Le PPS se cherche toujours une place parmi les grands

Il a tenu son VIIe congrès du 21 au 23 avril.
Il propose la constitution d’une coalition de centre gauche qui intégrerait
le RNI.
Le staff dirigeant du PJD n’a pas été invité.

Le VIIe congrès du PPS, tenu à Bouznika du 21 au 23 avril courant, n’a pas innové par rapport à ses prédécesseurs. Une grand-messe qui a permis à l’ex-parti communiste de réitérer ses idéaux de «socialisme, de démocratie et de renforcement de l’Etat de droit». Le parti, dont Ismaïl Alaoui, secrétaire général, a rempilé pour un troisième mandat nourrit deux ambitions : primo sauvegarder l’indépendance, et l’unité de son parti, ébranlé il y a dix ans par la scission de Thami Khyari, parti fonder le «Front des forces démocratiques» (FFD). Secundo, se fondre dans un large front démocratique qui rapprocherait la Koutla des autres composantes de la gauche pour ne pas s’égarer dans le microcosme des nains politiques.

Une coalition de gauche à l’italienne !
Au cours du VIIe congrès, le PPS a même proposé un programme commun. La déclaration finale résume cet état d’esprit : «A nos alliés de la Koutla et aux composantes de la gauche nous renouvelons notre appel sincère pour raffermir le rang démocratique et progressiste, engager la prochaine bataille dans un cadre d’unité et de volonté. Dès à présent, nous proposons l’élaboration d’un programme commun de gouvernement que nous soumettons aux masses populaires». A rappeler qu’en plein congrès, le 22 avril, dans une déclaration à Al Bayane, l’organe de presse de son parti, Ismaïl Alaoui a même souhaité la constitution autour de la Koutla démocratique d’une coalition de centre gauche à l’italienne, sur la base d’un programme de gouvernement qui n’exclurait pas le RNI. Une approche utopique de la politique, commente un militant du PPS : «Faire un programme commun de gouvernement rassemblant sous la même bannière RNI, Koutla et PSU, est une pure chimère», ironise-t-il. Le PPS essaie toujours de recoller les morceaux pour se maintenir sur la scène politique, renchérit un ex-militant du parti d’Ismaïl Alaoui. «Au Parlement, il n’hésite pas à confier la présidence de l’Alliance socialiste à Abdenbi Saligane, transfuge du MNP qui a rejoint les rangs du parti à la veille des élections de 2002. Il ouvre sans réticences ses portes à l’homme d’affaires Faouzi Chaâbi (venu de l’Istiqlal), avant que ce dernier ne claque la porte. Quant au PSD, avec lequel il faisait alliance, il lui a tourné le dos pour renforcer les rangs de l’USFP».

Une position claire concernant le PJD
On reproche aussi au PPS une carence en matière de travail de proximité, lui qui défend «les intérêts des masses populaires». On lui reproche aussi le carriérisme exacerbé de nombre de ses cadres et une course effrénée aux postes gouvernementaux. Le PPS est enfin dépourvu d’une presse digne de ce nom, à l’instar de celle qui existait du temps de Nadir Yata, alors que la communication devient une arme de combat incontournable.

Mais le PPS s’est montré plus clair et plus cohérent que les autres partis quant à sa position par rapport au PJD, dont il n’a pas invité le leader, Saâd-Eddine Othmani, aux travaux d’ouverture du congrès. Peu habitué à tenir des propos excessifs, Ismaïl Alaoui n’a pas hésité à accuser le PJD d’user d’un double langage. «Un langage, qui, au niveau des déclarations, semble être à la fois de sagesse, de responsabilité, de partage des idéaux de démocratie, mais, sur le terrain et dans les faits, la situation est effrayante… Il n’est pas question pour nous de travailler avec une organisation qui ne dit pas exactement ce qu’elle pense. A mon avis, la pratique de complaisance et de silence que suivent certaines organisations est dangereuse et ne rend service ni à la démocratie ni à notre pays».
Innovation du VIIe congrès du PPS : l’élargissement du comité central. Y siègent désormais 450 membres au lieu de 250, seuil prévu par les statuts du parti. La raison, selon Abdelouahed Souhaïl, porte-parole du congrès et membre du bureau politique : offrir plus de chances à des cadres du parti de participer aux instances dirigeantes dans le respect de la diversité socioprofessionnelle. Après avoir reconduit Ismaïl Alaoui comme secrétaire général du parti, le comité central est appelé dans les prochains jours à élire le nouveau bureau politique.

Plébiscité par défaut ?

Aucun prétendant pour concurrencer Ismaïl Alaoui à la tête du PPS. Les 450 membres du nouveau comité central l’ont plébiscité le dernier jour du congrès. S’il était le seul à se présenter, c’est qu’il fait l’unanimité. Tous ceux qui le côtoient disent la même chose : Ismaïl Alaoui est un homme flegmatique et très discipliné dans le travail. Pendant tout le congrès, dont les ténors de la Koutla Mohamed El Yazghi et Abbas El Fassi ont assisté à l’ouverture, Ismaïl Alaoui n’a de cesse de rappeler que c’est autour de cette alliance qu’un large bloc de démocrates devra être constitué pour affronter les échéances électorales de 2007.