L’Istiqlal renouvelle son comité central et le PJD dénonce l’intervention de l’Etat

Le doyen des partis innove en se fixant un quota de 20% de femmes.
Le Conseil national du PJD reste marqué par l’impact des événements
du 16 Mai.

Les six cents membres du conseil national (CN) de l’Istiqlal étaient en conclave les 12 et 13 décembre pour élire les cent membres du comité central du parti. Une élection qui intervient dix mois après la tenue du XIVe Congrès national du Parti de l’Istiqlal en mars dernier.
Doté d’un rôle purement consultatif avant le XIVe Congrès, le comité central a désormais un pouvoir délibératif. Auparavant, il était une sorte de comité d’experts qui avait pour mission d’éclairer les choix du conseil national et ceux du comité exécutif. Depuis le dernier congrès du parti, ce rôle a été considérablement renforcé.
En vertu des nouveaux statuts de l’Istiqlal, le comité central se réunit tous les deux mois, entre deux sessions du conseil national. Pour quoi faire alors que la gestion du parti et les décisions majeures restent du ressort du comité exécutif. Au comité central revient le droit de décider dans certaines questions importantes. A titre d’exemple, nous confie Nizar Baraka, membre du comité exécutif, «c’est à cette instance que sera confiée, lors de sa réunion programmée dans deux mois, la tâche de se pencher sur l’actualité de la réforme constitutionnelle».
Les nouveaux statuts du parti ont apporté une deuxième innovation : le renforcement de la représentation féminine au sein du comité central par la fixation d’un quota de 20 %. Sur la vingtaine de femmes portées au comité central, citons quelques noms connus et moins connus : Yasmina Badou (secrétaire d’Etat chargée de la Famille), Zoubida Fennich (candidate aux dernières législatives à Salé), l’écrivain Khnata Bennouna ou Mahjouba Zoubeïri, députée et épouse de Abderrazak Affilal.

L’Istiqlal se dote d’une commission de discipline
Parmi les membres masculins les plus connus de ce comité central, citons également Karim Ghellab (ministre de l’Equipement et du Transport), Bouamar Taghouane (ancien ministre de l’Equipement), Mohamed Kafi Cherrat (cadre UGTM), Abdelkébir Zahoud (secrétaire d’Etat chargé de l’Eau), Ahmed Kadiri (député et président de l’arrondissement communal du Maârif) ou encore l’ancien ministre de l’Energie, Youssef Tahiri.
En plus du comité central, le Conseil national a élu une Commission de discipline et d’arbitrage. Une sorte de tribunal du parti dont le rôle est de statuer sur les plaintes et les litiges qui lui sont soumis.
Mais, à part cela, «il n’y a eu, lors de ce conseil national, aucun débat politique de fond», ironise un membre du comité exécutif. Cependant, on peut néanmoins relever quelques rappels figurant dans le communiqué final publié à l’issue de cette réunion, comme l’appel à la création d’un conseil supérieur des Marocains de l’étranger ou à l’adoption la plus rapide possible du projet de loi sur les partis politiques.
L’autre conseil national qui s’est tenu le week-end du 12-13 décembre est celui du PJD. Une session ordinaire tenue à la fin de chaque année pour évaluer la situation politique et organisationnelle du parti. Cette session revêt pour le PJD une signification particulière, puisqu’elle est la dernière avant le congrès national, prévu les 9, 10 et 11 avril 2004. D’ailleurs, une commission préparatoire présidée par Lahcen Daoudi, membre du secrétariat général, a été formée à cet effet.
Même si ce conseil national s’est réuni sous le mot d’ordre «Une mobilisation générale pour la consolidation de l’unité nationale», il faut dire que les séquelles des événements du 16 Mai sur ce parti à référentiel islamique continuent de peser lourdement sur ses débats. Peut-on placer dans ce cadre les récents interrogatoires d’Ahmed Raïssouni, directeur du quotidien Attajdid et du secrétaire général du parti, Abdelkrim Khatib, par la Brigade nationale de police judiciaire (BNPJ), mardi 9 décembre ? On peut se poser la question.

Le conseil national du PJD s’étonne de l’interrogatoire de Khatib
Ces deux responsables ont été interrogés à propos d’un compte bancaire créé en 1993 pour collecter des fonds au profit des musulmans de Bosnie-Herzégovine, et intitulé «Itilaf Al Khaïr». Un compte qui sert actuellement à collecter des fonds au profit des Palestiniens. Dans son édition du vendredi 12 décembre, le quotidien Attajdid s’est insurgé contre «une certaine presse qui fait feu de tout bois pour alléguer que les pouvoirs publics auraient d’ores et déjà entamé le processus de dissolution du PJD».
Cette affaire n’a pas manqué de jeter «une ombre sur les travaux du conseil et d’alimenter quelques débats, mais elle n’a pas été au centre de ses travaux», a déclaré Abdellah Baha, membre du secrétariat général du PJD, à La Vie éco. Mais un passage du communiqué final du conseil national n’a pas manqué l’occasion de souligner «l’étonnement du conseil à l’égard de l’interrogatoire subi par le docteur Khatib».
Enfin, le dernier point qui a fait l’objet d’un vif débat au sein du conseil, et qui apparaît en termes clairs et virulents dans le communiqué final de la réunion, est l’insistance sur l’indépendance politique du parti : «Le PJD rejette toute intervention de la part de quelque appareil d’Etat que ce soit dans les affaires intérieures du parti». Ce dernier exprime «son attachement à choisir lui-même ses options et à adopter ses propres décisions, en toute liberté, indépendance et responsabilité»