L’Istiqlal fait chou blanc

4 candidats, dont 3 de la majorité, ont brigué la présidence
de la première Chambre.
La stratégie d’Abdelwahed Radi visant à  attirer les voix de
l’opposition a bien fonctionné.
L’Istiqlal se retrouve isolé aussi bien sur sa droite que sur sa
gauche.

Ils sont presque tous là . A part quelques têtes d’affiche retenues pour une raison ou pour une autre, les groupes parlementaires n’ont pas hésité à  battre le rappel de leurs troupes et ce parce qu’il y avait fort à  faire dans l’enceinte du Parlement. Abdelwahed Radi, président de l’Assemblée depuis déjà  huit ans, en passe de battre un record de longévité à  la tête de cette institution, aura cette année beaucoup de mal à  se faire réélire ! C’est du moins ce qu’on murmure dans les popotes partisanes.
Tout a commencé il y a une dizaine de jours. L’Istiqlal, qui se contentait, sans incidence notable, d’asticoter tour à  tour l’USFP et Driss Jettou par des prises de position critiques vis-à -vis du travail de la majorité et du gouvernement, semble, cette fois-ci, décidé à  tailler des croupières aux socialistes. Pour ce faire, il lorgne le poste qu’occupe Abdelwahed Radi. L’attitude de l’Istiqlal incite la Mouvance populaire à  agir de même en mettant en avant le même argument que le parti nationaliste : la loi du nombre. Si la présidence de la première Chambre doit revenir au groupe le plus important numériquement, la Mouvance populaire est de loin la première. Sur fond de calculs politiciens, les intentions des uns et des autres se fondent «officiellement» sur la logique de la compétition démocratique. Pour le président de la première Chambre, la menace se précise. N’empêche. «Si Radi n’est pas reconduit, l’USFP quittera certainement le gouvernement», répondent, unanimes, les dirigeants socialistes. Le gouvernement est alors au bord de l’effondrement et le premier ministre, lui, au bord de la crise des nerfs.

La Mouvance populaire présente son candidat à  la dernière minute
Vendredi 6 avril, en début d’après-midi, jour d’ouverture de la session de printemps, les couloirs du Parlement sont le lieu choisi par les députés pour d’interminables conciliabules. Les spéculations vont bon train sur le candidat que la Mouvance populaire va présenter. Ses élus se sont réunis vendredi matin afin de choisir ce mouton à  quatre pattes qui leur a fait jusque-là  cruellement défaut. Rien n’a pu filtrer du rassemblement matinal et le suspense durera jusqu’à  l’ouverture de la séance o๠le nom de Hassan Maaouni, ex-ministre, sera livré au moment de la présentation des candidatures. Tous les regards se tournent alors vers la gauche de l’hémicycle o๠les députés de l’USFP sont assis à  côté de leurs fidèles alliés de l’Alliance socialiste. Sous le sourire qu’affiche Radi, l’angoisse n’est pas loin. Les Istiqlaliens sont dans les rangées avoisinantes. Abbès El Fassi est assis, en signe de soutien, à  côté de Abdelhamid Aouad, challenger istiqlalien de Radi. Les députés de l’Istiqlal croient qu’un miracle n’est pas impossible, et certains d’entre eux rêvent même, secrètement, d’une reconfiguration de la majorité gouvernementale. Les deux coteries, jadis alliées, se regardent désormais en chiens de faà¯ence. L’animosité filtre sous le regard amusé des députés du PJD qui ne se font aucune illusion sur les chances de leur poulain, Lahcen Daoudi.
Les résultats du premier tour ne surprennent personne : Radi 118 voix, Aouad 69, Maaouni 56 et Daoudi 35. La stratégie du «général» Radi semble bien fonctionner. Il a vu venir le coup de l’Istiqlal et s’y est préparé, organisant sa défense. Driss Radi, membre de la Chambre des conseillers estampillé UC, a tout fait pour faire tomber les voix des députés de l’UC et du PND dans l’escarcelle de son cousin Abdelwahed Radi. Encore une fois, les liens du sang se révèlent plus fiables que les alliances politiques.
Contrairement à  l’accord qu’ils ont passé avec l’USFP et qui consistait dans le retrait du candidat de la Koutla qui aurait le moins de voix, les istiqlaliens maintiennent leur candidat pour le deuxième tour. Connaissant l’inimitié entre islamistes et socialistes, ils n’ont pas ménagé leur peine, entre les deux tours, afin de séduire les élus du PJD. L’Istiqlal est résolu à  aller jusqu’au bout. «Sous la pression de certains faucons du parti, qui exècrent l’USFP, Abbès El Fassi n’a pas pu reculer, quitte à  mettre en péril la crédibilité de l’Istiqlal», observe un connaisseur des arcanes du vieux parti.

Les voix de la Mouvance populaire se reportent sur Radi au second tour
A l’amorce du second tour, l’Istiqlal tombe de haut. Patatras. La Mouvance populaire s’est retirée de la course après le tête-à -tête entre Radi et Mahjoubi Aherdane dans les salons du Parlement. Les mauvaises nouvelles se succéderont pour Abbès El Fassi : les harakis ont décidé de voter Radi au deuxième tour et le PJD tourne le dos aux appels de l’Istiqlal en maintenant son propre candidat. Tout est dit : c’est avec les plus grandes réticences que le PJD voit une éventuelle alliance avec l’Istiqlal.
Quand Abdelwahed Radi est proclamé président au deuxième tour avec 136 voix, les observateurs sont déjà  en train d’évaluer les dégâts occasionnés par la candidature de Abdelhamid Aouad. L’Istiqlal a failli provoquer une crise gouvernementale sans précédent. Il enterre un peu plus la Koutla et se révèle incapable d’engranger de nouvelles alliances. Ni le PJD ni la Mouvance populaire ne se sentent actuellement prêts à  lier leur sort à  celui de l’Istiqlal. «Nous sommes incapables d’être logiques avec nous-mêmes et de quitter le gouvernement puisque nous estimons que nous y sommes sous- représentés. Tout cela écorne notre image auprès de l’opinion publique», confesse avec rage, en préférant garder l’anonymat, un jeune cadre istiqlalien. Vendredi, le rideau est tombé sur les vedettes d’un mauvais vaudeville aux rebondissements prévisibles .

Couloirs du Parlement. Malika Assimi, députée istiqlalienne de Marrakech, essayant, entre les deux tours, de convaincre les députés PJD de voter pour Abdelhamid Aouad… en vain.