Les choix difficiles du gouvernement

Avec l’annonce du lancement d’une feuille de route pour la réforme du système de l’enseignement, la boucle est bouclée. C’est la troisième initiative d’envergure que le gouvernement annonce, après des actions similaires pour l’emploi et la santé.

Rien de plus facile de venir devant le Parlement, parler de la crise qui n’épargne aucun pays du monde, se plaindre du peu de moyens dont dispose l’État et justifier son inaction et son manque d’initiative par le peu de marge de manœuvre qui lui est offert. Le gouvernement aurait pu faire cela. Il aurait pu tenir un langage à la limite populiste comme ce fut le cas pendant deux décennies. Mais au lieu de cela, l’équipe Akhannouch a choisi l’action. Il y a un mois, malgré la crise et le peu de moyens dont il dispose, le Chef du gouvernement annonçait, devant le Parlement, lors d’une séance des questions de politique générale, la mise en œuvre d’une profonde réforme dans le secteur de la santé. Élargissement de la carte sanitaire, élaboration de l’offre de soins, renforcement des moyens humains et matériels …. Le Chef du gouvernement avait promis, entre autres, de doter chaque région de son propre CHU, en plus, bien sûr, d’autres infrastructures. Ce n’étaient de vaines promesses égrenées en ces temps difficiles, devant les élus de la nation dans le cadre d’un exercice constitutionnel devenu habituel, auquel le Chef du gouvernement tente d’ailleurs de donner la portée symbolique qui lui sied. A savoir un engagement solennel devant les élus pour des actions concrètes.

La preuve : la semaine dernière, le ministère de la santé annonçait la signature avec un groupe mondial d’un mémorandum d’entente (MoU) portant sur la construction de cinq établissements hospitaliers dans autant de régions avec, à la clé, plus de 1000 lits. Quelques jours plus tard, le même ministère de la santé annonçait l’imminente signature, sous la présidence du Chef du gouvernement, d’une convention pour combler l’insuffisance en ressources humaines dans le secteur de la santé. «Si nous suivons cette voie, nous allons atteindre les normes de l’OMS en 2025 pour dépasser le niveau actuel de formation qui est de l’ordre de
2 900 médecins»
, a notamment déclaré le ministre. A terme, le nombre de lauréats sera de 5 000 médecins, répartis entre les établissements universitaires publics et privés.

Mardi dernier, Aziz Akhannouch revient à la charge. Devant les élus, à la deuxième Chambre, il a annoncé, cette fois, la mise en œuvre d’une feuille de route pour le système de l’enseignement. Pour reprendre les termes du Chef de l’Exécutif, il s’agit d’accélérer la mise à niveau du système éducatif de façon à garantir une offre scolaire d’équité et de qualité et l’accès égal des différentes catégories de la société à l’éducation. Ce n’est pas uniquement cela. La feuille de route en question a également pour objectif l’évolution pédagogique des élèves, la transparence de l’offre de formation et la pérennité des ressources financières nécessaires au système éducatif sur le long terme.

Début mai, toujours dans le cadre de l’article 100 de la Constitution et donc de questions de politique générale, Aziz Akhannouch avait exposé son plan d’action pour la promotion de l’emploi, mais aussi de l’investissement. Rappelons-nous, c’est le triptyque choisi par la coalition gouvernementale pour marquer l’option de l’Etat social sur lequel le gouvernement s’est engagé dès son investiture en octobre de l’année dernière. L’emploi, la santé et l’école, les trois chantiers sociaux pour lesquels les partis de la coalition gouvernementale, et à leur tête le RNI, se sont engagés devant les électeurs et pour lesquels ils ont obtenu le sacre électoral, sont les mêmes chantiers pour lesquels le gouvernement a obtenu, plus tard, l’investiture du Parlement. Ce sont ces mêmes chantiers sur lesquels il s’est empressé de travailler, malgré une conjoncture peu favorable, voire nettement «inadaptée» à ce genre de chantiers sociaux budgétivores et dont les retombées ne sont pas immédiates pour espérer capitaliser et les monnayer électoralement. C’est pour dire que le gouvernement aurait pu choisir le chemin facile, couper dans le budget d’investissement pour renflouer la caisse de compensation malmenée par le renchérissement des cours internationaux. Le gouvernement Akhannouch n’a pas fait ce choix, les investissements publics ont, au contraire, été renforcés pour rattraper le retard accusé dans plusieurs secteurs, notamment celui de l’eau.

Bref, comme l’a d’ailleurs relevé le Chef du gouvernement devant les conseillers mardi dernier, la solution facile aurait été d’invoquer la crise et les moyens limités de l’Etat pour ne rien faire et se contenter de puiser dans le budget d’investissement pour essayer de tenir. Ce qui impose, soit dit en passant, mais c’est un sujet à part, la révision de la Loi organique des finances. Ce n’est pas normal que la seule alternative qu’offre la LOF pour faire face à une situation exceptionnelle c’est de couper dans le budget d’investissement ou de s’endetter, dans une certaine limite, ou alors de recourir à une la loi rectificative qui doit absolument avoir l’aval du Parlement, alors qu’il est parfois question d’une course contre la montre. Mais c’est un autre sujet. Donc, tout en maintenant ses engagements du programme gouvernemental, ce qui est avant une preuve du «sérieux» du gouvernement, il fallait aussi faire marcher la machine économique. Rappelons-nous encore, l’une des premières mesures prises par le gouvernement envers les milieux d’affaires, c’est de restituer les arriérés de la TVA. Les retombées positives sur le tissu économique de cette mesure n’échappent à personne. En même temps, il fallait aussi soutenir la relance. Ce qui s’est d’ailleurs reflété sur les exportations. Les derniers chiffres de l’Office des changes font état, en ce sens, d’une croissance des exportations de textile de plus de 32% à fin mai dernier, comparativement à il y a un an, celles de l’automobile ont connu un bond de près de 25% alors que les exportations agricoles ont connu, elles aussi, une hausse du même ordre (24%). Dans ce dernier, il faut tout de même souligner que nous vivons l’une des années les plus sèches de ces quatre dernières décennies. Et si l’agriculture, hors céréales, a pu s’en sortir c’est justement grâce à une politique de réforme menée il y a plus d’une décennie. Aujourd’hui, et c’est un détail qui a tout son poids, 15 000 ha de primeurs exploités sont irrigués grâce au dessalement de l’eau de mer, et ce n’est qu’un début, alors que la généralisation du goutte-à-goutte est sur la bonne voie. D’ici 2030, un hectare irrigué, soit plus de la moitié de la superficie irriguée, le sera en goutte-à-goutte. Arriver à soustraire progressivement l’agriculture aux aléas climatiques est un exploit en soi. On peut en sentir les retombées justement lors de la crise sanitaire et aujourd’hui même. Les marchés ne souffrent, en effet, d’aucune pénurie alors que dans plusieurs pays, certains produits de base ont été rationnés, chose que ces pays n’ont pas connue depuis la deuxième guerre mondiale.