Le PJD soigne son look pour 2007

Nouveau site internet en 5 langues et matériel flambant neuf.
Réflexion en vue d’améliorer le «produit PJD».
Etudes sur le profil des militants, rencontres, mémorandum, la rentrée
sera chargée.

Des barbes discrètes voire carrément absentes, un site web multilingue, des ordinateurs ultramodernes dans des bureaux agréables mais sans chichi, on aurait du mal à se croire au siège d’un parti islamiste : on peut être un parti islamiste et n’en être pas moins à la page. Il faut dire que l’image du Parti de la justice et du développement (PJD) a été quelque peu brouillée par les attentats de Casablanca, ses relations glauques avec le MUR (Mouvement unicité et réforme) et les prises de position de sa presse. A deux ans des législatives, donc, le PJD a décidé de soigner son
image.

Un journal, non ; une politique de communication, oui
A commencer par sa vitrine virtuelle, qui devrait connaître des changements majeurs, dès la fin du mois de septembre. Exit donc les couleurs criardes de la version alpha du site www.pjd.ma, la version bêta sera lancée très probablement avec une jolie couleur pêche. Mais là n’est pas le plus important puisque le nouveau site inclura une version française dans un premier temps et, par la suite, des versions anglaise, espagnole et aussi amazigh, confie Mohamed Amahjour, directeur central du parti. Le nouveau site comprendra des informations détaillées sur le parti, ses objectifs, ses dirigeants et leur parcours. Il inclura également une newsletter et un forum où des personnalités pourront chatter avec les internautes, promet-il.
«La première chose que font les contacts à l’étranger, c’est chercher des informations sur internet. Hors, beaucoup d’articles véhiculés par la presse marocaine ne sont pas en faveur du PJD», déplore Khalid Benaboud, responsable de la commission centrale de communication et information. Et même si le contenu sera traduit par de simples bénévoles – «on aurait bien voulu le faire traduire par des professionnels, mais avoir recours à un cabinet de traduction reviendrait trop cher», explique-t-on -, il permettra au parti islamiste de donner sa propre version des choses.
A un niveau plus terre à terre, l’idée n’est pas sans avantages au niveau national non plus : la version française permettra aussi et surtout de faire un appel du pied aux classes sociales francophones effarouchées par l’image désastreuse du parti.

Il s’agit également d’une alternative moins chère à la création d’un journal – du moins c’est l’argument qu’on avance puisque, selon
M. Benaboud, il faudrait forcément un quotidien, donc un investissement de 3 à 4 millions de dirhams, alors que les journaux partisans «n’ont plus vraiment la cote», justifie-t-il.
La véritable inquiétude, reconnaît-on cependant, serait plutôt de voir le journal devenir une cible de choix pour les autres organes de presse, à l’image d’Attajdid.
«Je préfère une politique de communication à un journal», explique Benaboud. «Pour le moment, nous préférons avoir, au lieu d’un journal PJD ou d’obédience PJD, un journal libre, d’affinité PJD», ajoute-t-il. Selon lui, le parti est d’ailleurs en train de plancher sur sa politique éditoriale.

Au-delà de la simple image, le parti compte également se faire plus regardant quant au profil de ses membres.
Ainsi en a-t-il été décidé lors de la récente université d’été du PJD : les militants de base auront besoin de deux parrains pour intégrer le parti. Quant à ceux qui n’appartiendront pas à de tels réseaux, ils seront intégrés après un entretien, examen de leur cas et une période d’un an en tant que «membres participants». «C’est une petite première barrière», reconnaît Benaboud. Et d’ajouter : «En général, les gens qui veulent intégrer le PJD sont déjà en contact avec un membre du parti qui les présente et qui avalise leur candidature».

«Le petit taliban» et la grosse machine politique
Les membres déjà intégrés, pour leur part, seront examinés à la loupe eux aussi puisque le parti est en train d’effectuer un recensement pour déterminer le profil de ses quelque 10 000 adhérents actuels. En effet, jusqu’à présent, personne n’avait une idée précise du profil du militant type. Pour M. Benaboud, ils n’ont rien du «petit taliban». Les résultats, prévus pour octobre, diront s’il a bien raison. «On ne veut ni un parti populiste qui intégrerait 100 000 membres ni un parti élitiste, qui en aurait beaucoup moins. Plutôt avoir quelque 10 000 membres mais qui participent aux activités du parti», explique-t-il.
Le branle-bas de combat ne s’arrête pas là. Une atmosphère particulière plane dans le QG du PJD, quartier des Orangers à Rabat : 2007, on y croit, même si on ne veut pas le dire tout haut.
Le parti cherche-t-il à jouer les premiers de la classe ? En fait, on cherche surtout à présenter le «produit PJD» comme «moderne et exemplaire, pas dans le sens éthique ou moraliste du terme mais dans un sens organisationnel». Ainsi, le mois d’août ne s’était pas terminé que le PJD lançait déjà sa première université d’été. A peine finie, c’est au tour de la Chabiba du parti de tenir sa quatrième rencontre nationale.
On promet également une journée d’études sur l’éducation et la formation pour le 10 septembre, un mémorandum sur les élections de 2007 pour le mois d’octobre, un autre sur le Sahara d’ici 2006, en plus des rencontres habituelles telles que l’élection du président du groupe parlementaire ou le conseil national en fin d’année,
Trop sûr de lui, le PJD ? «Il faut être sûr de sa vision, sinon, pourquoi se lancer dans la politique ?», rétorque Benaboud. «Un parti veut être porteur de projets, il n’a pas à être occasionnel,» lance-t-il quand on lui demande s’il n’est pas trop tôt pour entrer dans la course 2007

Exit les couleurs criardes du site du parti, la nouvelle version sera lancée probablement dans une jolie couleur pêche (photo).