Le suspense de la succession se poursuit

Crise à l’USFP ? Que nenni, dit-on aujourd’hui. Les appels
à la mesure, au sein du parti, ont eu leur effet.
Après la fièvre des premiers jours, les choses semblent se calmer
et la désignation du successeur de Youssoufi perd de son caractère
d’urgence.
Le nouveau patron du parti sera-t-il connu avant le congrès ?

La réunion du bureau politique de l’USFP de samedi 1er novembre, la plus houleuse et la plus tendue après la démission du Premier secrétaire Abderrahmane Youssoufi, le 28 octobre dernier, n’est peut-être plus qu’un vieux souvenir. Au fil des jours, il semble que l’on soit revenu à de meilleurs sentiments. Les réunions formelles ont cédé la place aux conciliabules, aux médiations et aux délégations des différents secteurs du parti auprès des deux candidats – virtuels – à la succession que sont Mohamed Elyazghi et Abdelouahed Radi, pour éviter que le fossé se creuse davantage entre les deux hommes.
Signe d’un retour à la pondération, mercredi 12 novembre : les 20 membres du bureau politique étaient invités, au grand complet, à Rabat, à rompre le jeûne au domicile de Mohamed Elyazghi, Premier secrétaire adjoint du parti. Certes, une réunion ordinaire de cette instance était prévue, mais le lieu augurait d’un rassemblement plus convivial. L’ordre du jour n’étant pas connu à l’avance. Un communiqué de presse devrait sanctionner cette réunion.
Une réunion qui s’est déroulée, de l’avis de plusieurs participants, dans une «atmosphère bon enfant». Et pour cause, le sujet qui fâche n’était pas à l’ordre du jour. Comment expliquer cette relative détente, alors qu’une crise menaçait de diviser le parti, il y a peu ?
Dès le lendemain de la réunion houleuse du 1er novembre, on a assisté à un ballet «diplomatique» auprès de Mohamed Elyazghi et de Abdelouahed Radi.
Des délégations de la Jeunesse ittihadia, du secteur féminin du parti, de la commission administrative et des secrétariats provinciaux se sont succédé auprès des deux leaders du parti pour les appeler à garder le sens de la mesure et à privilégier les intérêts supérieurs du parti. «Ces prises de contact n’avaient rien d’exceptionnel, moi-même j’ai été approché par des militants pour me demander mon avis sur les événements que traverse le parti après la démission de Abderrahman Youssoufi», confesse Mohamed Karam, membre du bureau politique.

Fini le temps du consensus
Une chose est sûre : aucune date n’a été fixée pour débattre de nouveau de la question de la succession et il semble que la question ne soit plus considérée comme une priorité à l’instar du début de la crise. D’ailleurs, Mohamed Achaâri, ministre de la Culture et membre du bureau politique de l’USFP, a déclaré, dans un entretien accordé au Journal hebdomadaire du 8 novembre : «Le parti est confronté à un débat de fond. Le temps du consensus est révolu. Avec sa démission, Youssoufi a mis fin à la direction historique et sonné le glas du califat. Nous sommes dans une étape où nous réclamons du renouveau. Le parti ne pourra plus se permettre de traiter des problèmes organisationnels à l’instar d’une zaouia». Et d’ajouter : «Il n’y a aucune vacance du pouvoir à la tête du parti. Il y a un débat qui peut durer longtemps. Nous ne sommes pas pressés. L’essentiel est de dégager une stratégie pour l’avenir».
Ce débat, et avec lui le suspense sur la question de la succession, durera-t-il encore longtemps, du moins jusqu’à la tenue du VIIe congrès national du parti, prévu en mars 2004 ? Rien ne filtre pour le moment sur ce point, mais M. Elyazghi assumera la fonction de Premier secrétaire par intérim.
A quelque chose malheur est bon, estime Tayeb Mounchid, secrétaire général de la FDT (Fédération démocratique du travail, issue d’une scission de la CDT) et membre de l’instance exécutive du parti. Dans une déclaration à La Vie éco, M. Mounchid estime que «cette succession est une occasion pour secouer le parti et trouver, de concert avec la Commission administrative et le Comité central, des solutions de fond aux problèmes internes que traverse le parti. Mais je ne crois pas que la succession de Abderrahmane Youssoufi attendra le prochain congrès. Le parti est capable de gérer cette crise. Il en sortira plus cimenté, j’en suis convaincu».

La presse aurait exagéré la crise
Cette bataille de la succession à l’USFP a fait couler beaucoup d’encre. Mohamed El Gahs, secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse et membre de la commission administrative du parti, a choisi, lui, les colonnes du quotidien arabophone Al Ahdath al Maghribia (daté du 9 novembre), réputé très proche du courant Elyazghi, pour se livrer à une analyse de la situation du parti. Pour lui, le vrai problème posé par ce débat n’est pas tant la succession de M. Youssoufi. «Si c’était le cas, on se serait rendu à une évidence : c’est M. Elyazghi qui est politiquement, moralement et organisationnellement le Premier secrétaire de l’USFP». Le directeur de la rédaction de Libération ne s’est pas arrêté à cette «évidence», puisqu’il a décortiqué l’ambiance interne et externe dans laquelle évolue le parti, en s’arrêtant particulièrement sur l’une des raisons de la crise actuelle, à savoir le mode de scrutin proportionnel de liste. «C’est une vraie catastrophe pour le parti. Elle a transformé sa victoire aux élections communales en défaite».
Aussi bien les tenants d’un débat de fond, d’une succession démocratique découlant d’un choix entre plusieurs candidats, que les tenants d’une succession «automatique» de M. Elyazghi au poste de Premier secrétaire, conformément au règlement intérieur du parti, sont d’accord sur une chose : il n’y a pas de crise au sein de l’USFP.
Tous mettent à l’index la presse, qui aurait exagéré et dramatisé les choses. M. Achaâri enfonce le clou et tire à boulets rouges sur une certaine presse «qui a publié des mensonges et diffusé des calomnies comme le fait de dire qu’il y avait une intervention étatique dans les affaires internes du parti. C’est un travail plutôt politique que journalistique, qui vise sciemment à déchirer le parti». Quant à M. Achaâri, comme il arrive souvent à ceux qui manquent d’arguments, il opte pour la facilité et au lieu de chercher les causes de cet accès de fièvre au sein du parti, il accuse le thermomètre.