L’Istiqlal là¢che Abdelkrim Ghallab

Censuré dans les colonnes d’«Al Alam», journal qu’il dirigeait, il claque la porte du journal et du parti.
L’affaire Affilal n’a fait que cristalliser les nombreuses divergences qui se sont fait jour entre Ghallab et l’Istiqlal au cours des dernières années.

Abdelkrim Ghallab, le ténor istiqlalien, tourne la page. Dimanche 13 juillet, il a démissionné à la fois de la direction d’Al Alam et du parti au sein duquel il occupait des fonctions importantes. A quatre-vingt-cinq ans, dira-t-on, il était temps ! Et pourtant, son départ n’a rien à voir avec l’âge et s’est fait avec fracas. Retour sur les trois jours qui ont secoué l’Istiqlal.
Vendredi 9 juillet, le quotidien Al Alam, journal du parti de l’Istiqlal, reçoit une correspondance de son bureau régional de Casablanca intitulée «Le réseau Laâfora tente de se venger de Abderrazak Affilal». L’article n’est ni plus ni moins qu’une défense en règle du secrétaire général de l’UGTM face aux accusations portées contre lui dans la presse par les amis de l’ex-gouverneur Abdelaziz Laâfora, en détention provisoire.
Abdelkrim Ghallab, directeur de publication, s’oppose catégoriquement à la publication de la correspondance. Une opposition qui ne durera pas. Il finit par céder aux pressions de la direction du parti, mais prend le soin d’accompagner l’article en question d’un entrefilet où il dégage toute responsabilité quant à la publication de ce texte.

Il ne voulait pas que son quotidien soit mêlé à une affaire «sale»
Coup de théâtre dans l’édition d’Al Alam datée du samedi 10 juillet. L’article prenant fait et cause pour Abderrazak Affilal est publié à la une et l’entrefilet de Ghallab purement et simplement censuré ! Pour ce dernier, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Dimanche 11, il rédige sa lettre de démission du journal et du parti et l’adresse à la MAP. Une démission qu’il considère comme définitive et irrévocable. D’ailleurs, dès mardi 13, son nom disparaît de l’ours du journal.
Pourquoi un tel coup de colère ? Abdelkrim Ghallab développe trois arguments. Primo, il estime que le quotidien istiqlalien n’a, à aucun moment, repris dans ses colonnes les accusations portées par MM. Laâfora et Slimani contre M. Affilal. «Pourquoi voulez-vous donc qu’on serve de plate-forme pour répondre à des accusations que nous n’avions ni reprises, ni propagées», se défend M. Ghallab (voir interview en pages suivantes).
Secundo, l’affaire étant devant la justice, «Al Alam ne devait pas s’immiscer dans une affaire en cours de jugement». Enfin : «Je répugnais à mêler un quotidien respectable à une affaire sale», déclare M. Ghallab.
Dans l’absolu, ces arguments sont recevables. Mais il se trouve que le quotidien Al Alam est l’organe de presse officiel du Parti de l’Istiqlal et que Abderrazak Affilal est secrétaire général de la centrale syndicale istiqlalienne, l’UGTM, député du parti, élu à Casablanca et membre de son comité exécutif. D’ailleurs, cette instance du parti avait décidé, lors de sa dernière réunion, de défendre M. Affilal.
Sans se prononcer sur les accusations portées contre lui et sachant qu’il n’est pas poursuivi en justice, il est légitime que la presse de son parti défende M. Affilal. Et cela, M. Ghallab ne l’a pas accepté. Il en a tiré les conclusions en démissionnant.
Par ailleurs, selon les détracteurs de M. Ghallab, l’hostilité l’opposant à M. Affilal n’est un secret pour personne. Ils rappellent que M. Affilal a une part de responsabilité dans la défaite électorale de M. Ghallab lors des législatives de septembre 1984.
Ils soulignent aussi que M. Ghallab s’était farouchement opposé à l’élection de M. Affilal au comité exécutif lors du XIIe congrès national du parti, en 1989. Il aurait même menacé de démissionner du parti si M. Affilal était porté à l’instance exécutive de l’Istiqlal. Mais il a dû renoncer à mettre sa menace à exécution. Malgré les dénégations de Ghallab, cette inimitié a certainement pesé sur cette affaire et sur les réactions et décisions de ce vétéran de l’Istiqlal
Enfin, il faut bien souligner que l’affaire Affilal n’a été que la manifestation d’un malaise plus profond. Ces dernières années, les divergences du ténor avec le parti ont été telles que Abdelkrim Ghallab n’assistait plus régulièrement aux réunions du comité exécutif.
Haut responsable de l’Istiqlal depuis 55 ans !
Une page est donc tournée. Le moins que l’on puisse dire est que M. Ghallab, directeur de publication du quotidien Al Alam et membre du comité exécutif et du conseil de la présidence du Parti de l’Istiqlal, est un homme comblé. Ce «jeune homme» de 85 ans n’a finalement qu’un défaut… de taille : il a eu du mal à passer la main. En effet, loin de prendre exemple sur un M’hammed Boucetta, qui avait refusé de se représenter à la présidence du Parti de l’Istiqlal en février 1998, Abdelkrim Ghallab s’est accroché jusqu’au bout à ses fonctions. Il a été membre du comité exécutif de son parti depuis 1949. Il était membre de cette instance avant même la naissance de certains de ses membres actuels ! Mieux encore, M. Ghallab a été directeur de publication du quotidien Al Alam pendant 40 ans! Son départ aurait dû intervenir plus tôt. Certes sa démission n’a pas été acceptée par le parti mais qu’on ne s’y trompe pas, entre les deux, le divorce est consommé.
Reste une question de taille : qui succédera à M. Ghallab à la tête du quotidien Al Alam? Deux noms circulent : Abdeljabbar Sehimi, actuel rédacteur en chef d’Al Alam et Mohamed Larbi Messari, ancien secrétaire général du SNPM, ancien ministre de la Communication et directeur de ce quotidien istiqlalien de 1981 à 1985 lors du passage de M. Ghallab au gouvernement. Mais l’Istiqlal préférera peut-être un outsider. Dans tous les cas, la tâche du successeur sera lourde car il faudra redresser les ventes et repenser le concept même du journal partisan

Le successeur de Abdelkrim Ghallab (photo) à la tête d’«Al Alam» aura la lourde tâche de repenser la conception du journal partisan et d’en redresser les ventes.