L’injection de technocrates dans les partis : une ingérence par le haut

Quelles lectures faire de ce remaniement ? A quelles logiques économique, sociale, politique répond-il ?
Le premier constat est que, contrairement aux rumeurs, voire aux analyses qui ont agité les sphères médiatiques pendant plusieurs mois, Driss Jettou se trouve confirmé dans ses fonctions de Premier ministre et ce malgré les quelques tentatives de déstabilisation qu’il a subies.
Le deuxième constat concerne, lui, les partis politiques qui sont, en fin de compte, les plus grands perdants de ce remaniement, particulièrement le RNI.
Les politiques ont perdu car le fait que des ministres «technocrates» soient choisis et imposés aux partis ou injectés dans des partis revient tout simplement à leur signifier clairement qu’ils n’arrivent pas à proposer les profils requis. C’est ce qui  s’appelle une ingérence dans le politique par le haut. Il n’y a pas pire et plus dévalorisant pour un parti. Il n’ y a pas plus dangereux pour la démocratie.
Le troisième constat est que ce remaniement, quoi qu’on en dise, n’a pas échappé non plus aux petits calculs politiques et au souci d’équilibrisme
entre partis. Et les exemples abondent dans ce sens.
Comment expliquer que le département de l’Artisanat soit rattaché au Tourisme si ce n’est par le fait de ne pas mécontenter le Parti de l’Istiqlal (PI), lui permettant ainsi de garder son portefeuille en contrepartie de la sortie d’un ministre, à savoir Khalifa. D’un autre côté, en rattachant l’Artisanat au Tourisme, on considère que l’artisanat n’est qu’un produit touristique. Or, l’artisanat est un secteur économique à part entière, qui a besoin de mise à niveau, de modernisation. Logiquement, il devrait plutôt relever du ministère de l’Industrie. Mais cela reviendrait à enlever ce portefeuille à l’Istiqlal pour le donner au RNI. Ce qui n’aurait pas plu au PI.
Autre exemple de ces calculs politiques : comment expliquer que l’éEonomie sociale soit rattachée toujours au Tourisme alors qu’elle devrait être le pendant naturel du ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité ? Dans la foulée, il y a eu création d’un ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité tout en gardant un secrétariat d’Etat pour les mêmes missions. Toujours pour ne pas priver le PI de son portefeuille, quitte à avoir encore une fois des difficultés à gérer la répartition des compétences.Pourquoi a-t-on gardé un secrétariat chargé de l’Alphabétisation  et de l’Education informelle (RNI) alors que sa mission pouvait relever d’une direction du ministère et préserver un secrétarait d’Etat à la Recherche scientifique ?
L’autre lecture que nous pouvons également faire de ce remaniement est que
Driss Jettou est apparemment arrivé à la conclusion suivante : domicilier certains programmes prioritaires de l’action gouvernementale à la Primature, sans disposer des leviers administratifs pour leur mise en oeuvre, pouvait entraver l’efficacité du gouvernement. Il fallait donc redéployer ces programmes dans les ministères de tutelle : la Mise à niveau à l’Industrie, le e-gouvernement au ministère de la Modernisation du secteur public. D’autant plus qu’à la tête de ces ministères se trouveront des profils qui s’approchent plus de sa sensibilité de manager. Mais pour garder l’équilibre politique de la formation, il devait en même temps inciter les personnes choisies à s’engager politiquement. Une approche qui, peut- être, se traduira par une plus grande efficacité dans la gestion des dossiers dont ils ont la charge. Nous le souhaitons. Mais une démarche qui ne peut pas prétendre moderniser les institutions partisanes. Les greffes sur des corps affaiblis ont souvent donné lieu à des rejets. La consolidation de la démocratie exige de contribuer à la crédibilisation des partis, en tout cas ceux qui en ont le capital ou le potentiel, et non pas à leur discrédit