L’exception marocaine se perpétue

Pour le RNI, c’est un travail continu durant cinq années qui a payé. Avec le PAM, l’Istiqlal et l’USFP, ces quatre partis totalisent 75% des sièges. Le PJD, gonflé par les effets d’un chimérique «printemps arabe», revient à sa taille naturelle, celle de… 1997.

Un séisme électoral. Le PJD qui dirigeait le gouvernement pendant deux mandats, ne dispose même plus d’un groupe parlementaire à la première Chambre et tout porte à croire qu’il risque de ne même pas être représenté à la deuxième Chambre. En même temps, le parti aux 37 sièges en 2016 est aujourd’hui appelé à former le futur gouvernement qui va accompagner la métamorphose du Royaume. Le premier a dormi sur ses lauriers, alors que le deuxième n’a cessé durant les cinq dernières années à sillonner le pays, à faire du terrain et rester tout le temps proche des citoyens. La fameuse fable de la fourmi et la cigale, pour ainsi dire. Le RNI a confirmé le fait qu’avec le travail, la vigilance et une forte dose de sérieux, on peut arriver à restaurer la confiance en les partis politiques, en la pratique politique et, en général, en le jeu et la compétition politiques libres et transparents, et par-delà, en les institutions publiques qui n’en seront que plus fortes et plus crédibles. L’électeur marocain a donc tranché pour les partis en qui il fonde aujourd’hui l’espoir du changement, le RNI en premier, mais aussi le PAM, l’Istiqlal et, dans une moindre mesure, l’USFP. A eux quatre, ils ont remporté les trois-quarts des sièges de la première Chambre.

Outre l’ascension fulgurante, mais attendue du RNI, et l’effondrement du PJD –on s’attendait à une défaite électorale du parti islamiste, mais pas à ce point -on notera, d’après les résultats non encore définitifs, que même après avoir perdu une vingtaine de sièges, le PAM maintient sa deuxième place. L’Istiqlal, tout en gardant, lui aussi, son rang a pu recueillir 32 sièges de plus qu’en 2016. L’explication la plus probable de cette avancée est que le parti a récupéré les votes des électeurs conservateurs que le PJD a déçus, ils se sont donc rabattus sur le parti au référentiel le plus proche de celui de la formation islamiste. L’USFP, le PPS gagnent quelques sièges, montrant que la gauche modérée a encore beaucoup à donner.

Quant au PJD, il devient une voix atone au sein de l’institution parlementaire. 12 sièges ne lui permettent même pas de former un groupe parlementaire, pour lequel il faut avoir 20 sièges. En conséquence, le PJD ne sera plus représenté dans les instances dirigeantes de la Chambre, le bureau  de la Chambre en l’occurrence et la présidence des commissions. Sans groupe parlementaire, son droit à la parole pendant les sessions parlementaires se réduit à quelques minutes. Quant aux indemnités de ses membres, c’est à oublier. Il ne pourra pas non plus disposer d’un effectif administratif.

Avec les résultats des élections du 8 septembre, pour le parti islamiste la boucle est bouclée. Il retourne à sa taille initiale de … 1997, date de sa création et année pendant laquelle il a remporté 12 sièges aux élections, dont trois ont été attribués au parti lors des élections partielles. Le premier siège électoral d’Abdelilah Benkirane, dont l’élection était alors très contestée, en fait partie.

Comble de l’ironie, le PJD doit un bon nombre de ses sièges au nouveau quotient électoral qu’il a combattu avec toutes ses forces et qu’il a, d’ailleurs, qualifié de non-démocratique et d’anticonstitutionnel!

Le fait est là, le PJD a perdu des voix, beaucoup de voix. D’après plusieurs observateurs, cette débâcle du PJD en dit long sur la nature de la société marocaine. «Elle rassure en tout cas sur son évolution», souligne-t-on. En effet, le parti islamiste avait remporté les élections en 2011 et en 2016, non pas parce que, pour beaucoup de Marocains, il incarnait la volonté de changement d’une société désireuse d’un lendemain meilleur. Le PJD avait réussi non pas parce qu’il est islamiste, contrairement aux apparences, mais parce qu’il était le seul qui représentait un espoir de renouveau, de rupture avec des élites dont un grand nombre est considéré comme corrompu et usé. «La réussite du PJD, et c’est très important, n’était pas le signe d’une religiosité gagnant en force mais d’une volonté de modernité». Il avait réussi parce qu’il a su se vendre comme étant le seul recours encore propre et parce que son discours moralisateur coïncidait avec l’envie d’une gestion cohérente et prometteuse.

Pour d’autres analystes, «le passage à la trappe du PJD est une renaissance et un nouvel espoir en la culture politique des Marocains : plus jamais ils ne se laisseront endormir par les discours idéologiques et à plus forte raison le discours religieux».  Ce parti, convient-on, «n’a jamais été fait pour la politique, il a été un mirage qui a séduit, un temps, tous les déçus des politiques gouvernementales». Et, poursuit-on, «les Marocains ont payé et très cher, l’erreur d’avoir cru en l’islam politique. Sans la vision anticipatrice de SM le Roi, nous serions à vivre des scénarios à l’égyptienne ou à la tunisienne».