Les quatre paris perdus de l’USFP

Mostafa Bouaziz, professeur d’histoire à la Faculté de Lettres de Casablanca, ex-membre du secrétariat national de l’OADP et actuellement membre du comité central de la GSU, estime que l’USFP remet la Koutla à l’honneur parce qu’elle aurait engagé et perdu quatre paris politiques majeurs. Le retour de la Koutla s’apparenterait alors à une planche de salut pour ce parti affaibli par sa participation gouvernementale.

Premier pari : l’USFP a abandonné la stratégie de la Koutla telle qu’elle a été élaborée dans sa charte constitutive en 1992. Une stratégie fondée sur la primauté des réformes politiques et constitutionnelles comme porte d’entrée incontournable à toutes les autres réformes dont le pays a besoin. Cet abandon a été concrétisé par l’appel au vote de la Constitution révisée de 1996. Dans les déclarations des dirigeants de l’USFP, il était clair pour eux que le cumul des grands chantiers ouverts mènerait naturellement aux réformes politiques. Huit ans plus tard, il n’est nullement question de réformes politiques et constitutionnelles. Voilà le premier pari perdu.

Deuxième pari : pour renforcer les forces de changement, minoritaires dans le pays, l’USFP avait accepté d’aller au gouvernement avec des partis qualifiés auparavant de “partis de l’administration” qui seraient ainsi encouragés à entrer dans le camp du changement. Cela a donné naissance à la “majorité gouvernementale”. Six ans après la formation du premier gouvernement Youssoufi, le camp du changement est-il plus fort ? Tout porte à croire qu’il l’est beaucoup moins qu’en 1998.

Troisième pari : l’USFP a engagé une compétition féroce avec l’Istiqlal pour arracher le leadership à la tête de la Koutla et comme premier parti du pays. Cela a poussé l’Istiqlal à faire de même. Résultat : les deux partis ont été affaiblis par cette lutte, particulièrement l’USFP. Aujourd’hui, l’Istiqlal est plus fort que l’USFP au sein de la Koutla et dans la majorité gouvernementale.

Quatrième pari : l’USFP a cru que son homogénéisation politique le rendrait plus fort et plus dynamique. Depuis le VIe congrès du parti, marqué par le départ de l’aile syndicale amaouiste, de la jeunesse menée par Mohamed Hafid et de son aile de gauche, Fidélité à la démocratie, l’USFP n’est devenu ni plus fort, ni plus homogène. Les guerres de position et de succession ont repris de plus belle en son sein. La solution ne réside donc pas dans l’élimination des divergences, mais plutôt dans leur organisation, par exemple par la légalisation de courants au sein du parti comme moyen efficace de compétition démocratique interne.»