Législatives 2011 : Modes de scrutins, à  qui ça profite et qui ça lèse ?

3 modes de scrutins existent : uninominal majoritaire, proportionnel de liste et la combinaison des deux.

Le scrutin uninominal majoritaire à un ou deux tours : les faibles éliminés

C’est le mode le plus ancien de désignation des élus. Le scrutin uninominal a été adopté au Maroc depuis les toutes premières élections. Il est simple et facile à appliquer. Il s’agit d’attribuer un siège au candidat qui a remporté le plus grand nombre de voix. C’est un mode qui favorise le candidat plutôt que son parti. Il permet aux grands partis, surtout ceux ancrés dans le monde rural, de remporter le plus grand nombre de sièges. Ce mode a profité dans les précédentes échéances électorales, avant 2002, aux partis, dits alors de l’Administration. L’Istiqlal qui est une machine électorale en a également bénéficié. Dans les grandes démocraties, notamment la Grande-Bretagne, qui ont opté pour ce mode, il résulte souvent pour le parti arrivé en deuxième position une sous-représentation par rapport à son total de voix. Quant aux autres partis, ils n’obtiennent presque aucun élu. Au Maroc, les architectes des élections ont veillé, par le passé, notamment grâce à un découpage à la carte à ce qu’aucun parti ne puisse remporter la majorité des sièges. Il existe également un mode plus évolué du scrutin uninominal, celui à deux tours. Ce mode est actuellement en vigueur en France et c’est celui sur lequel l’USFP a jeté son dévolu. Techniquement, la réussite au premier tour est conditionnée par l’obtention d’une majorité absolue des voix, avec parfois l’obligation d’atteindre un seuil électoral fixé au préalable. Ce mode a l’avantage de permettre de conclure des alliances pour le second tour. Les partis qui n’auront pas trouvé d’alliés sont tout simplement écartés du jeu et privés de représentation. En somme, le scrutin majoritaire à un tour favorise les alternances, mais seulement entre deux partis (comme c’est le cas au Royaume-Uni par exemple). Le scrutin majoritaire à deux tours, lui, incite les partis à conclure des alliances pour le second tour (c’est celui actuellement en vigueur en France).

Scrutin proportionnel de liste : j’existe malgré tout

Il est en vigueur au Maroc depuis bientôt dix ans. Le mode de scrutin proportionnel est somme toute simple dans son principe. Les sièges sont, en effet, attribués selon le nombre de voix obtenus sur une liste par circonscription. Il reste néanmoins très compliqué dans sa mise en œuvre : il s’agit moins de voter pour un homme que pour un parti ou un programme. Ce à quoi les Marocains qui ont toujours voté pour des individus pendant près de 40 ans ne se sont toujours pas habitués. En gros, il existe deux principales variantes de scrutin de liste : l’une répartit les sièges selon le plus grand reste, c’est elle qui est appliquée au Maroc. Elle favorise largement les petits partis. C’est d’ailleurs pourquoi, même en optant pour ce mode au lieu de l’uninominal, au Maroc il a toujours été impossible de dégager une majorité confortable. L’écart des sièges entre les partis arrivés en tête est très faible. Et plusieurs formations ne sont représentées que par un nombre réduit des élus, voire un seul. La deuxième méthode, celle de la plus forte moyenne, est plutôt favorable aux «grands» partis. C’est d’ailleurs pour cette raison que le PJD s’y est fortement attaché.
Il existe d’autres variantes de ce mode mais très peu utilisées car leur mise en œuvre est tout simplement impossible à transposer aux sociétés à fort taux d’analphabétisme telle que la marocaine. Pour conclure, le scrutin proportionnel de liste conduit souvent à un dysfonctionnement du système politique : éclatement de la carte politique et impossibilité d’aboutir à des majorités fortes. Il favorise le multipartisme et donne un rôle important aux petits partis charnières, souvent partenaires indispensables des majorités.

Les combinaisons utiles entre le vote pour le parti et celui pour l’homme

Il existe plusieurs combinaisons à l’intérieur même d’un seul mode ou entre les deux modes. Pour les dernières élections municipales de 2009, le mode uninominal majoritaire a été adopté pour les petites communes alors que l’on a opté pour le mode proportionnel de liste pour les grandes municipalités. Certains acteurs politiques proposent un élargissement de ce mode à l’échelle nationale. Le raisonnement est simple, dans le monde rural où les électeurs sont beaucoup attachés aux notables et tribus et grandes familles qu’aux partis politiques eux-mêmes, il serait préférable d’opter pour l’uninominal majoritaire. Dans ce cas, ce sont les partis fortement ancrés dans le monde rural qui en bénéficieront, le MP, l’UC ou encore le RNI et le PAM, mais également l’Istiqlal et dans une faible proportion l’USFP.
Dans les zones urbaines où la conscience politique est plus développée le scrutin proportionnel de liste serait le mieux adapté. Certains partis à fort potentiel en cadres et aux programmes bien élaborés ont toutes les chances de percer. Ce mode a toutefois l’inconvénient de transformer le Maroc en un pays à deux vitesses et élargir l’écart entre le monde rural et les zones urbaines. Autre combinaison, celle proposée par le PPS qui consiste entre la répartition des nombres de sièges entre une liste nationale qui comprend 50% des sièges et des listes locales. La moitié des élus sera désignée à l’échelle nationale et l’autre moitié composée des représentants de toutes les régions du pays. Une tendance au sein de l’USFP propose, elle, que chaque parti présente une liste de candidats pour la totalité des sièges de la Chambre des représentants. Si elle est mise en œuvre, cette proposition éliminera nombre de partis politiques du jeu parlementaire, puisque ceux qui sont capables de couvrir toutes les circonscriptions se comptent sur les doigts d’une seule main.