Le Roi à  Laà¢youne, une visite chargée de symboles

Bains de foule, lancement de projets, le message est clair : le Maroc est chez
lui au Sahara.
Un discours-clé attendu pour ce samedi 25 mars.
Les partis peaufinent leurs propositions sur l’autonomie pour le 31 mars.

Bains de foule, inaugurations et examens de projets de développement à la chaîne, le Souverain est en première ligne de l’offensive politico-diplomatique nationale entamée à quelques semaines de la présentation des propositions marocaines à propos de la gestion des provinces du Sahara au Conseil de sécurité de l’ONU. Prévue du 20 au 26 mars, la visite royale, durant laquelle le Souverain aura été accompagné du Prince Moulay Rachid, devra comprendre un discours-clé ce samedi 25 mars.

De l’alimentation en eau potable à l’assainissement en passant par le dessalement de l’eau de mer ou la promotion du secteur de la pêche, ce seront au total plus d’un milliard de dirhams de projets récents ou à venir qui devraient être passés en revue dans la région: la visite royale témoigne de la volonté de l’ensemble du pays de rester solidaire avec les provinces du Sud en renforçant leurs infrastructures, explique Mohamed El Yazghi, premier secrétaire national de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et ministre de l’Aménagement du territoire, de l’eau et de l’environnement.

Une visite ordinaire ?
Bien qu’il s’agisse d’une visite relativement longue (6 jours), ce n’est pas la première fois que le Roi se rend dans la région puisqu’il y était déjà allé en novembre 2001 puis en mars 2002. Il s’agit en somme d’une visite normale, ordinaire, selon le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Nabil Benabdallah, dans la mesure où le Roi, depuis son intronisation, effectue des visites un peu partout dans le pays pour renforcer le développement local dans un certain nombre de régions.

Pourtant, cet événement intervient dans un contexte particulier aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre pays. En interne, tout d’abord, deux nominations : celle d’un ministre de l’Intérieur technocrate, en la personne de Chakib Benmoussa, et celle de son prédécesseur, Mustafa Sahel, occupant désormais le poste d’ambassadeur du Maroc auprès des Nations Unies.

Sur le plan extérieur, le dossier du Sahara n’a jamais autant attiré l’attention. Le 30 avril prochain, le Maroc devra présenter au Conseil de sécurité de l’ONU sa proposition d’autonomie pour les provinces du Sud. A cela s’ajoute le soutien récent à l’intégrité territoriale du Maroc d’un des pays du Sahel, le Tchad, et les non moins récentes déclarations de la Libye en faveur d’une plus forte coopération entre pays du Maghreb.
Enfin, le Polisario continue de mettre la pression sur le Maroc. Au cours du mois de mars, il aura occupé la localité de Tifariti à l’occasion de son trentième anniversaire, malgré sa situation en plein no man’s land. Sa désobéissance à la loi internationale ne l’aura pas empêché de contester la légitimité des contrats de pêche passés entre le Maroc et l’Union européenne…
Dans ce contexte, la visite du Souverain prend un sens double. D’une part, s’enquérir de la situation de visu et accélérer le développement économique et social de la région, d’autre part. Et surtout, faire entendre et savoir que le Maroc est chez lui au Sahara. Mardi 21 mars, le Roi Mohammed VI a traversé toute la ville de Laâyoune en voiture décapotée et pris soin de descendre saluer des citoyens dans le quartier de Maâtallah (rebaptisé «Al Ouahda»), là même où des manifestations avaient eu lieu il y a près d’un an.

En attendant la réunion du Conseil de sécurité, le Maroc devra faire face à une autre date butoir le 30 mars prochain. En effet, ce jour-là, les partis politiques seront tenus de présenter leurs propositions quant à la forme de gestion des régions contestées. L’on sait déjà qu’une majorité de ces derniers est favorable à une forme d’autonomie qui aura le double avantage de permettre aux populations locales de se gérer elles-mêmes tout en préservant l’intégrité territoriale du Maroc. Un tel choix devra aussi répondre aux critiques souvent formulées par la population sahraouie qui se plaint de sa marginalisation économique, malgré les sommes colossales attribuées à la région par le gouvernement. Accessoirement, une telle solution devrait permettre de rationaliser la gestion des ressources locales dans la mesure où elles permettront de réduire les pertes occasionnées par la corruption tout en mettant en avant les projets les plus stratégiques pour le développement de la région.

L’UE mettra-t-elle la pression pour que le problème soit réglé ?
Pourtant, malgré tous les avantages qu’elle comporte pour les différentes parties concernées, la solution de l’autonomie semble déjà rejetée par l’Algérie et le Polisario. Les Nations Unies auront-elles le pouvoir de jouer un rôle autre que celui de simple intermédiaire ? L’UE, qui appelle depuis des années à l’apparition d’un bloc régional maghrébin, jusque-là bloqué par le conflit, finira-t-elle par mettre la pression pour que le problème soit réglé ? Après tout, l’expérience européenne elle-même a montré que, dans le contexte international de développement de blocs régionaux composés de plusieurs pays, les petites entités régionales, à l’instar du Pays Basque ou de la Catalogne, se sont vu offrir des marges de manœuvre beaucoup plus importantes que dans le cadre de l’Etat-Nation espagnol…

Peu importe. Déjà, au Maroc, des voix s’élèvent pour que le pays applique son projet sur les régions qu’il gère actuellement, quoi qu’il arrive, de manière à montrer que le pays est bien décidé à sortir du bourbier. En attendant, le discours royal du samedi devrait donner une indication sur la position marocaine au cours des semaines à venir.

Le Souverain, en voiture décapotée, a pris soin de descendre saluer les citoyens dans ce quartier de Laâyoune, rebaptisé «El Ouahda», où des manifestations s’étaient déroulées il y a un an.