L’UGTM reprise par ses vieux démons

Les adversaires du Sg de l’UGTM estent en justice et dénoncent une falsification de documents
Un congrès anti-Afilal est prévu en mars 2006.
L’intermédiation de l’Istiqlal aura été un échec.

«La Cour a confirmé qu’il y a eu falsification des statuts [de la Fédération de l’enseignement de l’UGTM]. Le tribunal a lancé une enquête. Oui, c’est bien Abderrazak Afilal qui a falsifié les documents». L’affirmation est de Mohamed Benjelloun Andaloussi, secrétaire général de la Fédération de l’enseignement de l’UGTM, et nous sommes le mardi 27 décembre. «Nous attendons de consulter notre avocat pour connaître la démarche à suivre», ajoute-t-il.
Le feuilleton UGTM, qui a défrayé la chronique tout au long de l’été 2005, prendra-t-il fin devant la justice ? Rien ne sera sûr avant l’audience du 17 janvier prochain, même si un air de réchauffé plane désormais sur l’affaire.

Flash-Back. Mohamed Benjelloun Andaloussi, expulsé du syndicat par Abderrazak Afilal en juillet dernier et remplacé par un des hommes du vieux leader, avait contre-attaqué en le traduisant en justice. L’affaire en avait généré une seconde. «Il s’est avéré que les statuts de la Fédération, présentés par Afilal à la Cour pour prouver qu’il pouvait convoquer le Conseil national de ladite fédération, étaient falsifiés car il s’est arrogé des pouvoirs relevant du secrétaire général, alors qu’il n’occupait qu’un poste de président, honorifique par définition», explique Mohamed Larbi Kabbaj, ex-bras droit du vieux leader. Les implications sont graves puisqu’elles signifient qu’il y a eu faux et usage de faux. Pourtant, interrogé lundi 26 décembre à ce sujet, Afilal, désormais représenté par un nouvel avocat, répondait calmement que c’était Benjelloun Andaloussi qui avait présenté de faux documents…

Ironie du sort, en septembre dernier, c’était Afilal qui entendait traduire Kabbaj en justice, entre autres pour falsification du logo et de l’en-tête du syndicat. Là encore, il ne s’agissait que de l’un des multiples rebondissements du scandale, déclenché lorsque Afilal et ses adversaires – Benjelloun Andaloussi, Mohamed Kabbaj, Mohamed Titna Alaoui et Hamid Chabat – s’étaient mutuellement exclus de l’UGTM en juillet dernier. La tension avait atteint un tel degré que les autorités avaient posté des agents d’autorité au siège du syndicat ainsi qu’à proximité du bureau de Casa-Port, pour empêcher les partisans des deux camps d’en arriver aux mains, le leader ayant même menacé d’avoir recours aux bâtons et aux chiens contre ses adversaires si l’envie les prenait de venir le déposer.

Comme pour renforcer l’impression de déjà vu qui se dégage de cette affaire, lors d’une conférence de presse organisée à Rabat le 22 décembre dernier, la «commission de rectification» anti-Afilal a annoncé la prochaine tenue du congrès de l’UGTM en mars 2006. «Nous sommes en contact permanent avec les unions régionales et les fédérations. Le conseil général va se réunir pour élire une commission pour la préparation du congrès», explique M. Kabbaj. Objectif ? Profiter de l’événement pour éjecter le vieux leader, qui, depuis le début de la crise, répète à qui veut l’entendre que seul le congrès peut le déposer. «Ce sont des gens qui ont été renvoyés de l’UGTM et qui n’existent plus en tant que membres du syndicat. Ils disent qu’ils vont tenir le congrès. Qu’ils réunissent d’abord le conseil général, s’ils le peuvent», martèle de son côté M. Afilal, et d’ajouter que rien ne les empêche de profiter du congrès pour créer un nouveau syndicat…

Abbas El Fassi lâchera-t-il Abderrazak Afilal ?
Ainsi, déçus par les négociations entamées sous la houlette de l’Istiqlal, les adversaires d’Afilal ont ressorti leur plan original, mis au placard après l’intervention de Abbas El Fassi, l’automne dernier.
Afilal sera-t-il donc vraiment un homme fini le 17 janvier ? L’adresse avec laquelle le syndicaliste a su renverser les situations à son profit cet été a montré que le vieux leader, en poste depuis les années 60, a encore plus d’un tour dans son sac. Pourtant, sera-t-il toujours capable de retomber sur ses pieds alors que sa situation devient de moins en moins tenable dans le cadre de l’affaire Laâfora et Slimani, et que ses anciens compagnons menacent à nouveau de le traduire en justice pour sa gestion des finances du syndicat ? Pour le moment, le vieux syndicaliste, de même que ses principaux adversaires, restent protégés par l’immunité parlementaire, mais rien ne dit que l’Istiqlal, dirigé par un Abbas El Fassi qui ne le porte pas vraiment dans son cœur, ne décidera pas d’en profiter pour le lâcher, malgré son statut de membre du bureau politique.

Le secrétaire général de l’UGTM pourra-t-il survivre à une énième tempête ? Cette fois-ci ses partisans l’accusent de faux et usage de faux.