFP aux législatives de 2002, confirmée par la perte de la Primature, et aggravée par celle de plusieurs «mairies» clés comme Casablanca ou Rabat, le Premier ministre de l’Alternance risquait de se retrouver dans la position du bouc émissaire.
Ironie du sort, son successeur, Mohamed Elyazghi, s’est, à  son tour, vu reprocher la contre-performance de son parti aux législatives de septembre o๠ni l’opération portes ouvertes ni le recours à  des candidatures de notables, parfois aux dépens de militants du parti, n’ont suffi à  enrayer la perte de près de 400 000 voix et de 14 sièges à  la Chambre des représentants. Autre erreur, Mohamed Elyazghi aurait bradé la participation de son parti au gouvernement, agissant seul, alors que les réunions organisées au sein du bureau de son parti avaient «insisté sur le fait qu’aucune décision ne devait être prise concernant notre participation, nos portefeuilles ministériels ou leurs détenteurs sans l’aval du bureau politique», explique ce militant. «A partir de là , les membres du bureau politique se sont braqués». La révolte qui survient alors, à  l’USFP tout comme chez d’autres partis, lui coûtera d’autant plus cher que l’absence de certains noms dans l’équipe gouvernementale fera de certains de ses alliés les plus proches des adversaires particulièrement féroces. La situation est d’autant plus gênante que, malgré ses efforts, le chef du parti n’aurait obtenu qu’un ministère sans portefeuille après s’être vu refuser trois portefeuilles : la justice, les affaires étrangères et le développement territorial.

Des calculs du bureau politique ?
Toutefois, les similitudes entre la démission de Youssoufi et de Elyazghi sont limitées. Si le premier a surpris son entourage en choisissant le départ de lui-même, le second a bel et bien été sanctionné par le bureau politique du parti, comme le laissait prévoir le désaveu exprimé par le choix du «soutien critique» au gouvernement quelques semaines plus tôt. «C’est une réaction tout à  fait légitime, et ceci démontre aux yeux des militants et des Marocains en général que le bureau politique de l’USFP est maà®tre de ses décisions, et non pas un parti o๠le leader est tout», explique ce militant. Le geste du bureau politique fait aussi l’objet d’autres interprétations : selon une source proche de Abdelouahad Radi, la démission des deux hommes s’explique simplement par la volonté d’appliquer le concept de soutien critique jusqu’au bout en éliminant les ambiguà¯tés suscitées par la présence de deux de ses dirigeants au sein du gouvernement. Dans cette situation, Mohamed Elyazghi, premier secrétaire et ministre d’Etat, et Abdelouahed Radi, vice-premier secrétaire et ministre de la justice, étaient directement concernés. Ailleurs, et cette explication apparaà®t comme la plus en vogue au parti, l’on estime que le départ des deux dirigeants était avant tout un signal adressé au conseil national, aux militants de l’USFP, et au grand public en général pour signaler que le bureau politique était à  leur écoute. «Nous ne sommes pas une direction déconnectée. Nous suivons de très près ce qui se passe au niveau des bases et de l’opinion publique, et il ne faut pas voir seulement la décision en elle-même, mais le contexte dans lequel elle est survenue», confirme Driss Lachgar, membre du bureau politique du parti. Soit.
Pourtant, tous les militants ne sont pas à  l’aise face à  la brutalité de la méthode employée, considérant que le premier secrétaire du parti n’est finalement pas le seul responsable des erreurs commises : «Il y a une responsabilité commune du bureau politique, concernant ce qui s’est passé lors et après les élections. Pour moi, toute l’équipe dirigeante doit démissionner», explique ce militant. Le bureau politique a-t-il alors choisi de sacrifier M. Elyazghi pour amadouer le conseil national et éviter ainsi de se faire dissoudre à  son tour ?
Une chose est sûre, si c’est là  son seul objectif, la tête du premier secrétaire est d’emblée insuffisante. Au-delà  de cette étape qui ne constitue qu’un premier pas vers la refondation du parti, l’instance se doit aussi de se rendre au Conseil national, un plan d’action en main, pour la préparation du congrès, insiste Larabi Saà¯di, membre du Conseil national du parti. Ensuite, explique-t-on au parti, il s’agira de mettre en place une commission préparatoire très large, destinée à  préparer le congrès avec la participation de toutes les tendances du parti, sans exclusive, comprenant entre autres aussi bien des membres du secrétariat national du parti que de la jeunesse ittihadie, ou encore des organismes professionnels.

Quel successeur pour Elyazghi ?
Une tâche qui s’annonce compliquée, d’autant plus qu’en quittant la tête du parti, Mohamed Elyazghi a laissé le vide derrière lui : contrairement à  ce qui se passe dans beaucoup d’autres formations dans ce genre de situation, aucun nom n’est encore sorti du lot pour la succession au poste de premier secrétaire, ne serait-ce que pour jouer un rôle de coordinateur durant les quelques mois qui séparent le parti de son prochain congrès. Fathallah Oualalou ? Mohamed Achâari ? Habib El Malki ? Driss Lachgar ? Des noms circulent, mais sans plus, car ni les membres du bureau ni, encore moins, les concernés ne souhaitaient faire de commentaire à  ce sujet.
Prudence ? Certainement, car il faut reconnaà®tre que, dans le contexte actuel, tout individu qui oserait se mettre en avant court le risque d’être descendu en flammes par la base ittihadie. En examinant le profil du dirigeant idéal de l’USFP, l’on se rend aussi compte que le choix est extrêmement réduit : disposant d’une capacité organisationnelle, le concerné devra être reconnu au sein du parti, et faire l’objet d’un consensus aussi bien au sein de sa formation qu’auprès de l’opinion publique auprès de laquelle il devrait avoir une certaine aura. Au-delà , la capacité du successeur d’Elyazghi à  se faire accepter par les autres acteurs politiques, et notamment le pouvoir, sera également déterminante, explique ce cadre du parti. En attendant l’émergence de ce profil, l’USFP devra se débrouiller sans chef d’orchestre pour se trouver une voie d’ici le prochain congrès. Et comme si cela ne suffisait pas, l’approche des communales lui interdit de traà®ner en route.