Les partis divisés sur la forme d’un nouveau mode de scrutin

La Mouvance populaire et le RNI veulent revenir au scrutin uninominal majoritaire.
Le PI, l’USFP, le PJD et le PPS veulent maintenir le scrutin de liste à la
proportionnelle, avec quelques réajustements.

Changera-t-on une nouvelle fois de mode de scrutin pour les élections de 2007 ? Le ministre de l’Intérieur, Mustapha Sahel, a laissé entendre aux députés, lors de l’examen de la loi sur les partis par la commission de l’Intérieur de la Chambre des représentants, à la mi-septembre, la disponibilité du gouvernement à ouvrir le dossier du système électoral et entrer en pourparlers avec les partis pour son éventuelle modification.
Rappelons que le Maroc avait opté dès les premières consultations de 1962, et jusqu’à celles de 1997, pour le système uninominal à un tour: dans une circonscription, c’est le candidat qui obtient la majorité (même relative) des voix qui est élu. Pas de second tour, donc pas d’alliances entre les formations politiques. Après 35 ans de ce système, plusieurs partis (PI, USFP, PPS) l’ont accusé de tous les maux : système inique, éparpillement de la carte politique, corruption et achat des voix.

La Mouvance populaire profiterait du système uninominal
Avec l’arrivée du gouvernement d’alternance, on adopta alors pour le scrutin de liste à la représentation proportionnelle avec le système des plus forts restes qui attribue les sièges restants au parti qui a le plus grand nombre de voix inemployées. Par ce nouveau mode de scrutin, on voulait assurer une représentation équitable des partis politiques, tout en évitant qu’aucun d’entre eux ne remporte à lui seul les élections. Avec ce mode de scrutin – d’une pierre deux coups ! – c’est aussi le «danger islamiste» qu’on voulait contrecarrer. Pourquoi alors, après l’avoir utilisé lors des dernières élections législatives et communales, voudrait-on changer de nouveau de mode de scrutin, et pour le remplacer par quoi ?
Selon des responsables politiques interrogés, le scrutin à la proportionnelle, équitable dans son principe, n’a fait qu’accentuer la balkanisation du champ politique et n’a pas empêché l’achat des voix. Deux partis revendiquent carrément le retour au scrutin uninominal, éventuellement à un ou deux tours : la Mouvance populaire (MP) et le Rassemblement national des indépendants (RNI). On le comprend pour la MP, bien implantée dans le monde rural, et dont les candidats préfèrent, dans le cadre d’une circonscription, garder une relation personnelle avec leurs électeurs. Ahmed Osman, président du RNI, estime, quant à lui, que le scrutin uninominal est le plus adapté à la réalité marocaine. «Nous avons déjà proposé, dit-il, d’instaurer un système mixte qui associe le scrutin uninominal pour 50 % et le scrutin de liste pour les 50 % restants».

Remplacer le système du plus fort reste par celui de la moyenne la plus élevée ? Le PI et l’USFP sont pour
Quant aux autres partis, du moins les plus importants (USFP, PI, PJD et PPS), ils préfèrent maintenir le scrutin de liste avec une représentation proportionnelle, avec quelques modifications. La plus importante : élever le seuil de représentativité, actuellement de 3 %, jusqu’à 10 %. C’est la seule manière, selon ces partis, à l’exception du PPS, d’éliminer les petits partis qui seraient astreints, pour se faire représenter, à s’allier aux grandes formations.
L’USFP et le PI prônent le maintien de la proportionnelle et, au lieu que ce soit le plus fort reste, l’adoption du système de la plus forte moyenne. Ce système permet aux partis qui obtiennent le plus de voix de se partager le reste des sièges. Un système qui arrange, on s’en doute, le PI et l’USFP. Mais rien n’est encore tranché : Mohamed Karam et Nizar Baraka, respectivement membres du Bureau politique de l’USFP et membre du comité exécutif du PI, se fondent sur la position actuelle de leurs partis pour avancer ce point de vue.
La position du PPS est plus nuancée. Ismaïl Alaoui est pour « un panachage avec extension des circonscriptions électorales : une liste nationale femmes-hommes qui conduira 30% des candidats au parlement». Il considère que le découpage électoral actuel perpétue de manière indirecte le mode de scrutin uninominal à un tour.
Quant au PJD, il souhaite aussi, selon Lahcen Daoudi, membre du secrétariat national, le maintien du mode de scrutin actuel, mais avec une augmentation du taux de représentativité à 7 %, voire à 10 %, et élargissement de la circonscription.

On voit bien qu’en fin de compte, un système électoral, ce n’est jamais innocent…

Les grands partis militent pour une élévation du seuil de représentativité à 10% de voix.