Les véritables enjeux des prochaines élections

Certains édiles locaux ont plus fait preuve de vénalité,
de népotisme et de collusion entre intérêts privés
et public que de dévouement au service de la cité.
Mode de gouvernance, gestion de la chose publique et rapport aux citoyens passeront
d’un système politique à un autre.

Les hommes politiques seront privés de vacances cette année. La cause ? Un agenda électoral chargé, dont le rendez-vous majeur sera celui des élections communales du 12 septembre 2003. Un scrutin qui se tiendra sous le signe de la nouveauté : nouvelle Charte communale promulguée le 3 octobre 2002, retour au principe de l’unité de la ville dans les quatorze plus grandes agglomérations urbaines et adoption du mode de scrutin proportionnel de liste selon la règle du plus fort reste pour toutes les communes de plus de 25 000 habitants.
Pour les partis politiques, le mois d’août sera studieux, consacré à la sélection des équipes de candidats et aux douloureux arbitrages entre prétendants aux têtes de listes, particulièrement dans les grandes villes. La course à la candidature promet d’être acharnée. Ce n’est donc pas un hasard si certains prétendants ont déjà entamé leur campagne électorale afin de prendre de vitesse les autres candidats virtuels au sein de leur parti, et marquer leur territoire vis-à-vis des partis concurrents.
Le fait que des personnalités politiques de premier plan daignent descendre dans l’arène électorale est un indice qui ne trompe pas. Dorénavant, le rôle des municipalités, surtout dans les grandes villes, sera de plus en plus important et on assistera probablement à un large renouvellement dans les rangs des 24 000 élus locaux. La démocratie de proximité est à l’orée d’une mutation importante : l’élite locale, la culture politique, le mode de gouvernance, la gestion de la chose publique et le rapport aux citoyens passeront d’une conception de la décentralisation à une autre, d’un système politique à un autre. Le Roi Mohammed VI a synthétisé l’esprit de cette mutation, lors de son discours au Parlement, le13 octobre 2000 : «Le moment est venu de substituer à la gestion administrative bureaucratique des collectivités locales un mode de gestion démocratique responsable et incitatif de l’investissement».
Or, pour atteindre un tel objectif, ce qui est essentiel, ce n’est pas tant la nouvelle Charte communale, le mode de scrutin choisi ou le découpage adopté, mais plutôt la qualité des élus qui auront à gérer les affaires de la cité. L’élu local, de par la Charte du 3 octobre 2002 (le titre III lui est consacré : articles 16 à 34), a pour la première fois un statut. Il a des droits, des prérogatives, des obligations et des responsabilités. Diriger aujourd’hui une commune de plusieurs centaines de milliers d’habitants exige les qualités et les compétences réunies d’un gestionnaire et d’un politique. Les élus locaux devraient pouvoir bénéficier de la formation continue et d’une assistance juridique, économique et financière.  

Elus locaux plus prompts à se servir qu’à servir
La démocratie de proximité ne devrait-elle pas justement être un passage obligé pour tout homme politique qui a l’ambition d’assumer des responsabilités nationales? Ne devrait-on pas d’abord faire la preuve de ses aptitudes et de ses capacités à gérer de manière efficace les affaires de la cité avant de songer à gouverner le pays ?
Certains édiles locaux, malgré l’exception des hommes d’honneur, ont malheureusement plus fait preuve de corruption, de népotisme, de fraude, de collusion entre intérêts privés et public, que de dévouement au service de la cité. Le pays ne veut plus de cette classe politique locale plus prompte à se servir qu’à servir. Nos concitoyens méritent une élite locale qui fait de la décentralisation une école de la démocratie et du développement. Voilà l’enjeu réel des élections du 12 septembre.