Législatives 2016 : peut-on avoir autant de programmes que de partis ?

Tous les partis, du moins les plus grands, ont planché, des mois durant, sur leurs programmes électoraux. Ce sont les candidats qui décideront au final de qui va gagner les élections. Les électeurs risquent de ne retrouver aucun de ces programmes dans celui du futur gouvernement.

parler des programmes électoraux, la première question qui revient toujours à la bouche, c’est comment peut-on avoir autant de programmes que de partis ? Existe-t-il 33 programmes et visions politiques différentes pour faire la différence entre autant de partis ? Cela sans compter les listes indépendantes dont les mandataires sont tenus, par la loi, de présenter leurs propres programmes. La réponse est évidente. Au-delà des huit premiers partis les plus représentés au Parlement, qui font l’effort d’élaborer un programme électoral, on ne peut vraiment pas parler de programmes. Car il faut des mois de travail et des cadres et experts pour confectionner un programme, ce dont ne disposent pas bon nombre de nos formations politiques. Et quand bien même les partis, les plus grands, préparent et présentent les leurs aux électeurs, que deviennent ces documents au lendemain du jour du scrutin ? C’est que le système électoral empêche, heureusement, l’émergence d’un parti majoritaire et hégémonique. Selon les analystes politiques, tel que conçu, notre système électoral ne permet à aucun parti de remporter plus de 30% des sièges. Et à plus forte raison lorsque le seuil électoral est relativement bas comme c’est le cas actuellement où ce paramètre a été porté à 3% au lieu de 6% pendant les trois dernières échéances électorales. Ce qui signifie qu’aucun parti ne peut conduire à lui seul le futur gouvernement, ni aucun gouvernement dans les conditions actuelles. Le parti arrivé en tête parmi lequel sera choisi le chef de gouvernement doit donc trouver des alliances lui permettant de s’assurer une majorité confortable au Parlement. Une coalition suppose donc un programme commun qui va être présenté au Parlement et sur la base duquel le gouvernement obtiendra son investiture. Les partis de la coalition gouvernementale doivent donc arriver à une entente sur une offre qui représente les minimas de chaque formation politique. Du coup, le citoyen électeur qui a été convaincu et séduit par le programme d’un parti et qui vote, en conséquence pour celui-ci, risque de se retrouver au lendemain de la formation du gouvernement avec un programme qui lui est complètement étranger et, même, parfois, contre lequel il a voté. Pire encore, les partis ont tendance de se disputer la paternité des actions positives du gouvernement à la fin du mandat et personne ne voudra en assumer les déficiences.   

Depuis que le programme électoral est entré dans la pratique partisane, depuis les élections de 2002, rares sont les partis qui y accordent, aujourd’hui même, une importance capitale.

Tout le monde l’aura constaté, les formations politiques, dont le PJD, étaient beaucoup plus préoccupées à boucler leurs listes électorales qu’à confectionner leurs programmes. Même dans leurs démarches, ils ont veillé à présenter leurs candidats avant leurs programmes. Cela avant qu’il ne daigne enfin présenter officiellement son programme, mardi dernier, soit une semaine après le début de la date de dépôt des candidatures. Faut-il préciser que seuls le PAM et l’Istiqlal avaient présenté, le premier officiellement et le second par voie de presse, leur projet de programme électoral bien avant tout le monde. Ce qui reste une exception. C’est pour dire que nous ne sommes pas encore entrés en phase de maturité politique où ce sont les programmes et non les personnes qui s’affrontent pour gagner la confiance et le vote des électeurs. Le chef de file du PJD l’a d’ailleurs confirmé, au moment de la présentation du programme de son parti. «Le Maroc a plus besoin d’hommes que de programmes électoraux», a notamment asséné Abdelilah Benkirane. Pourtant, les élections de 2016 devraient offrir un terrain pour la confrontation des programmes politiques. Et cela pour plusieurs raisons. La première étant d’ordre constitutionnel. En effet, l’élargissement des pouvoirs du gouvernement et l’obligation pour celui-ci de présenter un programme d’investiture devait focaliser la bataille électorale sur les programmes. La plupart des partis politiques les plus représentatifs ont été à un moment ou un autre représentés au gouvernement. Ils  ont donc tous été affrontés à la gestion des affaires publiques et ont donc acquis un savoir-faire en matière de conception et déploiement des politiques publiques. Ce qui devrait leur permettre de changer leur vision de la gestion des affaires publiques, sortir du cadre des généralités et des annonces de bonnes intentions et ainsi proposer un programme plus réaliste et relativement plus réalisable. C’est ce que l’on constate d’ailleurs en épluchant les dizaines de pages des programmes des partis politiques en lice pour les prochaines élections. Les grandes idées et principes pompeux disparaissent progressivement pour laisser la place à des mesures et des actions chiffrées. Ce ne sont plus des taux de croissance ou d’inflation et des chiffres d’emplois, entre autres, à l’en veux-tu en voilà, mais des indicateurs qui tiennent compte de la réalité de l’économie marocaine et des aléas de la conjoncture.