Le RNI resserre les rangs… Mezouar assuré de rempiler

Après les tiraillements internes et le départ d’Abdelhadi Alami, l’heure est à  l’apaisement. Le congrès sera tenu dans les délais, 3 000 congressistes y prennent part fin juin. Aucun candidat autre que Mezouar n’a manifesté son intention de postuler pour la présidence.

Le RNI a-t-il tourné la page des remous qui l’agitaient depuis quelque temps ? Il semble bien que oui. L’heure est à l’apaisement général, même de la part de ceux qui, en coulisses critiquaient, ces derniers temps, le président du parti et une partie de son équipe. Il y a quelques mois, un contre-mouvement, destiné à contrecarrer le mouvement réformateur qui avait porté Salaheddine Mezouar à la tête du parti en janvier 2010, prenait forme. Il y a quelques semaines, Abdelhadi Alami, alors coordinateur de la section régionale de Marrakech, relevé de ses fonctions, menait une fronde contre le président avant de s’en prendre au parti dans son entier et de menacer de faire scission. Enfin, de fortes rumeurs ont prêté, ces derniers jours, à des membres du bureau exécutif ou du comité central du parti, leur mécontentement vis-à-vis de la gestion du RNI. Bref, le parti semblait connaître une crise interne.
Aujourd’hui, l’on semble avoir calmé le jeu. Les ténors du parti, les jeunes générations, les proches du président et ceux qui le sont moins sont unanimes : le RNI n’est pas en crise. De l’avis de militants haut placés, il vient seulement de traverser une zone de turbulences. Pour d’autres, c’est à peine si ses rangs sont traversés par quelques divergences d’opinions. «Ce qui est somme toute normal dans toute formation politique, à la veille d’un rendez-vous crucial», affirme Mohamed Abbou qui conduit les préparatifs du futur congrès, le cinquième en 33 années d’existence du parti, qui se tient dans un mois, les 24, 25 et 26 juin.
Dans l’entourage du président Mezouar, on parle tout au plus de «critiques très minoritaires». «Critiques» auxquelles il s’est proposé de répondre, «en toute franchise», dans une conférence de presse qui devait se tenir jeudi 19 mai, après deux reports.

Si Mezouar gagne, il assoiera définitivement sa légitimité populaire

Lors de cette rencontre, le président devait répondre particulièrement aux propos, jugés «attentatoires», tenus dernièrement dans les colonnes de la presse par Abdelhadi Alami. Mezouar devait également aborder les préparatifs du congrès et surtout les raisons qui ont motivé son organisation. Et c’est justement l’annonce de sa tenue, le 13 mars à Bouznika, au moment où l’on s’y attendait le moins, qui a tué la contestation dans l’œuf. Il y a eu, certes, dernièrement des communiqués anonymes, des SMS de même nature envoyés aux militants dans lesquels leurs auteurs s’en sont pris au président et à sa gestion du parti,  mais tout cela aura finalement fait l’effet d’une tempête dans un verre.
«Ceux qui sont derrière ces agissements n’ont jamais osé se manifester. Ce qui prouve leur mauvaise foi et leur manque de courage», note, non sans une pointe d’ironie, Mohamed Abbou, ancien ministre et membre du bureau exécutif. Le cas d’Abdelhadi Alami est  à part, s’empressent de clarifier des membres des instances dirigeantes de la formation.  
En un mot, «la décision de la tenue d’un congrès en ces moments historiques que vit le pays est en soi un acte courageux», affirme l’un des membres fondateurs les plus influents du parti. Il faut dire que, alors que les dirigeants de certains parti historiques comme l’Istiqlal et l’USFP ou de récente création comme le PJD font la sourde oreille aux appels à la tenue de congrès extraordinaires (ou dans les temps dans le cas de l’USFP), le président du RNI a pris de court les bases de son parti en annonçant l’organisation d’un congrès avant terme. Décision soutenue par le bureau exécutif du parti dans un communiqué diffusé une semaine après cette annonce, le 21 mars. «Il fallait avoir le courage politique de le faire», commente ce membre fondateur.  
Le courage, mais aussi le flair politique. «Dans son discours du 9 mars, le Roi a décidé de mettre le pays sur de nouveaux rails. Il fallait donc des gens pour accompagner le train de réformes annoncé. Le parti a saisi l’occasion et a décidé de renouveler ses structures. Nous avons saisi le signal du 9 mars», affirme un proche collaborateur et conseiller politique de Salaheddine Mezouar. Ce que, apparemment, aucun parti n’a encore traduit en décisions concrètes. Même le PSU dont le congrès était initialement prévu pour le mois de mars dernier, a décidé de le reporter sine die. Le PAM, quant à lui, vient tout juste de mandater, mardi dernier, une commission ad hoc pour réfléchir sur la pertinence et éventuellement la date de la tenue de son congrès national.
C’est que, pour reprendre les termes de ce membre fondateur du RNI, «le congrès est l’étape la plus dangereuse dans la vie d’un  parti. Et si Mezouar en sort gagnant, son statut sera renforcé et le parti sera stabilisé en vue des échéances électorales». Car c’est une occasion pour l’actuel président, s’il est reconduit, d’asseoir définitivement sa légitimité populaire. Il faut le rappeler, son élection, le 24 janvier 2010, est intervenue non pas suite à un congrès, mais à une réunion du conseil national. Est-ce pour cette raison que l’actuelle direction du parti a, selon beaucoup, peiné pendant les 14 derniers mois à concrétiser le programme sur lequel elle s’était engagée le 23 janvier 2010 ?

Un programme axé sur deux volets : régionalisation et restructuration, ouverture du parti

Quoi qu’il en soit, le congrès sera l’occasion d’insuffler à ce programme un nouvel élan. «Après concertation et mûre réflexion, le président a décidé de soumettre son programme à la base. S’il est approuvé, il aura toute la latitude de le mettre en œuvre», confirme ce membre du bureau exécutif. Un programme qui est axé essentiellement sur deux volets : régionalisation et restructuration, ouverture du parti. Pour l’heure, confirme Mohamed Abbou, président de la commission préparatoire du congrès, «les choses avancent comme prévu». Le bureau exécutif vient d’ailleurs d’approuver, le 5 mai, les propositions de cette commission, ce qui n’a pas manqué de faire quelques mécontents.
C’est le mode de désignation des congressistes, qui va se répercuter sur la composition des différentes instances, qui suscite le plus de critiques. «Avec le mode adopté, basé sur le nombre de voix obtenues dans chaque région par le parti, nous n’allons jamais aboutir à un renouvellement profond des instances dirigeantes, dans le sens d’y incorporer plus de jeunes et de cadres», s’inquiète Jaâfar Heikal, ancien directeur de siège et membre du comité central depuis 2001. «Or, pour mener à terme les réformes annoncées par le mouvement réformateur le 23 janvier 2010, il faudra renouveler à 70% le bureau exécutif. L’idéal c’est d’arriver à une composition de deux tiers des nouveaux membres et un tiers des anciens». Pour cela «et c’est l’avis d’une majorité des jeunes et des cadres», précise-t-il, il faudra limiter le nombre des mandats au bureau exécutif à deux. Ce qui revient à remercier près de la moitié des membres actuels. Une proposition qu’un des fondateurs du RNI, membre de son bureau exécutif, trouve impossible à mettre en œuvre «On ne peut pas renvoyer d’un seul coup tous les anciens pour faire place aux jeunes. Cela ne se fait dans aucun parti politique. Et d’ajouter : «Il faut une ouverture, certes. Et en ce sens, je pense qu’un quota de 20% pour les jeunes au bureau exécutif est raisonnable».

Des questionnaires adressés aux militants pour prendre leur avis

Autre piste, «que chaque candidat à la présidence propose sa liste de collaborateurs au vote, et l’équipe qui sera ainsi désignée dirigera le parti», propose Jaâfar Heikal. Ce qui revient à instaurer un régime présidentiel pur au sein du parti. Là encore, l’idée est loin de faire des adeptes parmi l’élite du parti. Mohamed Abbou, par exemple, affirme que c’est une option «à écarter».
Le président de la commission préparatoire assure néanmoins, et c’est une première au sein du parti, que celle-ci a adressé des questionnaires aux militants du parti dans les régions pour recueillir leurs avis et propositions sur la nouvelle organisation régionale et centrale du parti, les prérogatives et compétences des différentes instances et surtout une éventuelle limitation des mandats dans ces différentes instances. «Nous avons même sollicité leurs avis sur le fait de limiter la durée de la présidence du parti à deux mandats voire à un seul. Une synthèse des avis des uns et des autres sera proposée comme projet pour débat lors du congrès», assure l’ancien ministre chargé de la modernisation des secteurs publics.

Le casse-tête de la représentativité

D’après les premières indiscrétions, le mode de désignation du président sera également soumis au débat. Le futur président sera désormais élu sur la base d’un programme. Une légère réforme du bureau exécutif est prévue pour éviter, dans le futur, au parti de s’enliser dans des situations d’immobilisme organisationnel. Il est prévu en effet de nommer des vice-présidents, une dizaine au total, qui assisteront le président dans son action et se verront même déléguer une partie de ses pouvoirs. «Le RNI de demain sera un rassemblement des régions», confie ce conseiller politique de Salaheddine Mezouar. Concrètement, explique Mohamed Abbou, «nous allons vers la nomination de secrétaires régionaux du parti. Il assureront la gestion et l’organisation du parti au niveau régional et décideront de son action politique. L’action des instances centrales du parti se limitera aux décisions concernant des grandes orientations politiques du pays». C’est, pour ainsi dire, un virage historique que le parti de la Colombe est en passe de négocier. Et ce sont les 3 000 congressistes, attendus pour la grand-messe de fin juin qui devront décider comment le négocier. Ce qui pose une seconde problématique. Toutes les régions seront-elles équitablement représentées au congrès pour débattre du futur parti des régions ?
Une frange des militants, majoritairement des jeunes et des cadres, précise Jaâfar Heikal, conteste justement pour cette raison le mode de sélection adopté. Car, tente-t-il de prouver, chiffres à l’appui, avec ce mode basé sur les voix recueillies lors des dernières législatives de 2007 et communales de 2009, toutes les régions ne seront pas équitablement représentées dans les futures instances du parti.  «Les délégués des quatre régions, Grand Casablanca, Souss-Massa-Drâa, Tanger-Tétouan, Taza-Al Hoceima-Taounate, représentent, à eux seuls, la majorité des congressistes des 16 régions du Royaume», explique-t-il. La solution ? Du moment que nous sommes à l’orée d’un nouveau Maroc, avec une nouvelle organisation régionale, une nouvelle distribution des pouvoirs et une refonte des institutions de l’Etat, «autant s’inscrire dans cette dynamique et nous baser sur le facteur démographique pour la désignation de nos congressistes», propose ce jeune cadre. Contre-avis d’un dirigeant qui a accompagné le parti depuis sa création : «La logique démocratique veut qu’on s’en tienne aux résultats des urnes et au nombre des sièges remportés dans chaque région. Nous ne pouvons pas tourner le dos à 1,4 million d’électeurs qui nous ont fait confiance».
«Nous sommes un parti politique, notre organisation n’est pas fondée sur une représentativité territoriale. C’est vrai que certaines régions seront un peu lésées, mais on ne peut sanctionner les militants qui grâce à leur action continue garantissent au parti une assise populaire», renchérit, pour sa part, M. Abbou. Une divergence nette à inscrire dans le registre du conflit des générations, mais loin de constituer une menace pour la cohésion du parti. Ce qui compte pour le moment, c’est réussir le congrès et désigner le président qui va accompagner la nouvelle mue du parti. Pour l’heure, outre Mezouar, aucun autre candidat ne s’est présenté. Les militants espèrent voir se manifester dans les jours à venir un ou d’autres prétendants. Cela ne remet en cause d’aucune manière la popularité du président sortant, au contraire, une vraie course en bonne et due forme jouera davantage en sa faveur.