Les petits partis fourbissent leurs armes pour 2007

Les petites formations amorcent les préparatifs et les prémices d’alliances commencent à émerger.
ADL étudie l’alliance avec Forces citoyennes, le Parti de l’environnement avec le Mouvement populaire et le PCI avec le MDS et le PND…
Les barrières à l’entrée du Parlement catalyseurs d’alliances ?

Dimanche 10 décembre. Au complexe Moulay Abdallah, à Rabat, 8 000 jeunes se rendent au meeting du Parti travailliste, là où l’on en annonçait 6 000. Après moins d’un an d’existence, le parti voit les choses en grand : «Nous travaillons à organiser un déjeuner-débat à Rabat en présence de 1 000 femmes au mois de février», explique son secrétaire général, l’ex-USFPéiste Abdelkrim Benatiq. Au niveau local, son parti a organisé 18 congrès sur les 37 prévus. Le tout dernier a eu lieu à Inezgane, la circonscription de Saâdeddine El Othmani. Par ailleurs, pas moins de 18 600 cartes d’adhésion au parti ont été distribuées, le seuil de 40 000 étant visé pour le mois de mai, date à laquelle le parti soufflera sa première bougie. Mobilisation des masses ou opération de com’ ? Au fur et à mesure que le tout jeune parti met en place ses structures, ses évènements se parent d’un air de campagne électorale, mais… il n’est pas le seul.
En effet, alors que le projet de loi organique relative à la Chambre des représentants approche de son adoption, et passé la grogne qui a accompagné l’instauration d’un seuil de participation trop contraignant, les petits partis se sont activement lancés à l’assaut de la citadelle des législatives de 2007. Fait à relever, la dynamique vient aussi bien de la multitude de petits partis, dont beaucoup ont obtenu moins de 3% des voix aux élections de 2002, que des nouveaux.
Ainsi, si Annahda de Chakib Bensouda réfléchit encore à sa structure, qu’il veut d’un genre nouveau, son programme électoral, lui, est annoncé pour janvier prochain. Mais à Annahda on garde la tête sur les épaules : 2007 est vue avant tout comme une occasion de se faire connaître en attendant les communales.
Même tendance à Al Badil Al Hadari, qui est cependant un peu plus avancé dans ses préparatifs. Le parti recherche aussi un effet à long terme. Dans les jours à venir, de nouveaux bureaux seront ouverts à Guelmim, Tiznit, Agadir et Safi, mais l’on compte aussi en installer dans les petites localités. Côté programme, son secrétaire général, Mustapha Moatassim, assure qu’il y en a bien un, fourni aux autorités au moment de la création du parti, mais il souligne l’absence de quelque chose de bien plus crucial. «Chaque parti vous dit qu’il a un projet de société, or un projet de société émane de toutes les composantes de la nation et non pas d’une classe politique ou d’un groupe de politiciens. Il nous faudrait un projet de société à partir duquel chaque parti établirait alors son programme», explique-t-il.

La saison des congrès commence

Plus à gauche, le PSU a déjà déployé ses structures. L’heure est donc à la reconnaissance sur le terrain. «Avant de dresser la liste des candidats, il faut commencer par une collecte d’informations pour connaître les possibilités, les chances des uns et des autres dans chaque circonscription. Nous étudions les structures du parti pour savoir comment les adapter au défi des élections», explique Mohamed Sassi, numéro deux du parti.
Ailleurs, dans les formations moins jeunes, si la construction des structures n’est plus d’actualité, un nettoyage de printemps s’impose : renouvellement des sites web quand ils existent, dépoussiérage des programmes électoraux, l’heure est surtout aux congrès. C’est le cas notamment du Parti marocain libéral (16-17 décembre), du Parti du renouveau et de l’équité (13 janvier) et de Forces citoyennes (janvier). Dans toutes ces formations, ces rencontres devraient permettre aussi bien le renouvellement des instances à différents niveaux que la révision des stratégies. Dans certains cas, il s’agit du premier congrès depuis la création du parti en 2002. Quant à celui du Parti marocain libéral, il permettra sa mise en conformité avec la loi sur les partis, notamment avec la création d’une commission des finances. Côté programme, l’on sait déjà que le parti restera fidèle à sa devise libérale, option agriculture, tout en s’écartant des débats sur des thèmes comme les droits de l’homme, ou les égalités, comme l’annonce son coordinateur national, Mohamed Ziane.
Cela dit, ces préparatifs butent sur un problème de timing, notamment à cause des projets de loi sur la révision des listes, le Code électoral et la loi organique pour la Chambre des représentants, aujourd’hui examinés par la deuxième Chambre du Parlement. Les petites formations manquent en effet encore d’une donnée essentielle pour l’élaboration des stratégies. Ainsi, malgré la concession de la majorité, qui avait supprimé les signatures d’élus réclamées aux candidats des partis ayant obtenu moins de 3% des voix en 2002 ou créés après cette date, le projet de loi actuel prévoit toujours de présenter une centaine de signatures d’électeurs chacun, ce qui n’est pas une sinécure.

La course aux signatures s’annonce difficile

Première difficulté : la centaine de signatures réclamée pour chaque candidat devra être multipliée par le nombre de noms figurant sur chaque liste. «Si l’on a une très grande circonscription avec des dizaines de milliers d’électeurs, il faudrait 500 signatures pour chaque liste de 5 candidats, soit 5 000 signatures pour dix partis, sachant que l’électeur qui a signé pour un dossier n’a pas le droit de signer pour un autre», explique M. Sassi. Une bonne occasion de prouver sa légitimité, souligne M. Benatiq. Certes. Il faut dire que cette mesure est applicable dans les circonscriptions à forte densité démographique, mais pas forcément dans celles où la population est plus éparse, et où les nombreuses petites formations risquent de se gêner les unes les autres au niveau de la récolte des signatures. Les choses peuvent se compliquer davantage si, comme le craignent certains, les signatures en question doivent être certifiées.
Inapplicable, la barrière des 3% nouvelle version ? Pas forcément. Mais une chose est sûre, si les petites formations protestent toujours contre la mesure, la concession obtenue leur a quand même laissé une ouverture. «Nous n’irons pas aux élections seuls mais dans le cadre d’une coalition, car il semblerait que cette nouvelle loi électorale est très défavorable aux formations qui le feraient», explique Ali Belhaj, secrétaire général d’Alliance des libertés. En effet, dans cette situation, la meilleure option de survie semble être la constitution de listes communes.
Ainsi, les partis du Rassemblement de la gauche démocratique sont déjà en train d’étudier l’éventualité d’une liste commune qui allierait le PSU, le Congrès national ittihadi et le PADS, Annahj addimocrati comptant, une fois de plus, boycotter les élections. Par ailleurs, certains ne seraient pas contre l’idée d’incorporer d’autres partis à l’alliance, dont le Parti socialiste de Abdelmajid Bouzoubaâ. Mais ce dernier acceptera-t-il d’entrer dans une alliance comprenant le parti dont il vient d’être éjecté ?
A droite, certains partis libéraux semblent avoir eu la même idée : ainsi, Alliance des libertés se dit aujourd’hui «en discussions avancées avec Forces citoyennes». «Notre préoccupation première, explique Ali Belhaj, c’est d’élaborer des alliances avec une seule condition : partager à la fois les mêmes valeurs et la même idéologie». Mais quid de l’alliance de son partenaire avec le PJD ? «Il ne s’agit pas d’une fusion, mais d’une alliance, rappelle-t-il. Chaque parti va garder son individualité et ses particularités. Les alliances ou accords entre le PJD et Forces citoyennes pour l’instant ne concernent que Forces citoyennes». Qu’à cela ne tienne !
Le phénomène touche également le parti de la Choura et de l’Istiqlal, antique rival du parti d’Abbas El Fassi, dont le secrétaire général, Abdelwahed Maâch, annonce qu’il devrait se présenter dans le cadre d’une alliance avec le Parti national démocratique (PND) d’Abdellah Kadiri et le Mouvement démocratique et social (MDS) de Mahmoud Archane. «Nous avons un grand nombre de candidats que nous allons présenter au nom de l’alliance, 75%, et il va en rester 25 %. Pour ces derniers, on ne va pas rester assis sans rien faire, le parti dont le candidat a le plus de chances de passer le présentera», explique M. Maâch.
De même, le Parti de l’environnement et du développement d’Ahmed El Alami compte s’arrimer à une valeur sûre : le Mouvement populaire, en écartant toute perspective de fusion avec ce dernier. Après tout, le créneau vert offre des perspectives de développement importantes, notamment en dehors du Maroc où il reste peu connu.
Ainsi, même moins ambitieuse qu’au départ, la loi organique semble entraîner un phénomène de rapprochement entre les petites formations. Ces alliances seront-elles applicables sur le terrain ? Une chose est sûre, beaucoup y joueront leur survie.

Typologie
Vous avez dit petit parti ?

Petits partis, l’appellation n’est jamais appréciée, d’autant plus qu’elle regroupe un ensemble hétéroclite de formations. Certaines âgées de quelques mois, et la plus ancienne, le parti de la Choura et de l’Istiqlal, remontant à 1946 ; certaines disposant d’une idéologie originale, d’autres étant d’anciens partis de l’administration en perte de vitesse. Certains parmi eux disposent d’une poignée de députés au Parlement, quand ces derniers n’ont pas migré vers d’autres formations, d’autres n’y sont pas représentés.
Aujourd’hui, ils sont près d’une vingtaine à être menacés par les différentes barrières placées à l’entrée au Parlement dans le cadre de la loi organique relative à la Chambre des représentants