Les facteurs idéologiques n’ont plus le même poids pour l’électorat marocain

Pour Mohamed El Ayadi, professeur d’histoire et de sociologie à la faculté des lettres de Casablanca, le clivage gauche/droite existe au Maroc avec, toutefois, des contenus spécifiques au pays. Eclairage.

La Vie éco : Le clivage gauche/droite a-t-il aujourd’hui un sens au Maroc ?
Mohamed El Ayadi : Les catégories de gauche et de droite font aujourd’hui partie de la taxinomie classique de la lecture de la réalité politique et partisane d’un pays. Elles s’appliquent au Maroc comme elles s’appliquent ailleurs. Précisons cependant que le contenu de ces catégories n’est pas le même par- tout. Ce qui est la gauche aux USA n’est pas ce qui est la gauche en France. La gauche et la droite au Maroc ont aussi des contenus spécifiques. Sous cet angle, il y a donc un clivage gauche/ droite au Maroc. Mais si on veut transposer des réalités extérieures, comme les exemples de la France, de l’Espagne ou de l’Italie sur le cas marocain, il est assurément très difficile de cerner les termes de ce clivage.

Existe-t-il une «troisième voie» entre la gauche et la droite?
Politiquement et idéologiquement parlant, le centre n’est pas seulement un moyen terme entre la droite et la gauche, comme on a souvent tendance à le comprendre au Maroc. Le centre c’est aussi une philosophie et une idéologie politique.
Cette «troisième voie» me paraît plus visible dans la réalité politique du Maroc actuel, à un moment où la droite et la gauche ont des difficultés à afficher leurs identités et à exprimer leurs différences.
Les hommes politiques, de quelque bord que ce soit, ont d’ailleurs souvent l’habitude de définir les Marocains en termes religieux comme une nation du «juste milieu».

Peut-on opérer une classification de nos partis selon la typologie gauche-droite ?
Bien sûr, mais, à mon sens, nous pouvons opérer cette classification de deux façons. La première se contenterait de prendre acte des positionnements revendiqués par les acteurs politiques eux-mêmes, sans procès d’intention. La seconde opérerait sa classification en partant du pointage des positions de chaque organisation politique au sujet d’une série de thèmes comme le rapport de la politique et de la religion, la question de la femme, les droits culturels, l’Etat de droit, etc. Et, là, nous aurons certainement des surprises.

L’électorat au Maroc se reconnaît-il dans ce clivage ?
Une partie seulement de l’électorat marocain se reconnaît dans ce clivage. Cette partie est de plus en plus petite. Les repères de vote se sont multipliés et les facteurs idéologiques n’ont plus le même poids pour l’électorat marocain d’aujourd’hui comparé à l’électorat des années soixante ou soixante-dix. Cependant, l’entrée des islamistes sur le terrain de la compétition électorale réactualise ces clivages pour une partie de l’opinion publique.

Mohamed El Ayadi Professeur d’histoire et de sociologie